Version 51 du rêve américain

américain, Hervé Gagnon, 51e – Canada 2038
Hervé Gagnon, 51e – Canada 2038, roman, Montréal, Éditions Alire, 2026, 432 pages, 30, 95 $.
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Publié 09/09/2026 par Paul-François Sylvestre

«Ce livre est un avertissement.» Telle est la dédicace qu’a signée Hervé Gagnon dans mon exemplaire de 51e – Canada 2038. Le roman décrit notre pays devenu le 51e état américain, dont la capitale est Montréal.

L’action se déroule en 2025, 2029 et 2038. Le roman fait allusion, bien entendu, aux tarifs douaniers imposés n’importe comment sur n’importe quoi, selon la fantaisie délétère de Daniel J. Fromm (nom emprunté à qui l’on sait).

Le président américain a aisément annexé son voisin du Nord pour que les Canadiens aient «accès à tout ce que le grande civilisation étatsunienne a de mieux à offrir». Cette version 51 du rêve américain n’inclut pas les soins de santé, le confort, la liberté de penser et l’espoir.

La fille du gouverneur

Le roman met en scène Jean-François Foley et Alexandra Fils-Aimé, deux agents du Service de Police de la Ville de Montréal (SPVM). Ils sont secrètement chargés de retrouver Ellie Belliveau, la fille du gouverneur du 51e État, disparue mystérieusement alors qu’elle se rendait à l’université.

L’enquête du SPVM est parsemée de culs-de-sac. Ellie «pourrait avoir été enlevée ou avoir disparu volontairement. Elle pourrait être impliquée dans la tentative d’extorsion ou pas. Elle pourrait faire partie du FLQ ou pas.» Plus on en sait, moins on avance.

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Dans une entrevue, Hervé Gagnon souligne qu’il a dû littéralement imaginer tout ce qu’il ne souhaitait pas voir se produire et le décrire dans le détail. La loi 101, lit-on, a été annulée par décret présidentiel, pavant la voie pour que le Québec devienne une nouvelle Louisiane.

Dystopie

Aux yeux de Gagnon, 51e – Canada 2038 n’est pas un roman de science-fiction mais plutôt une dystopie, c’est-à-dire un récit dépeignant une société imaginaire oppressive qui empêche ses membres d’accéder au bonheur.

«J’ai imaginé un futur très proche et très réaliste. Bref, un mélange des genres qui, comme romancier, m’a bousculé et sorti de ma zone de confort.»

Le plus intéressant dans cet ouvrage, à mon avis, demeure l’accent mis sur la vie privée de Jean-François Foley et d’Alexandra Fils-Aimé. Le premier a une fille et un petit-fils dont le bonheur et la sécurité marquent son comportement au fer rouge. La seconde a une amante atteinte d’un cancer que seule une mise de fonds mirobolante peut atténuer.

Effondrement

Le romancier excelle dans l’art de décrire comment tout ce qui est tenu pour acquis peut s’effriter sans que quiconque ne puisse y faire quoi que ce soit. Comment un monde peut se décomposer en un rien de temps, remplacé par une oppression qu’aucune personne normalement constituée ne peut imaginer.

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Certaines scènes choquantes, voire troublantes (exécutions publiques, brutalité policière, assassinats) ponctuent ce thriller. Résultat: un crescendo vertigineux qui culmine dans une apothéose qui, pour plusieurs, peut tenir de la catharsis.

Le style n’est pas le seul à être bien fignolé. Le lancement du roman est aussi bien tricoté. Il se fera le 11 septembre à la Bibliothèque de Stanstead, qui chevauche la frontière avec les États-Unis. Elle est située non seulement sur la rue Church au Québec, mais également sur Derby Line dans le Vermont.

Auteurs

  • Paul-François Sylvestre

    Chroniqueur livres, histoire, arts, culture, voyages, actualité. Auteur d'une trentaine de romans et d’essais souvent en lien avec l’histoire de l’Ontario français. Son site jaipourmonlire.ca offre régulièrement des comptes rendus de livres de langue française.

  • l-express.ca

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