Les Américains sont mûrs pour le multipartisme

Le candidat présidentiel du Parti libertarien, Gary Johnson.
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La popularité inattendue du socialiste Bernie Sanders, qui a bien failli devancer Hillary Clinton dans la course à l’investiture présidentielle du Parti démocrate, et celle de l’iconoclaste Donald Trump, qui a réussi à battre les Bush, Kasich, Cruz et autres Fiorina du Parti républicain, marquent peut-être la fin du bipartisme aux États-Unis.

Les Républicains, d’abord, se retrouvent fracturés entre l’ancienne élite conservatrice «constitutionnaliste» et les nouveaux électeurs de Trump venus d’une Amérique profonde blanche, ouvrière, masculine, décomplexée, sans autres amarres idéologiques que le «patriotisme», inquiète pour sa sécurité et ses perspectives économiques.

Chevauchant ces deux camps, mais minoritaires et en perte de vitesse, on trouve aussi des gens qui se disent principalement «chrétiens», et d’autres proches du «Tea Party» opposé au corporatisme ou capitalisme d’État symbolisé par le sauvetage des banques de Wall Street en 2008.

Au moins deux grands groupes de ces électeurs de «droite», les traditionalistes tranquilles et les populistes agités, mériteraient chacun leur propre parti.

«Républicain» et «démocrate» sont d’ailleurs des termes génériques, rassembleurs, qui n’éclairent pas les débats: les États-Unis sont une république et une démocratie, tous ses citoyens sont donc «républicains» et «démocrates».

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Malgré le ralliement de Sanders à Clinton, la campagne de 2016 a peut-être aussi sonné le glas du Parti démocrate, écartelé entre les jeunes révolutionnaires éblouis par le vieux radical du Vermont et les pragmatiques restés fidèles à celle qui est l’incarnation même de l’establishment.

Ces deux groupes d’électeurs de «gauche» mériteraient chacun, eux aussi, leur propre parti.

On a donc déjà quatre partis, baptisons-les: Républicain (Trump), Conservateur (Bush ou Cruz), Démocrate (Clinton) et Socialiste (Sanders).

Déjà, en raison de l’impopularité record des candidats des deux grands partis cette année, le Parti libertarien de Gary Johnson, un ancien gouverneur républicain du Nouveau-Mexique, affiche ses meilleurs résultats dans les sondages, entre 10 et 15%. Il revendique le droit de participer aux débats télévisés, ce qui a déjà été accordé à des candidats indépendants comme Ross Perot en 1992.

Fondé en 1971, le Parti libertarien – qu’on pourrait décrire comme conservateur au plan fiscal, libéral au plan social, non-interventionniste sur la scène internationale – s’est surtout fait connaître grâce à Ron Paul, leur porte-étendard en 1988, puis candidat à l’investiture républicaine en 2008 et 2012, pour laquelle son fils Rand Paul a fait campagne en 2016.

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On est donc rendu à cinq partis, ce qui ne serait pas un luxe pour un grand pays de 320 millions d’habitants. Le Canada en compte trois (le Québec quatre) pour 35 millions de citoyens. Et, aux USA aussi, on pourrait voir émerger des petits partis écolo ou chrétien fondamentaliste ou… séparatistes.

Car l’intégrité territoriale des États-Unis risque d’être remise en question, en Nouvelle-Angleterre et en Californie si Trump est élu, au Texas et dans le centre si c’est Clinton. D’une élection à l’autre, un nombre croissant d’Américains sont mécontents du choix de la majorité, souvent perçu comme étant celui d’une autre région du pays.

Qui se souvient des «neuf nations d’Amérique du Nord» d’un certain Joel Garreau?

Dans son essai de 1981, ce journaliste américain découpait le continent en neuf pays souverains: le Québec, une Nouvelle-Angleterre incorporant nos provinces maritimes, la «fonderie» (l’Ontario et les états des Grands Lacs), «Dixie» (le Sud mais pas toute la Floride), les «îles» (la pointe de la Floride, Cuba, Haïti, Puerto Rico et les Caraïbes), le «panier à pain» (les états américains du centre avec le Manitoba et la Saskatchewan), «Mexamerica» (du Texas au Nouveau-Mexique, avec la moitié nord du Mexique), «Ecotopia» (la côte ouest américaine et canadienne), et les états et provinces des Rocheuses jusqu’au Grand Nord.

On peut chipoter sur le nombre de pays qu’il invente sur le continent (personnellement, j’en vois cinq plutôt que neuf), ainsi que sur leurs noms ou leurs frontières, mais on peut facilement imaginer que plusieurs gouvernements «nationaux» seraient plus représentatifs et feraient un meilleur travail que le gigantesque gouvernement fédéral américain actuel.

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Cependant, bien avant de songer à une idée aussi «étrangère» que le séparatisme, les Américains seront plutôt tentés par le multipartisme, plus respectueux de l’histoire de leur Union, tout en promettant de mieux réfléter les courants politiques qui la traversent aujourd’hui.


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