Élections fédérales : des enjeux économiques spécifiques aux francophones

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Les questions de relance économique des entreprises et de financement stable pour le secteur à but non lucratif sont d’un intérêt particulier pour les francophones du pays. Image: Mohamed Hassan, Pixabay
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Outre la modernisation de la Loi sur les langues officielles, plusieurs enjeux économiques touchent les francophones dans cette campagne en vue des élections fédérales du 20 septembre.

Les questions de relance économique des entreprises et du financement stable pour le secteur à but non lucratif sont d’un intérêt particulier pour les francophones du pays, plusieurs organismes ayant été durement affectés par la pandémie.

La pandémie: un argument supplémentaire

Le déclenchement d’élections, dans un contexte où il est question de relance économique postpandémie, peut être un instrument de discussion avec le milieu politique pour les organismes francophones d’après Martin Théberge, président de la Fédération culturelle canadienne-française (FCCF).

Martin Théberge

«Il y a plusieurs des enjeux et des questions qu’on met de l’avant qui existaient avant la pandémie. Il y en a d’autres qui ont été exacerbés ou qui ont été mis plus en lumière avec cette pandémie-là. J’ai envie de dire que ça nous donne des arguments supplémentaires, à la rigueur.»

Martin Théberge soulève entre autres l’accès à une forme de revenu stable, comme une réforme de l’assurance-emploi, pour les artistes et les travailleurs culturels. En plus de contribuer à la relance économique, ce revenu offrirait un «filet social plus inclusif» pour ces travailleurs.

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Une relance francophone et connectée

Les mois de confinement et les restrictions sanitaires ont durement affecté les secteurs culturels et communautaires.

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Liane Roy

C’est pour cette raison que la Fédération des communautés francophones et acadiennes (FCFA) du Canada demande aux partis politiques de considérer spécifiquement la francophonie dans leur plan de relance.

«On voudrait s’assurer que les différents partis aient un plan qui va s’adresser aux enjeux spécifiques à la francophonie. La lentille devrait être là pour bien récupérer le capital économique, social et culturel qu’on a perdu pendant la pandémie», précise la présidente de l’organisme, Liane Roy.

Meilleur équilibre par rapport au travail: un enjeu économique

De son côté, la Fédération de la jeunesse canadienne-française (FJCF) souligne que la pandémie a permis de développer de nouvelles façons de travailler. «Il y a plus que le 9 à 5», précise la présidente, Sue Duguay.

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Sue Duguay

Dans sa Plateforme «PAR et POUR» la jeunesse 2021, la FJCF parle entre autres d’une «nouvelle économie» qui inclurait une actualisation de la Stratégie emploi et compétences jeunesse (SECJ) du gouvernement fédéral et la création d’un plan de connectivité.

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Le choix du terme «connectivité» va au-delà de l’accès à Internet haute vitesse et mise aussi sur les relations humaines, précise Sue Duguay.

«Si on vit dans une économie qui nous permet de réimaginer les structures entrepreneuriales ou une économie qui nous permet de réimaginer comment on travaille, ça ouvre cette possibilité de trouver un équilibre plus sain par rapport au travail.»

Stabiliser le financement des OBNL

L’accès difficile au financement de base pour de nombreux organismes à but non lucratif (OBNL) fait partie des inquiétudes de plusieurs milieux de la francophonie canadienne. La pandémie est venue menacer la survie de certains de ces organismes qui se trouvaient déjà en situation précaire.

Soukaina Boutiyeb, présidente de l’ACFO Ottawa
Soukaina Boutiyeb

«Il y a des organisations qui ont dû mettre la clé sous la porte», dénonce Soukaina Boutiyeb, directrice générale de l’Alliance des femmes de la francophonie canadienne (AFFC).

À l’instar de plusieurs organismes porte-parole des francophones, elle souligne que «plusieurs de nos organisations  n’ont pas accès à un financement de base, un financement de fonctionnement». Les organismes doivent donc sans cesse se renouveler pour accéder à du financement par projet, généralement à court terme.

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Essoufflement des bénévoles

«Souvent, ce sont des bénévoles qui vont travailler jusqu’à ce qu’on puisse trouver du financement pour pouvoir embaucher quelqu’un. Il y a un essoufflement des bénévoles et on le remarque encore plus durant cette pandémie», précise-t-elle.

La présidente de la FCFA, Liane Roy, met pour sa part l’accent sur les effets secondaires du manque de stabilité de financement dans le secteur des OBNL, qui ont été particulièrement mis en lumière pendant la pandémie.

«Dans les centres multiservices, on comptait beaucoup sur les revenus des salles de spectacles», explique-t-elle.

«Souvent, ces revenus-là allaient aider à financer, par exemple, les services de garde. Si tu n’as plus de spectacles, tu n’as pas de services de garde en français, tu n’as plus d’activités qui se font en français pendant plusieurs mois. Ça devient difficile.»

Liane Roy insiste sur le fait que la vitalité des collectivités francophones est affectée directement.

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Le Patro d’Ottawa est un centre communautaire qui offre des programmes et des activités socio-récréatives et culturelles ainsi que de la formation et de l’appui aux communautés francophones d’Ottawa. Photo: Twitter

Adopter rapidement une nouvelle Loi sur les langues officielles

Alors que le projet de loi C-32 modifiant la Loi sur les langues officielles est mort au feuilleton après avoir été déposé le 16 juin, la FCFA voit une occasion à saisir pendant la campagne électorale pour faire valoir les améliorations à y apporter.

Selon Liane Roy, la Partie VII de la Loi, qui impose aux institutions fédérales de prendre «des mesures positives» pour appuyer le développement des minorités francophones et anglophones du Canada, nécessite d’être clarifiée. La présidente de la FCFA aimerait voir le sens de «mesures positives» mieux défini.

«Je vais peut-être exagérer, mais un ministère pourrait faire un tweet pour souhaiter “bonne Fête nationale aux Acadiens” le 15 août, et ça pourrait être pris comme une mesure positive. Donc, dans la nouvelle Loi, on veut qu’ils définissent beaucoup plus en détail [cette expression]», précise-t-elle.

Lien indissociable entre langue et culture

Pour la FCCF, le développement culturel et communautaire durable devra s’inscrire dans la prochaine Loi sur les langues officielles, qui devra confirmer le lien indissociable entre langue et culture.

De son côté, la FJCF mise sur la valorisation des accents et des mesures pour favoriser la sécurité linguistique dans le projet de modernisation, qui doit se faire «de toute urgence».

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Sue Duguay souligne toutefois que l’actuelle Loi sur les langues officielles, quoique dépassée selon elle, a tout de même permis à la jeune génération d’avoir des choix.

«Quand on y pense, les nouvelles générations sont le produit d’un Canada où on a eu la chance d’avoir une Loi sur les langues officielles, ce qui a fait en sorte qu’on a eu accès à de l’éducation dans la langue de son choix. On a eu accès à des services gouvernementaux qui nous offraient ces deux langues officielles là.»

Loi sur les langues officielles
Mélanie Joly, la ministre canadienne des Langues officielles. Photo: World Economic Forum, Flickr

Main-d’œuvre et immigration: enjeux économiques immédiats

La question de la pénurie de main-d’œuvre francophone a également été exacerbée par la pandémie, selon Liane Roy.

Faute d’avoir des données précises sur le nombre d’emplois à combler dans la francophonie canadienne, l’organisme mène actuellement une étude afin d’identifier les secteurs où les besoins sont les plus criants.

Au premier trimestre de 2021, plus d’un demi-million de postes étaient vacants au pays selon Statistique Canada. Une augmentation de 7,9 % comparativement à la même période l’année précédente.

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Pour la FCFA, l’augmentation de l’immigration francophone à l’extérieur du Québec doit passer par l’attraction et l’accueil adéquat des nouveaux arrivants, un enjeu constamment défendu par les organismes francophones.

«Quand on parle de la relance, ou même de la modernisation de la Loi, une politique pour l’immigration francophone en fait définitivement partie», conclut Liane Roy.

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La francophonie a intérêt à ce que l’on encourage l’entrepreneuriat chez les femmes et les nouveaux arrivants, selon la FGA. Photo: FGA

Des idées des gens d’affaires de l’Ontario

De son côté, la Fédération des gens d’affaires francophones de l’Ontario (FGA) rappelle aux partis politiques que «La relance, c’est aussi nous!» Et elle cherche à «obtenir des engagements concrets des partis politiques afin d’assurer que l’économie francophone ne soit pas marginalisée au sortir de la crise».

Dominic Mailloux, Club canadien
Dominic Mailloux, président de la FGA.

Dans un document diffusé la semaine dernière, la FGA identifie quelques «constats et opportunités».

Elle mentionne notamment que l’effet multiplicateur de l’espace économique francophone est de 1,52 selon Statistique Canada. «Autrement dit, chaque dollar du PIB provenant de l’espace économique francophone canadien contribue à 1,52 dollar du PIB global du Canada.»

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Malgré cela, la FGA estime qu’il existe «peu de sources de financement accessibles et adaptées aux réalités des communautés francophones et acadienne». Elle recommande la création d’un fonds d’investissement de 25 millions $ géré «par et pour» les francophones afin de soutenir les entreprises francophones en démarrage ou en expansion.

Nouveaux marchés extérieurs grâce aux francophones

L’organisme, créé au début de 2021 par le Club canadien de Toronto et une quinzaine de partenaires de toutes les régions de l’Ontario, suggère aussi «le développement d’une stratégie de soutien à l’exportation destinée spécifiquement aux entreprises francophones afin de leur permettre de conquérir de nouveaux marchés».

On propose notamment de s’intéresser aux entreprises dont le propriétaire est un nouvel arrivant, susceptible de cibler des marchés extérieurs. La relance passe aussi par le soutien aux femmes entrepreneures, selon la FGA.

Le regroupement demande elle aussi au futur gouvernement de «soutenir la numérisation des entreprises francophones».

Enfin, la FGA propose «la modification des appels d’offres fédéraux afin d’inclure un critère d’évaluation concernant la capacité pour les soumissionnaires d’offrir des services dans les deux langues officielles».

Et elle demande que l’on s’assure de la présence de francophones sur les conseils d’administration de toutes les sociétés fédérales publiques et parapubliques «afin que la voix des francophones puisse être entendue et résonner dans tous ces lieux de pouvoir».

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