«Immigration inversée»: quand le rêve canadien change de sens

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Immigration inversée: logement trop cher, carrière plafonnée, hivers rudes... Pourquoi certains immigrants choisissent de quitter le Canada. Photo:
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Publié 09/09/2026 par Hamza Ziad

Pendant des décennies, le récit migratoire canadien ne s’est écrit que dans un seul sens: arriver, s’installer, bâtir. Or, pour une partie des immigrants, le voyage ne s’arrête plus au Canada: certains rentrent au pays natal, d’autres mettent le cap sur les États-Unis.

Alors que les témoignages de départ essaiment sur les réseaux sociaux, une question s’impose: assiste-t-on à une véritable «immigration inversée»?

« Immigration inversée » : quand le rêve canadien change de sens
Tiphanie. Photo: courtoisie

Le parcours de Tiphanie donne un visage à cette migration à rebours. Après près de vingt ans en France, elle a passé presque une décennie au Canada, où elle a étudié et travaillé. Le prochain chapitre s’écrira pourtant en République démocratique du Congo, pays de sa famille.

«Il y a un attachement émotionnel profond: c’est le pays de ma famille, et je m’y sens chez moi , confie-t-elle en entrevue à l-express.ca.

Selon Statistique Canada, parmi les immigrants admis entre 1982 et 2017, 5,1% avaient quitté le pays cinq ans après leur admission, 10,5% après dix ans et 17,5% après vingt ans. L’immense majorité reste au Canada, mais une fraction suffisante repart pour que la question de la rétention se pose. Ce n’est pas une hémorragie, mais une fuite lente.

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« Immigration inversée » : quand le rêve canadien change de sens
Diplôme en poche, la tentation du départ grandit, selon Statistique Canada. Photo: iStock.com/Marcos Elihu Castillo Ramirez

Diplômés, mais partants

«Le départ est souvent le résultat d’une accumulation», observe Saad El Hakmi, doctorant à l’Université métropolitaine de Toronto: coût du logement, déclassement professionnel, diplômes mal reconnus, précarité de l’emploi, éloignement familial. Goutte à goutte, le vase finit par déborder.

Paradoxalement, les plus diplômés sont aussi davantage susceptibles de repartir. Vingt ans après leur admission, la proportion d’émigrés atteint 21,1% chez les titulaires d’un baccalauréat, 28,9% chez les titulaires d’une maîtrise et 32,5% chez les titulaires d’un doctorat : plus le bagage est lourd, plus la valise se referme facilement.

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Saad El Hakmi. Photo: courtoisie

Partir n’est pas toujours synonyme de désillusion. D’aucuns repartent une fois leurs objectifs atteints: formation, expérience, citoyenneté en poche.

«Le passeport canadien est alors perçu comme une forme de sécurité, de mobilité internationale et de protection», note Saad El Hakmi. Statistique Canada évoque la citoyenneté parmi les hypothèses expliquant ces départs précoces, sans lien de cause à effet établi.

Les données invitent pourtant à renverser le soupçon. Au sein de la cohorte admise entre 2008 et 2012, 93% des immigrants devenus citoyens maintenaient une présence active au pays dix ans après leur admission, contre 67% chez les non-naturalisés. Le passeport retient plus qu’il ne libère.

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Le passeport canadien reste très convoité. Photo: gouvernement du Canada

L’appel du Sud

Pour Tiphanie, la boussole pointe vers ses racines. D’autres poursuivent leur trajectoire vers un troisième pays, à commencer par les États-Unis. Mais l’image d’une ruée vers le Sud mérite d’être tempérée: l’herbe, pour reprendre l’adage, n’est pas nécessairement plus verte de l’autre côté de la frontière.

Une étude de Statistique Canada publiée en 2025 constate au contraire un recul marqué de la migration permanente vers les États-Unis. La moyenne annuelle est passée de 15 600 personnes à la fin des années 2000 à 10 900 à la fin des années 2010, et les niveaux de 2022 et 2023 étaient essentiellement comparables à celui de 2019.

Fait plus discret: en 2024, les Canadiens nés à l’étranger représentaient 60% des citoyens canadiens demandant une certification de travail américaine en vue d’un emploi permanent, contre 54% en 2015. Parmi eux, 52% travaillaient en informatique, en mathématiques, en architecture ou en ingénierie.

Pas de nouvel exode des cerveaux, du moins rien que les chiffres autorisent à proclamer. Mais un paradoxe demeure: le Canada peut attirer un talent, l’intégrer, parfois le naturaliser… puis le voir reprendre la route.

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Un système plus sélectif, pas moins accueillant: l’Inde reste en tête des pays d’origine des nouveaux résidents permanents. Photo: iStock.com/AlxeyPnferov

Le tamis indien

Le cas de l’Inde raconte une tout autre histoire, souvent confondue avec celle des départs. Les arrivées ont fortement reculé, mais moins d’Indiens entrant au Canada ne signifie pas davantage d’Indiens le quittant.

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Matthew Krupovic.

Matthew Krupovich, porte-parole d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), rappelle à l-express.ca que «l’Inde demeure le principal pays source de résidents permanents admis au Canada» et rattache le recul à un système «plus sélectif et ciblé».

Le Plan des niveaux 2026-2028 prévoit 380 000 nouveaux résidents permanents par année et des arrivées temporaires ciblées à 385 000 en 2026, puis 370 000 en 2027 et 2028. L’immigration économique doit représenter 64% des admissions permanentes en 2027 et 2028, et Ottawa prévoit d’accélérer la transition vers la résidence permanente de jusqu’à 33 000 travailleurs temporaires déjà au pays.

Le coup de frein ne touche pas tous les profils de la même manière. Selon Matthew Krupovich, de janvier à juin 2026, les étudiants à la maîtrise et au doctorat représentaient 21% des nouveaux permis délivrés, contre 12% un an plus tôt. «Attirer et retenir les talents dont le Canada a besoin est un élément important de sa stratégie», affirme-t-il.

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Un soir de tempête hivernale à Toronto. Photos: Nathalie Prézeau, l-express.ca

Un avertissement, pas un exode

Les données ne dessinent pas un exode, mais des trajectoires moins linéaires: le Canada peut être une destination finale ou une étape avant un retour aux sources. Parfois, l’idée de repartir surgit lorsque l’intégration semble accomplie.

Une professionnelle originaire d’Albanie, qui préfère rester anonyme, vit au Canada depuis quinze ans et occupe un poste de haute direction en finance. Ce n’est ni un échec professionnel ni un manque d’opportunités qui nourrit sa réflexion, mais ce que les statistiques saisissent mal: la rudesse des hivers confronté à l’appel de la Méditerranée et d’un mode de vie auquel elle demeure attachée.

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Elle n’a pas encore fait ses valises. Peut-être ne les fera-t-elle jamais. Son hésitation rappelle que certaines raisons de partir échappent à toute politique: aucun programme n’adoucira l’hiver canadien ni ne rapprochera la Méditerranée.

«Après avoir attiré les immigrants, le Canada doit leur donner envie d’y rester. On ne retient pas les gens avec des seuils; on les retient avec des raisons», confie-t-elle.

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