Je suis Canadien.ne, originaire de… c’est compliqué !

Huit jeunes de 2e génération se racontent

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Les jeunes auteurs et autrices lors du lancement, aux côtés de Suzanne Kemenang (au micro), avec Jean Claude Nda et Maïmou Wali qui ont animé la rencontre au Salon du livre de Toronto. Photos: Hamza Ziad, l-express.ca
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Publié 05/03/2026 par Hamza Ziad

Lancé au récent Salon du livre de Toronto par les Éditions Terre d’Accueil, le recueil Je suis Canadien.ne, originaire de… c’est compliqué! rassemble les textes de huit jeunes francophones de deuxième génération issus de l’immigration dans la région du Grand Toronto. Ce projet littéraire propose une réflexion sur l’identité, l’héritage et le sentiment d’appartenance à la société canadienne.

À travers des récits personnels, les auteurs et autrices explorent les réalités qui façonnent leur parcours, entre mémoire familiale, cultures d’origine et expérience canadienne.

En donnant la parole à cette nouvelle génération, l’initiative a pour objectif de mettre en lumière la diversité des trajectoires francophones et ouvre une réflexion sur la place des jeunes issus de l’immigration au sein de la francophonie canadienne.

Le projet a également bénéficié de la participation d’organismes communautaires francophones, dont le Réseau en immigration francophone du Centre-Sud-Ouest de l’Ontario (RIFCSO), l’ACFO Toronto, le Centre francophone de Hamilton (CFH) et Point d’ancrage jeunesse (PAJ).

«Il nous semblait essentiel de donner la parole à ces jeunes de deuxième génération, qui ont beaucoup à dire sur les questions d’identité et de vivre-ensemble», souligne Suzanne Kemenang, fondatrice des Éditions Terre d’Accueil.

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L’éditrice et les jeunes auteurs et autrices du recueil Je suis Canadien.ne, originaire de… c’est compliqué! lors du lancement au Salon du livre de Toronto.

Une déception à l’arrivée

Arrivée au Canada avec sa famille, d’abord au Québec, avec l’espoir de poursuivre ses études et de construire un nouvel avenir, Keyrane garde en mémoire un épisode marquant de ses premières années à l’école. Lors d’un travail d’équipe en classe, une élève lui aurait lancé devant les autres: «Tu ne dois pas être dans notre groupe parce que tu es noire et stupide.»

Le silence de l’enseignant, qui l’aurait ensuite invitée à s’installer à l’écart, a profondément marqué la jeune étudiante. «J’avais l’impression que mon corps et mon âme n’étaient plus connectés. C’était très pénible», raconte-t-elle.

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Keyrane Kouamé. Photo: courtoisie

Cette situation a exercé sur elle une forte pression et a failli compromettre la poursuite de ses études, n’eût été le soutien de sa famille et de ses proches. Originaire de Côte d’Ivoire, Keyrane explique n’avoir jamais réfléchi à la question raciale auparavant.

«En Côte d’Ivoire, je ne savais pas si j’étais noire, rose, blanche ou jaune. J’étais simplement moi», confie-t-elle.

Après avoir déménagé en Ontario, elle dit avoir trouvé un environnement plus diversifié où son expérience est aujourd’hui plus positive. «Aujourd’hui, je me sens plus forte, et j’ai le devoir de donner l’exemple à mes deux petites sœurs.»

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Participants et familles réunis lors du lancement du recueil.

Habiter plusieurs identités

Pour Héra, l’une des voix du recueil, la question de l’identité ne se résume pas à une réponse simple. Elle s’inscrit plutôt dans un processus d’introspection et de réflexion personnelle. « C’est compliqué à la fois pour le comprendre et pour l’expliquer », affirme-t-elle.

Selon elle, les jeunes issus de l’immigration doivent d’abord apprendre à comprendre leurs propres appartenances culturelles avant de pouvoir les exprimer aux autres.

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Héra Dadayan. Photo: courtoisie

«Qu’est-ce que cela signifie d’être libanais, arménien ou canadien? Il faut entreprendre ce travail d’introspection pour comprendre les différentes facettes de notre identité», explique Héra.

Sa participation au recueil lui a permis d’amorcer cette réflexion, sans toutefois apporter toutes les réponses. «Cela n’a pas forcément simplifié les choses», souligne-t-elle. «Mais cela nous aide à mieux comprendre ce que nous sommes afin de pouvoir ensuite l’expliquer.»

Pour Héra, l’écriture offre aussi un espace rare: celui de jeunes qui racontent eux-mêmes l’expérience de l’immigration à d’autres jeunes en quête de repères identitaires. Cette première expérience littéraire lui donne d’ailleurs envie de poursuivre l’écriture et d’explorer davantage les multiples dimensions de son identité.

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Exemplaires du recueil présentés lors du lancement au Salon du livre de Toronto.

Canadienne à l’extérieur, originaire de… à la maison

Pour Zenaba, l’une des participantes du recueil, l’identité se déploie dans un va-et-vient constant entre l’espace public et le cercle familial. «À l’extérieur, je me sens plus canadienne. Mais à la maison, je me sens davantage proche de mes origines.»

Dans la sphère sociale, elle évolue au contact d’une diversité de cultures et de parcours qui façonnent son quotidien au Canada.

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Zenaba Hadjar. Photo: courtoisie

Le foyer, toutefois, demeure le lieu où s’expriment pleinement ses racines. Elle y retrouve un univers familier, marqué par la langue, les habitudes et les traditions transmises par ses parents originaires du Tchad.

«À la maison, je peux parler ma langue, porter mes habits et manger la nourriture de chez nous», explique-t-elle, reconnaissant qu’à l’extérieur, elle a parfois l’impression de devoir «porter un masque».

Parmi les valeurs que lui a transmises son père, une s’impose avec force: l’acceptation de soi. «Il m’a toujours dit de ne jamais avoir peur de qui je suis», confie-t-elle. Bien que née au Cameroun, elle affirme ressentir un attachement particulier au Tchad, terre d’origine de sa famille et lieu où elle continue d’entretenir des liens profonds.

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Dans la même logique, Chelsee, l’une des participantes du recueil originaire des Philippines, encourage les jeunes à assumer pleinement leur identité. Elle les invite à demeurer fiers de qui ils sont et de leurs origines, sans se laisser atteindre par les jugements ou les perceptions négatives que certains pourraient porter sur eux.

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Chelsee Maravilla. Photo: courtoisie

Six nationalités, mêmes réalités

Pour Suzanne Kemenang, le recueil dépasse largement le simple cadre littéraire. À l’origine conçu comme un projet d’écriture, il s’inscrit aussi dans une démarche sociale en abordant des thèmes liés à l’immigration, à l’identité et au sentiment d’appartenance.

«À la base, c’était un projet littéraire, mais il rejoint bien au-delà. Je pense que beaucoup de jeunes, de familles et de communautés vont se reconnaître dans ce livre», explique-t-elle.

Selon elle, le recueil contribue aussi à enrichir la francophonie ontarienne et torontoise en reflétant sa diversité. «Il est représentatif de notre société et de notre francophonie. À travers ces jeunes voix, on retrouve une multiplicité d’origines et de parcours», souligne Suzanne Kemenang.

Les auteurs et autrices du collectif sont issus de six nationalités, dont le Tchad, les Philippines, l’Arménie, le Vietnam, le Cameroun et la Côte d’Ivoire, offrant ainsi un portrait nuancé de la francophonie contemporaine.

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Suzanne Kemenang. Photo: courtoisie

Au cœur du Salon du livre

Dans une entrevue accordée à l-express.ca, Eunice Boué, directrice générale du Salon du livre de Toronto, souligne que l’accueil du lancement du recueil s’inscrit pleinement dans la thématique de l’édition actuelle du Salon, consacrée à l’héritage et au patrimoine.

Selon elle, les réflexions portées par les jeunes auteurs et autrices font écho aux interrogations contemporaines sur l’identité et l’appartenance. «Ces jeunes canadiens, originaires d’ailleurs, jonglent entre leurs héritages et leurs patrimoines», explique-t-elle. «Ils s’interrogent sur leurs racines, sur leur place dans la société et sur ce que signifie réellement appartenir à une communauté.»

Pour la directrice générale, le Salon du livre constitue un espace privilégié pour accueillir ce type de dialogue. «C’est un lieu par excellence pour réfléchir aux questions d’identité, d’héritage et de patrimoine», affirme Eunice Boué.

Elle rappelle enfin que ces thématiques renvoient également à la notion de transmission. «Ces jeunes représentent le symbole d’un héritage et d’un patrimoine en train d’être transmis. Pour nous, c’est un honneur d’accueillir ce lancement», souligne-t-elle.

Auteurs

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