Nisa Moments: un espace pour les musulmanes francophones de Toronto

Nisa Moments, un nouvel espace pour les femmes musulmanes francophones de Toronto.
Les événements de Nisa Moments s'articulent autour de concepts issus de la tradition musulmane. D'après Niyyah («intention») et Iqraa («Lis»), premier mot révélé du Coran, l'organisme poursuit sa mission de favoriser les rencontres entre femmes musulmanes francophones de Toronto. Photo: courtoisie.
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Publié 04/08/2026 par Hamza Ziad

«Je ne pouvais pas choisir un nom plus représentatif, pour un groupe de musulmanes, que Nisa, qui signifie « femmes » en arabe littéraire, et qui est le titre d’une sourate du Coran, pour donner vie à Nisa Moments, ce projet qui me tient profondément à cœur», souligne Loubna Abdallah dans une entrevue accordée à l-express.ca.

Installée à Toronto depuis six ans, la fondatrice de Nisa Moments retournait régulièrement en France, où elle a vécu une grande partie de sa vie, afin de se ressourcer et de retrouver une communauté lui permettant de demeurer profondément ancrée dans sa foi.

De retour en Ontario, sa participation aux activités de la communauté francophone musulmane de Toronto lui fait prendre conscience de la nécessité de créer un espace destiné aux femmes musulmanes francophones.

«Je voulais créer un lieu où les femmes musulmanes francophones pourraient se retrouver autour d’activités spirituelles, culturelles, sociales, de réseautage, de bien-être et de toute initiative favorisant les échanges, la solidarité et l’épanouissement collectif», explique-t-elle.

Nisa Moments, un nouvel espace pour les femmes musulmanes francophones de Toronto.
Loubna Abdallah, fondatrice de Nisa Moments. Photo: courtoisie

La mosquée d’Adelaide, là où tout a commencé

Selon Statistique Canada, près de 1,78 million de personnes se sont déclarées musulmanes au Canada en 2021, dont 943 000 en Ontario. Le Grand Toronto en compte environ 626 000, tandis que la communauté musulmane francophone continue de croître sous l’effet de l’immigration.

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«Il y a beaucoup de femmes musulmanes francophones à Toronto, mais nous ne nous connaissons pas», constate Loubna Abdallah.

Au début, elle fréquentait le centre MAC de la rue Dundas avant d’apprendre que de nombreuses femmes musulmanes francophones se réunissaient plutôt au centre MAC de la rue Adelaide. Cette découverte renforce sa conviction de créer un espace favorisant les rencontres et le sentiment d’appartenance.

«Étant d’origine comorienne, j’avais naturellement envie de retrouver ma communauté. Mais comme elle est peu présente à Toronto, je me suis dit: pourquoi ne pas créer une communauté plus large réunissant toutes les femmes musulmanes francophones, peu importe leurs origines?»

mosquées
Masjed Toronto sur Adelaide. Photo: archives l-express.ca

Quel regard sur le hijab à Toronto?

Interrogée sur le port du hijab en Ontario, Loubna Abdallah estime que son expérience à Toronto diffère sensiblement de celle qu’elle a connue en France.

«Je ne dis pas que la discrimination n’existe pas au Canada, mais j’ai l’impression que les gens ont compris qu’ils n’ont pas à donner leur avis sur un sujet aussi personnel. En France, le hijab demeure un sujet de débat récurrent et l’on sent plus facilement les regards se poser sur les femmes voilées», souligne-t-elle.

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«À titre personnel, je n’ai jamais été confrontée à des propos ou à des comportements discriminatoires depuis que je porte le hijab à Toronto.»

Sur le plan juridique, le Code des droits de la personne de l’Ontario protège la liberté de religion et interdit la discrimination fondée sur la croyance. Au Québec, la Loi sur la laïcité de l’État (la «loi 21») prévoit des restrictions au port de signes religieux, dont le hijab, pour certaines personnes exerçant des fonctions d’autorité, notamment les nouvelles enseignantes des écoles publiques.

«À mon avis, le débat québécois est davantage influencé par une culture importée de France que par une remise en question proprement canadienne», explique Loubna Abdallah.

Nisa Moments, un nouvel espace pour les femmes musulmanes francophones de Toronto.
Les participantes au deuxième événement de Nisa Moments, Iqraa, se sont réunies pour un moment de lecture, de réflexion et de partage. Photo: courtoisie

Des liens qui se tissent

Aujourd’hui, Nisa Moments rassemble des femmes musulmanes francophones issues d’horizons variés. La majorité des participantes sont originaires d’Afrique de l’Ouest, notamment du Sénégal, ainsi que d’Afrique du Nord, où les Marocaines sont les plus nombreuses, suivies des Algériennes et des Tunisiennes. Plus récemment, des femmes originaires des Comores ont également rejoint la communauté.

Depuis sa création, il y a un mois et demi, Nisa Moments a déjà organisé deux événements: Niyyah Vision Board & Renouveau, consacré aux intentions et aux objectifs de la nouvelle année 1447 du calendrier hégirien; puis Iqraa, une rencontre autour de la lecture tenue à la fin du mois de juillet.

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Le prochain rendez-vous, Shafaq, prendra la forme d’un pique-nique créatif inspiré de la Dolce Vita, le 29 août, au parc Trillium ou au parc Biidaasigee.

Pour Ndeye Oumy Ba, étudiante d’origine sénégalaise à l’Université de Toronto, cette communauté a rapidement trouvé un écho dans son quotidien.

«Depuis que je participe aux activités de Nisa Moments, mon sentiment d’appartenance à Toronto s’est considérablement renforcé. J’y ai rencontré des sœurs qui partagent ma foi et mes valeurs», témoigne-t-elle.

«Cette communauté m’offre un espace où je peux être pleinement moi-même, sans compromettre ma foi. Aujourd’hui, Toronto est devenue un endroit où je me sens véritablement chez moi.»

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Pour certaines musulmanes francophones, trouver un conjoint musulman francophone constitue l’un des principaux défis de leur parcours d’établissement à Toronto. Photo: DepositPhotos.com

Où sont les prétendants?

Pour Loubna Abdallah, les femmes musulmanes francophones de Toronto font face à deux défis majeurs: fonder une famille et rompre l’isolement religieux.

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«Le Canada offre de nombreuses possibilités professionnelles. En revanche, trouver un conjoint musulman, idéalement francophone, demeure plus difficile. Pour celles qui arrivent déjà mariées, le parcours est différent, mais pour les autres, cela représente souvent un véritable défi», explique-t-elle.

«On peut être profondément attachée à sa foi, mais lorsqu’on ne partage pas son quotidien avec une communauté qui célèbre le Ramadan, l’Aïd ou d’autres moments importants de la vie musulmane, un sentiment d’isolement peut s’installer. C’est aussi pour répondre à ce besoin que Nisa Moments existe.»

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