Islamic Relief Canada veut renforcer la solidarité dans le Grand Toronto

Face à la précarité, Islamic Relief Canada mise sur la solidarité
L’équipe d’Islamic Relief Canada du Grand Toronto lors de la campagne de retour à l’école. Photos: courtoisie
Partagez
Tweetez
Envoyez

Publié 31/08/2026 par Hamza Ziad

Toronto affiche volontiers son opulence: gratte-ciel de verre, quartier financier rutilant, réputation de métropole multiculturelle. Derrière cette image se cache pourtant une réalité plus rugueuse. Le coût de la vie est devenu, pour des dizaines de milliers de familles, un mur infranchissable.

Les indicateurs racontent une réalité contrastée. À Toronto, près d’un ménage sur quatre (24,7%) vivait en situation d’insécurité alimentaire en 2024, selon la Ville. Les plus exposés: ménages à faible revenu, locataires, familles monoparentales.

À Hamilton, la précarité prend un autre visage. Environ 17 250 résidents y étaient considérés comme des «travailleurs pauvres» en 2022, souvent dans des emplois précaires et sans avantages sociaux.

Face à la précarité, Islamic Relief Canada mise sur la solidarité
Umar Tailor.

C’est dans ce contexte qu’Islamic Relief Canada (IRC) déploie ses actions communautaires. «Il y a beaucoup de familles dans le besoin dans l’ensemble du Grand Toronto et dans les régions où nous intervenons», explique Umar Tailor, gestionnaire pour la région du Grand Toronto à IRC.

«On observe notamment ces réalités à Thorncliffe, au centre-ville de Toronto ou encore au centre-ville de Hamilton.» L’aide ne se limite toutefois pas aux familles musulmanes: «Nous apportons de l’aide aux familles musulmanes, mais également à des familles non musulmanes.»

Publicité

Le panier d’épicerie sous pression

Faire ses courses gruge une part de plus en plus importante du budget familial. À Toronto, une alimentation nutritive de base pour une famille de quatre personnes coûte 1 242 $ par mois en 2026, selon la Ville.

coopératives alimentaires Karma, épiceries coop
Le coût du panier d’épicerie représente une pression croissante pour de nombreux ménages. Photo: Jessica Chen, archives l-express.ca

À l’échelle canadienne, les prix des aliments achetés en magasin ont augmenté de 3,1% sur un an en juillet 2026. Malgré un ralentissement par rapport à juin (+3,9%), il s’agissait du 18e mois consécutif où l’inflation à l’épicerie dépassait l’inflation globale, selon Statistique Canada.

«Le coût de l’épicerie a définitivement un impact sur le coût de la vie des familles», résume Umar Tailor.

À cette pression s’ajoute une autre contrainte: adapter l’aide alimentaire aux pratiques religieuses et culinaires des familles accompagnées. «La viande coûte cher et, lorsqu’elle est halal, la facture peut être encore plus élevée», observe-t-il. «Nous veillons à en offrir afin de respecter les croyances religieuses des familles musulmanes.»

L’organisme diversifie aussi les aliments proposés pour tenir compte des goûts et des traditions culinaires des différentes communautés.

Publicité
Face à la précarité, Islamic Relief Canada mise sur la solidarité
Des bénévoles d’Islamic Relief Canada lors d’une campagne de distribution de jouets aux enfants à l’occasion de l’Aïd, une fête religieuse musulmane.

L’arrivée au Canada, un sprint qui vire au marathon

Pour les nouveaux arrivants, les premiers mois canadiens s’apparentent souvent à un parcours d’adaptation exigeant.

«Les réfugiés et les nouveaux arrivants découvrent une nouvelle culture, un nouveau système», note Umar Tailor. «Ils doivent parfois composer avec des défis d’adaptation.»

Certains débarquent pourtant avec un coussin financier non négligeable. Les candidats à Entrée express soumis à la preuve de fonds doivent démontrer un minimum de 15 263 $ pour une personne seule. Ce montant grimpe à 28 362 $ pour une famille de quatre.

Face à la précarité, Islamic Relief Canada mise sur la solidarité
Aminah Arab.

Un coussin qui s’use vite. «Lorsqu’on arrive sans emploi et que la recherche se prolonge pendant plusieurs mois, ces économies peuvent très vite s’épuiser», observe Ali, membre de la communauté marocaine de Toronto.

Cette fragilité touche aussi les familles bien établies. «Une famille peut disposer d’un fonds d’urgence, puis voir son équilibre basculer après une dépense imprévue», rappelle à l-express.ca Aminah Arab, directrice des programmes à IRC.

Publicité

«Notre objectif n’est pas de dédoubler les actions déjà menées, mais d’analyser les besoins et d’apporter notre soutien.»

Une présence francophone en développement

Chez IRC, la reconnaissance des communautés francophones progresse peu à peu. Les services sont accessibles en français au Québec. À Toronto, l’organisme ne dispose pas encore d’une équipe de bénévoles spécifiquement francophone, bien que plusieurs employés y évoluent dans un environnement multilingue et parlent français.

jouets
Des cadeaux destinés aux enfants sont préparés dans le cadre d’une initiative communautaire d’Islamic Relief Canada à l’occasion de l’Aïd.

Cette capacité s’est étoffée au fil des ans, passant d’un seul collaborateur francophone à plus de six employés répartis dans différents services.

«Notre objectif est de veiller à ce que les francophones ne soient pas seulement joints, mais qu’ils soient véritablement inclus dans notre travail», souligne Houda Kerkadi, spécialiste des relations médias.

Elle évoque aussi les partenariats et la mission humanitaire de l’organisme au sens large. Cette ambition s’inscrit dans une mission internationale. En 2025, IRC a rejoint plus de 4,4 millions de personnes à travers 113 projets. Ses interventions couvrent notamment la Palestine, le Soudan, le Yémen, le Liban, l’Afghanistan et le Maroc.

Publicité

Semer la solidarité dès l’enfance

L’engagement, chez IRC, s’adresse aussi aux jeunes générations.

«Les jeunes représentent l’avenir du Canada. Il est donc important de les impliquer tôt», affirme Umar Tailor. Lors de la campagne de retour à l’école menée ce mois-ci, de jeunes bénévoles ont participé à la préparation de sacs à dos destinés aux familles dans le besoin.

Cette approche se retrouve aussi pendant le Ramadan. «Certains iftars proposés dans des restaurants ou des cafés peuvent coûter 50 ou 60 dollars par personne, voire davantage», observe-t-il.

L’organisme propose plutôt des repas gratuits et communautaires, organisés en partenariat avec des mosquées du Grand Toronto et d’ailleurs, ainsi qu’avec d’autres acteurs communautaires.

Publicité

«Il est important d’offrir des espaces accessibles où les familles peuvent se retrouver, partager un repas et vivre pleinement l’ambiance du Ramadan, sans que le prix soit un obstacle», souligne-t-il.

Auteurs

Partagez
Tweetez
Envoyez
Publicité

Pour la meilleur expérience sur ce site, veuillez activer Javascript dans votre navigateur