La 29e édition de Cinéfranco sous l’oeil de Big Brother

24 longs métrages et 3 courts du 6 au 15 novembre

marcelle lean, Cinéfranco
L'oeil de Big Brother sur l'affiche du festival Cinéfranco 2026. La fondatrice et directrice Marcelle Lean. Photo: courtoisie Cinéfranco
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Publié 31/10/2026 par Soufiane Chakkouche

Maroc, Congo, France, Belgique, Québec, Ontario… les œuvres choisies pour la 29e édition du Festival Cinéfranco, qui se tiendra au cinéma Carlton de Toronto du 6 au 15 novembre, viennent des quatre coins de la planète.

Au total, 24 longs métrages, dont C’était mieux demain, projeté́ lors de la soirée de lancement le 3 octobre dernier, ainsi que trois courts-métrages, sont au programme.

Selon la fondatrice et directrice Marcelle Lean, cette 29e édition se démarque par le choix d’un nouveau thème, véritable colonne vertébrale du Festival: «le chamboulement de la société contemporaine face aux nouvelles technologies en général et à l’Intelligence artificielle (IA) en particulier».

«C’est le documentaire de l’Américain Raoul Peck, Orwell 2+2=5, et l’œuvre visionnaire de George Orwell, qui ont inspiré la sélection des films», confie-t-elle.

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Le film d’ouverture du vendredi 6 novembre, Imelda contre-attaque, et les cinq films du samedi 7 novembre.

Sélection par des cinéphiles

L’autre différence notable cette année réside dans le fait que les membres de sélection des films ne sont pas des professionnels du secteur ou de la programmation, mais des cinéphiles «proches d’un public à la recherche d’authenticité et de liens d’affinité dans la façon de voir les films. Le but étant de servir un public amoureux du cinéma francophone», révèle la directrice.

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Le moindre que l’on puisse écrire est que ce remaniement n’est pas passé inaperçu chez les acteurs du secteur, à l’instar de Bruno Boëz, directeur général du Regroupement des artistes cinéastes de la francophonie canadienne (RACCORD). «Il y a eu un changement cette année dans la manière de penser la programmation de Cinéfranco. Je crois que Marcelle Lean s’est entourée de nouvelles personnes et je pense qu’on voit déjà les fruits de ces changements.»

«Peut-être qu’on se dirige vers une ouverture sur une certaine cinématographie ou sur quelques titres qu’on ne pouvait pas forcément voir à l’écran les années précédentes.»

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Les deux films du dimanche 8 novembre et les films des 9, 10 et 11 novembre.

Une thématique dans l’air du temps

«Le thème de cette année est, selon moi, très bien positionné avec tout ce qui se passe autour des nouvelles technologies et l’adaptation du monde d’aujourd’hui à l’IA», confie Patrick Robert, président du conseil d’administration de Cinéfranco.

Bruno Boëz confirme: «La thématique de cette année m’a beaucoup interpellé dans ces temps où il y a beaucoup de préoccupations par rapport à l’IA et à la vérification de l’information.» 

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Bruno Boëz.

«Tous les films au programme ne correspondent pas toujours exactement à la thématique», explique Marcelle Lean. Mais plusieurs abordent «le mensonge, la manipulation, la surveillance – à des niveaux personnels, moins étatiques – qui appartiennent au thème orwellien».

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Ce serait le cas de La Vénus électrique (mensonge et manipulation), Le Crime du 3e étage (enquête basée sur la surveillance), La Maladie de courir (dictature du collectif), C’était mieux demain (la société façonne les comportements), Les Rayons et les ombres (propagande, compromission avec l’occupant, manipulation), La Troisième nuit (résistance contre le contrôle des corps à travers la déportation), Le Faux Soir (résistance au moyen de la désinformation), Jupiter (pouvoir, guerre et secret d’État), Une Affaire turque (ambitions politiques et racisme), Vigilante (des citoyens font justice eux-mêmes en utilisant les réseaux sociaux), Congo Boy (la terreur exercée par les milices à Bangui), Indivisum (les structures juridiques coloniales qui fracturent encore les familles guadeloupéennes), Jean Valjean (l’injustice du bagne et la rédemption), La Maison des femmes (des femmes réduites au silence par les violences).

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Les films du jeudi 12 et du vendredi 13 novembre.

Le film d’ouverture, Imelda contre-attaque, «traite de l’attitude de la société qui impose aux gens âgés le silence et la soumission. La contre-attaque est la conquête de la liberté. Ce sont des thèmes très orwelliens de l’oppression et de la manipulation.»

Cela dit, d’autres thèmes viennent se greffer à la thématique principale, avec un même fil conducteur, comme l’explique Marcelle Lean. «Ce qui relie tous ces films c’est qu’ils nous parlent de nous, de sujets de notre quotidien: notre place dans la société, nos identités, nos responsabilités, les changements constants d’idées et la technologie qui transforme nos vies.»

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Les films du samedi 14 novembre. Pauline Julien femme pays est désigné comme le film de clôture du festival, même si d’autres films sont présentés le lendemain.

Deux films refusés par les distributeurs

Toutefois, si les responsables du Festival n’ont pas eu beaucoup de mal à obtenir les droits de projection des œuvres sur lesquelles ils ont jeté leur dévolu, ils se sont vu opposer une fin de non-recevoir pour deux films très en vue sur la scène internationale actuelle.

«Dès que nous avons pris connaissance de La Bataille de Gaulle: L’Âge de fer révélé à Cannes le 20 mai dernier, nous avons contacté à plusieurs reprises le distributeur canadien, qui nous a fait attendre indéfiniment avant de nous adresser son refus, malgré la présentation de notre stratégie marketing pour le convaincre», déplore Marcelle Lean.

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Même rengaine s’agissant du film Notre Salut, également encensé à Cannes et dont les droits avaient été acquis par un nouveau distributeur basé à New York. «Après avoir glané toutes sortes d’informations sur Cinéfranco et sur les mécanismes de vente et de location, le distributeur nous a laissé́ tomber», rapporte la directrice. 

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Les films du dimanche 15 novembre.

Croire en l’avenir vaille que vaille

Quant à la pérennité du Festival dans les années à venir, dans un contexte où les salles obscures peinent à retrouver leur niveau d’influence d’avant la covid, les personnes interrogées dans le cadre de cet article se sont montrées unanimement optimistes, à l’image de Patrick Robert:

Des changements dans le processus de programmation de Cinéfranco.
Patrick Robert.

«On est un festival de niche qui a une réputation de 29 ans et qui est adoré par les fidèles. De cet angle-là, je pense qu’on a une progression ou au moins une constante depuis la covid, car on voit que les gens reviennent. Pour preuve, lors de l’ouverture, j’ai vu des visages familiers, mais aussi des gens de différentes générations et de différentes communautés.»

Pour rappel, le dernier chiffre record de Cinéfranco Grand public a été enregistré en 2019 avec 4 000 spectateurs et 13 000 pour sa version Jeunesse. Depuis, le Festival «galère» à égaler ce niveau d’affluence, de l’avis même de sa directrice.

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