Trump vs Clinton: restons calmes


4 mai 2016 à 0h00

Ce sera donc Donald Trump contre Hillary Clinton en novembre prochain, deux politiciens détestés par une majorité d’Américains, s’il faut en croire les sondages.

Justement à cause de cette impopularité des représentants des deux grands partis, des candidatures indépendantes ou celle du petit Parti libertarien pourraient encore venir brouiller les cartes. Dans d’autres démocraties (Canada, Grande-Bretagne, France, Australie…), les campagnes sont souvent riches en rebondissements de dernière minute. Tout reste donc possible… mais peu probable ici.

Malgré ses changements fréquents de positions, au gré des modes et de l’évolution des mentalités, au cours de sa carrière publique aux côtés de Bill, puis comme sénatrice de New York et secrétaire d’État, Hillary reste tout de même une politicienne traditionnelle plus prévisible que Donald.

C’est d’ailleurs ce que lui reproche son adversaire Bernie Sanders: de changer de couleurs comme un caméléon, d’appartenir à l’establishment – quel qu’il soit – et de rechercher le pouvoir pour le pouvoir.

Suite à la primaire de l’Indiana mardi (qu’il a gagnée) Sanders reste dans la course, mais Clinton y a quand même empoché des délégués en vue de la convention démocrate, consolidant son avance.

Le vieux sénateur du Vermont passera à l’histoire pour avoir réhabilité le mot «socialiste» aux États-Unis, pour le meilleur ou pour le pire. (Pour le pire, selon moi, en érodant l’exceptionnalisme américain représenté par sa Constitution protectrice des libertés individuelles et par un attachement décomplexé à des valeurs autres que celles du collectivisme et de l’étatisme.)

On dira que c’est grâce à Sanders, pour récupérer ses jeunes électeurs, que Clinton voudra continuer de s’afficher comme «progressiste». Ce n’est pas aussi simple: Trump aussi attire aux urnes des gens qui ne votent pas souvent, en plus de plaire à une clientèle ciblée par les Démocrates: les cols bleus hyper-patriotiques inquiets pour leurs emplois qu’ils croient menacés par le libre-échange ou l’immigration.

Chez les Républicains, l’évangéliste conservateur Ted Cruz se devait de gagner en Indiana. Les électeurs en ont décidé autrement. Le sénateur du Texas en a pris acte et a mis fin à sa campagne originale qui, à l’instar de l’ensemble de la classe politique et médiatique, a sous-estimé Donald Trump pendant trop longtemps.

Quelques heures avant le scrutin qui a scellé son sort, Cruz a décrit Trump comme un «menteur pathologique, narcissique, amoral» qui trahira ses électeurs sur tous les enjeux, du mur à la frontière du Mexique qu’il ne construira pas, au terrorisme islamiste qu’il n’éradiquera pas, en passant par les traités de libre-échange qu’il ne déchirera pas…

On verra comment Trump tentera (ou non) de se rallier les Républicains qui ont voté pour Cruz, Kasich, Rubio, Fiorina, Bush et tous les autres qu’il a insultés pendant cette extraordinaire saison des primaires présidentielles.

La participation aux élections de novembre sera cruciale. Les Républicains qui considèrent Trump comme un envahisseur ne voteront pas pour Clinton, mais ils pourraient rester chez eux, comme plusieurs jeunes qui ont voté pour Sanders.

L’insatisfaction générale devrait pourtant stimuler la participation.

Beaucoup de commentateurs déplorent le fait qu’à peine la moitié des Américains exercent leur droit de vote aux élections nationales, mais c’est plus souvent une bonne nouvelle. C’est quand les choses vont plutôt bien qu’on ne s’intéresse pas à la politique (et les choses vont plutôt bien quand la politique se fait discrète). C’est quand ça va mal qu’on se décide à congédier les dirigeants qui ont foutu le bordel et à élire les candidats qui promettent de faire le ménage.

On parle beaucoup de la colère qui motiverait les électeurs de Trump, mais ça me semble aussi exagéré que la détestation de Clinton. Et Trump pourrait avoir plus de mal à entretenir cette colère jusqu’en novembre que Clinton à apaiser les sentiments négatifs à son égard.

Les Américains – qui ont élu en 2008 et réélu en 2012 un président prudent, décent – sont-ils vraiment si déçus en 2016, au point d’élire un mégalomane tonitruant aux idées saugrenues impraticables, dont la seule promesse, simpliste à l’extrême, est de redonner au pays une mythique «grandeur» impériale d’antan?


Aussi dans L’Express en 2016:

12 décembre: Climat: purge des alarmistes à Washington?

28 novembre: Trump ne sera pas un président «normal»

15 novembre: Les États-Désunis d’Amérique

15 novembre: Trump: une nouvelle dynamique à apprivoiser

11 octobre: Une élection pour les livres d’histoire

27 septembre: Débat Trump-Clinton non concluant

29 juillet: Les Démocrates doivent reprendre le flambeau du «changement»

22 juillet: Bonne soirée pour les femmes et les LGBT à la convention républicaine

20 juillet: Les Américains sont mûrs pour le multipartisme

15 mars: Et si Trump n’était pas une anomalie, mais le premier d’une série?

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