Les sondages ne sont plus ce qu’ils étaient

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Du Brexit jusqu’à Trump, les sondages ne sont plus l’outil qu’ils étaient. Problème de collecte de données ou d’analyse de données? Problème mathématique ou sociologique?

Pendant un moment, le succès du statisticien et blogueur Nate Silver avait fait croire qu’on était entré dans une nouvelle ère du traitement des sondages.

En 2008 (l’élection de Barack Obama), Silver était devenu une célébrité dans ce petit univers en prédisant correctement le vainqueur de la quasi-totalité des 50 États. Pour cette réussite, il avait accumulé des centaines de sondages menés aux quatre coins des États-Unis et leur avait fait subir des milliers de simulations.

En 2012, il avait même obtenu un résultat parfait: 50 États sur 50.

Et pourtant, la méthode n’a été d’aucune utilité pour l’élection américaine de mardi, pour le référendum britannique sur le Brexit en juin dernier, ni pour l’élection britannique de 2015.

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Individuellement, les sondages donnaient une avance à Hillary Clinton. État par État, les prédictions la favorisaient aussi. Les ajustements que Silver et ses semblables avaient pris l’habitude d’introduire en 2008 et 2012 pour mieux cibler, ont été systématiquement erronés.

Les sociologues et les politologues évoquent que de moins en moins de gens répondent aux sondages, parce qu’ils n’ont plus de téléphone à la maison, uniquement un cellulaire — et que les sondages par Internet sont encore plus incertains. Parmi ceux qui répondent, on se retrouve avec une proportion plus importante de gens politisés —mais qui sont de moins en moins représentatifs de la population.

Les statisticiens évoquent quant à eux le fait qu’une partie de l’électorat blanc et peu scolarisé aurait été sous-estimée par les sondeurs, parce que ces gens dévoilent moins leurs intentions de vote, ou parce qu’ils sous-estiment la possibilité qu’ils aillent voter.

Pour Andrew Gelman, de l’Université Columbia à New York, «il semble que les électeurs de Trump soient plus enthousiastes à l’idée de la participation au vote et moins enthousiastes à l’idée de répondre aux sondages. C’est une combinaison mortelle.»

Mais la cause est peut-être plus profonde, évoque, dans le magazine britannique New Scientist, Anthony Wells, de la firme britannique de sondages YouGov: «Le changement est toujours difficile à sonder. Trump a brisé le moule politique, ce qui a rendu difficile de prédire la façon dont les gens réagiront.»

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La solution, alors? Si, comme le pensent plusieurs politologues et sociologues, le Brexit et Trump ont vraiment révélé l’existence d’un mouvement distinct des partis politiques traditionnels, les sondeurs risquent d’avoir, lors de la prochaine élection, autant de mal que cette année, parce qu’il s’agit d’un mouvement diffus, aux frontières mal définies.

Certains sondeurs sont convaincus de pouvoir tôt ou tard le cerner. Mais d’autres sont plus prudents. «Pour l’instant», déclare le politologue américain Cliff Zukin, «nous sommes juste en train d’expérimenter. C’est le Far West pour nous.»

L’hypothèse la plus radicale: peut-être que le sondage électoral tel qu’on le connaît aura été une créature du 20e siècle, un outil désormais voué à être imparfait, héritage de l’époque pré-Facebook, pré-téléphones intelligents et pré-désillusion face à la politique…


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