Les communautés franco-ontariennes n’avancent pas au même rythme

franco, Assemblée citoyenne de l'AFO.
Une centaine de personnes ont participé à l’assemblée citoyenne de l’AFO, le 29 avril. Capture d'écran: Hamza Ziad, l-express.ca
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Publié 05/05/2026 par Hamza Ziad

Les échanges lors de l’assemblée citoyenne de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), tenue en ligne le 29 avril, ont mis en lumière une réalité préoccupante: la francophonie ontarienne est marquée par de profondes disparités territoriales.

Selon le directeur général Peter Hominuk, les communautés francophones «n’avancent pas au même rythme». Cette inégalité se traduit notamment par un accès inégal aux services de santé en français, ainsi que par des écarts dans la vitalité de l’offre culturelle.

Certaines régions bénéficient d’un écosystème structuré, tandis que d’autres font face à des carences importantes. «Il y a des régions qu’on peut qualifier de déserts.»

Au fil des consultations et des rencontres régionales de l’AFO, un sentiment d’abandon s’exprime dans certaines communautés. «Nous nous sentons oubliés par les gouvernements fédéral et provincial, et même par la communauté francophone», ont témoigné des gens dans certaines régions, rapporte-t-il.

Ces écarts touchent aussi les nouveaux arrivants, dont les parcours d’intégration demeurent inégaux.

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Le directeur général indique que les gouvernements suivent de près la démarche des États généraux de l’Ontario français. «Nous souhaitons que les recommandations issues de cet exercice influencent le prochain plan d’action sur les langues officielles», souligne-t-il.

Assemblée citoyenne de l'AFO.
Le président de l’AFO Fabien Hébert et le directeur général Peter Hominuk. Au centre: Natalie Aubin, directrice générale du CPSSF. Capture d’écran: Hamza Ziad, l-express.ca

Où en est le CPSSF?

Selon Natalie Aubin, directrice générale du Centre de planification des services de santé en français (CPSSF), l’organisme œuvre en étroite collaboration avec le ministère de la Santé et Santé Ontario afin d’identifier des priorités communes et de développer des solutions en co-construction.

«Nous ne faisons pas de “politicking”. Nous retroussons nos manches pour mettre en place des plans d’action concrets», affirme-t-elle.

La psychothérapie structurée illustre cette approche. Accessible dans l’ensemble des régions de l’Ontario, ce programme de santé mentale fait l’objet, selon elle, d’un suivi visant à garantir un accès équitable pour les francophones. L’intégration d’une variable francophone dans les données permet d’en mesurer les écarts et d’orienter les interventions.

Cette démarche s’inscrit, selon Natalie Aubin, dans un plan d’action provincial appelé à se décliner à l’échelle régionale et à mener à un premier plan stratégique des services de santé en français d’ici 2027.

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«Il est louable de se doter de plans provinciaux, mais encore faut-il qu’ils soient nourris par les réalités régionales, sans quoi ils risquent de rester de belles politiques sans retombées positives», a souligné une participante.

Fabien Hébert indique qu’une journée de planification stratégique est prévue le 23 septembre à Toronto, en lien avec la mise à jour du Livre blanc en santé.

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Schéma de la démarche des États généraux de la francophonie ontarienne. Image: AFO

La caravane des États généraux

La démarche des États généraux de l’AFO s’inscrit dans un processus structuré visant à réfléchir collectivement à l’avenir de la francophonie ontarienne. Selon l’organisme, plus de 300 personnes ont déjà pris part aux consultations en cours.

Ces rencontres s’inscriraient dans le deuxième acte de la démarche, axé sur la co-construction de solutions à partir des réalités régionales. Elles permettraient de traduire les constats du Livre vert en pistes d’action, en s’appuyant sur les échanges entre les communautés.

La tournée se poursuit notamment dans le centre de l’Ontario, avec des arrêts à Niagara (12 mai), Hamilton (13 mai), Toronto (14 et 15 mai) et Durham–Peterborough (25 mai), afin d’assurer une participation représentative à l’échelle provinciale.

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8e consultation des États généraux de l’Ontario français, à Mississauga. Photo: AFO

Épuisement et relève fragile

L’épuisement des organismes francophones constitue un enjeu soulevé dans le cadre des consultations des États généraux de l’AFO.

Des pressions importantes sont observées au sein des équipes, touchant à la fois les bénévoles, les membres de conseils d’administration et les directions. Plusieurs organismes font face à des difficultés de relève, certaines personnes demeurant en poste faute de successeurs, ce qui expose certaines structures à un risque de fermeture.

Parallèlement, la question de l’équilibre démographique s’impose dans les discussions. Le rapport associé au récent Livre vert des États généraux indique que la croissance de la population francophone reposera principalement sur l’immigration. Plus de 576 000 personnes issues de la migration internationale seraient nécessaires entre 2025 et 2050 pour atteindre un poids démographique de 6% de la province.

Dans ce contexte, des inquiétudes sont exprimées quant à la capacité des organismes à répondre à cette croissance. «Accueillir 500 000 personnes francophones sans disposer des structures nécessaires expose à des conséquences que risquent de subir à la fois les communautés et les nouveaux arrivants», a souligné Peter Hominuk.

Club canadien
Panel de juristes au Club canadien de Toronto en novembre 2024: Julie Thorburn, Geneviève Grenier, Isabelle Hardy, Nicolas M. Rouleau, Michelle O’Bonsawin, Nadia Effendi, Aïssa Nauthoo, Estelle Duchon, Meryem Taleb. Le Centre francophone du Grand Toronto offre des services juridiques depuis plus de 20 ans. Photo: courtoisie

Qu’en est-il des services juridiques?

Les enjeux liés à l’accès aux services en français s’étendent au-delà du secteur de la santé.

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Dans le domaine juridique, des lacunes importantes subsistent, notamment en matière d’accès aux services en français dans les tribunaux. L’absence de personnel francophone dédié, combinée à un accès limité à des documents en français, compromet l’effectivité des droits linguistiques.

«Tant mieux pour les interprètes: ils passent toute la journée à traduire des documents. Mais derrière, il y a un sérieux problème pour les usagers», a souligné une participante.

La question de l’identité francophone chez les jeunes demeure également centrale. «Quand on leur demande s’ils sont francophones, ils répondent: non», a indiqué une participante au sujet de ses étudiants inscrits dans des programmes universitaires en français.

Selon elle, il ne s’agit pas de laisser ou non la place aux jeunes, mais de les impliquer davantage afin de les encourager à porter fièrement leur identité francophone.

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