Santé mentale des artistes: Artnconnect veut rompre le silence des coulisses

Santé mentale des artistes Artnconnect
Lancée cette année, la plateforme bilingue Artnconnect veut aider les artistes à trouver un thérapeute qui comprend leur métier. Photo: DepositPhotos.com
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Publié 14/09/2026 par Hamza Ziad

On applaudit l’artiste sur scène, mais une fois les projecteurs éteints, il redevient un travailleur autonome, sans employeur, sans assurance collective, et souvent sans personne à qui confier son anxiété ou ses troubles de santé mentale.

C’est dans cet angle mort qu’intervient Artnsoul. Cette entreprise sociale torontoise vient de lancer Artnconnect, une plateforme bilingue. Elle met en relation les artistes de l’Ontario et des psychologues, psychothérapeutes ou travailleurs sociaux sensibilisés au monde de la création.

Derrière le projet, un danseur et professeur de danse: Chris Locko.

Il a d’ailleurs vécu ce qu’il décrit, de l’anxiété de performance au blocage créatif. «Nous, les artistes, on est souvent les derniers de la classe», confie-t-il à l-express.ca. «On parle très peu de notre santé mentale.»

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Chris Locko.

Un thérapeute qui connaît les artistes

Le fonctionnement tient en un mot: l’appariement. L’artiste s’inscrit gratuitement. Puis il coche les défis, professionnels comme personnels, qu’il veut travailler.

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La plateforme lui présente alors des thérapeutes certifiés. «C’est un effet miroir», résume le fondateur. Les praticiens remplissent en effet la même grille, et certains sont eux-mêmes artistes. Ils y indiquent les défis qu’ils accompagnent et les communautés qu’ils connaissent.

Pourquoi pas un thérapeute ordinaire? «C’est mieux d’avoir quelqu’un du domaine pour saisir les enjeux», répond Chris Locko.

Soutenue par l’Institut Montfort, la plateforme en est à ses débuts: trois thérapeutes y figurent, dont deux bilingues et un anglophone. L’ambition, elle, dépasse déjà la province: après l’Ontario, Artnsoul vise le reste du Canada.

Des chiffres qui inquiètent

Toronto compte 32 300 artistes professionnels, soit un artiste canadien sur six. Ces données viennent du recensement de 2021, analysé par la firme Hill Strategies. Leur revenu d’emploi médian s’élevait à 15 700 $, contre 42 800 $ pour l’ensemble des travailleurs torontois.

Le rapport Soundcheck, lui, est sans appel. Ce premier portrait de l’industrie musicale canadienne révèle que 86% des répondants éprouvent des difficultés. De plus, 79% désignent l’argent comme première cause et 43% ont songé au suicide.

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«Des conversations, peu de gestes»

Le silence, lui, s’est fissuré. «Ce n’est pas vraiment tabou, il y a plus de conversations qu’avant. Mais ça reste souvent juste ça: des conversations», souligne le DJ et producteur Groefer, dans une entrevue accordée à l-express.ca.

«Concrètement, il n’y a pas grand-chose qui se fait pour préserver la santé mentale des artistes.»

Il pointe deux plaies. D’abord l’individualisme, car «l’artiste navigue sa carrière seul». Ensuite la comparaison, «ce sentiment d’être en retard». Sa conclusion tient donc en un verbe: normaliser. «Demander de l’aide, et même aller voir un psy, ouvertement.»

Reste le mythe le plus tenace: celui de l’artiste torturé. Depuis Van Gogh, une légende veut que le génie naisse de la souffrance. Se soigner reviendrait alors à tarir la source.

«Je connais bien ce mythe», rétorque Chris Locko. «Mais la souffrance, ce n’est pas ce qui va t’amener vers la réussite. Un artiste a le droit d’avoir un soutien adapté pour être au meilleur de sa forme.»

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Groefer.

Et en français?

Pour les francophones, l’obstacle s’épaissit. L’Ontario compte 4 185 psychologues inscrits, selon le Collège des psychologues et des analystes du comportement. Mais une fraction seulement exerce en français, et la pénurie est reconnue jusqu’à Ottawa.

En 2025, le fédéral a d’ailleurs versé 33,2 millions $ à quatre établissements ontariens, dont l’Université d’Ottawa et le Collège Boréal, pour former davantage de professionnels de la santé francophones.

L’artiste torontois Don Hatali a connu cette pénurie de l’intérieur. «Lorsque j’ai eu ma dépression en 2016, il y avait moins d’options en santé mentale à Toronto», raconte-t-il. «Et je ne pouvais pas vraiment faire du shopping pour des services francophones quand tout avait l’air de s’effondrer autour de moi.»

Son témoignage nuance pourtant l’évidence. «Parler à un francophone n’était pas le plus important. Je cherchais un professionnel qui n’allait pas me donner des antidépresseurs; j’avais peur que cela me change comme artiste.»

Dix ans plus tard, il ajoute: «Oui, ça change de pouvoir parler en français. Mais que le thérapeute soit francophone ou anglophone, la technique doit avoir du sens pour moi.» La langue ouvre donc la porte; elle ne soigne pas seule.

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Don Hatali.

Le mur du coût

Reste l’obstacle qu’aucune plateforme ne franchit: la facture.

L’Assurance-santé de l’Ontario couvre la psychothérapie donnée par un médecin ou un psychiatre, ainsi que les programmes publics. En revanche, le cabinet privé d’un psychologue ou d’un psychothérapeute demeure à la charge du patient. Restent les assurances privées, que peu d’artistes ont.

La gratuité de l’inscription n’est-elle pas, dès lors, un trompe-l’œil?

«L’accès est gratuit pour trouver un thérapeute», répond le fondateur d’Artnconnect. Il admet toutefois que «la thérapie, aujourd’hui, ça coûte de l’argent». Certains praticiens offrent des tarifs adaptés, à leur discrétion.

Par ailleurs, il veut convaincre les organisations culturelles, francophones comme anglophones, de payer une partie des séances.

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Et si l’Ontario s’inspirait de la France? Là-bas, Mon soutien psy rembourse une douzaine de séances. L’intermittence, elle, protège les artistes entre deux contrats.

Chris Locko acquiesce. «C’est un système dont on pourrait s’inspirer, pour donner plus facilement accès aux soins et briser les barrières économiques.» Mais un pont ne se bâtit pas à mains nues: «Nous avons besoin de croiser nos efforts.»

Le bâtisseur, lui, reste un artiste. «J’aimerais ne pas avoir à m’arrêter parce que ma santé mentale serait trop affectée. Heureusement, j’ai le soutien de ma communauté, de mes amis et de ma famille.» Le pont est jeté; encore faut-il que les artistes aient les moyens de le traverser.

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