À la croisée de notre avenir technologique: agir ou périr

3e édition du Sommet Vision

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Joyce Sery, Elykiah Doumbe, Viviane Sinane et Tom Galaty avec une lettre officielle du ministre Doug Ford à l'occasion du Sommet Vision. Photos: Hamza Ziad, l-express.ca
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Publié 11/03/2026 par Hamza Ziad

La troisième édition du Sommet Vision s’est tenue le samedi 7 mars à l’Université de l’Ontario français (UOF), réunissant leaders communautaires, entrepreneurs, professionnels et étudiants francophones autour du thème De la vision à l’action: tisser l’avenir.

Organisé par Vital Vision et le Mouvement pour l’inclusion des communautés racisées de l’Ontario (MICRO), l’événement proposait un programme composé de conférences, ateliers, mini-sessions, panels et espaces de réseautage.

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Edith Taki. Photo: courtoisie

«Les deux premières éditions visaient surtout à outiller la communauté avec des outils technologiques. Cette année, nous voulons passer à l’action», souligne Edith Léa Taki, cofondatrice de Vital Vision.

Elle ajoute que le titre du panel «Agir ou périr» peut paraître provocateur, mais qu’il vise avant tout à «poser les bonnes questions et encourager la mise en place d’actions concrètes».

Les discussions ont notamment porté sur l’innovation technologique, le leadership, l’éducation inclusive et la valorisation des langues et cultures dans un contexte francophone minoritaire. L’objectif: favoriser le dialogue entre savoirs et technologies, tout en encourageant l’émergence d’initiatives concrètes au sein des communautés.

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Des exposants et représentants d’organismes communautaires lors du Sommet Vision. Photo: Hamza Ziad

Une mobilisation francophone grandissante

«Lors de nos rencontres avec des commanditaires potentiels, plusieurs se disaient surpris qu’un tel sommet existe sans qu’ils en aient entendu parler», souligne Edith Léa Taki.

Selon elle, l’événement suscite désormais un intérêt plus marqué au sein du milieu francophone torontois, tant sur le plan de la commandite que de la participation. Le nombre d’organismes partenaires est d’ailleurs plus élevé que lors de l’édition précédente, ce qui traduirait une dynamique de collaboration accrue entre acteurs communautaires.

«Le fait qu’il y ait davantage d’organismes partenaires cette année montre qu’il y a plus de solidarité entre les organismes francophones torontois», souligne Edith Léa Taki.

Elle observe également une prise de conscience croissante autour des enjeux liés à la jeunesse et à la préparation de la relève. À titre d’exemple, le Conseil scolaire Viamonde a financé la participation de dix élèves de 12e année, afin qu’ils puissent assister aux activités et échanger avec des professionnels issus de la communauté francophone, dont les parcours peuvent constituer des sources d’inspiration.

Fabrice Manga, Viviane Sinane, Dre Sylvie Musongela, Irène Niangoran, Jean Abdiel Momo et Joe Tamko ont animé un panel lors du Sommet Vision. Photo: Hamza Ziad

Qui contrôle nos données?

L’utilisation et la gouvernance des données ont figuré parmi les sujets phares de ce sommet. Jean Abdiel Momo, consultant senior en technologies de l’information, rappelle que les communautés afrodescendantes francophones produisent elles-mêmes une quantité importante de données, sans pour autant en maîtriser pleinement l’utilisation.

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«Nous produisons des données, mais nous devons aussi en être les maîtres», souligne-t-il.

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Jean Abdiel Momo. Photo: courtoisie

Il met en garde contre les effets d’une représentation insuffisante dans les espaces décisionnels, en particulier dans les secteurs technologiques. Selon lui, l’absence des communautés concernées autour des tables de décision limite leur capacité à orienter l’usage des données et à corriger certains biais.

Jean Abdiel Momo évoque également les angles morts persistants dans les technologies numériques, qui traduisent, selon lui, une forme d’exclusion ou de sous-représentation. «Avez-vous déjà entendu Alexa d’Amazon parler avec un accent comme le nôtre? Je ne pense pas», observe-t-il.

Il mentionne aussi certains systèmes d’intelligence artificielle utilisés dans les processus d’embauche, capables d’analyser la peau des candidats pour détecter d’éventuelles maladies. Selon lui, ces technologies peuvent générer des biais envers les personnes à la peau noire, la couleur de peau pouvant être interprétée à tort comme un indicateur de problème médical.

«C’est pour cela que nous devons être à la table des décideurs, afin d’éliminer ce type de pratiques», affirme-t-il.

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Former la relève en STIM

Dans une entrevue accordée à l-express.ca, Sylvie Musongela, docteure en ingénierie nucléaire, souligne l’importance de former davantage de jeunes francophones dans les domaines des STIM: sciences, technologies, ingénierie et mathématiques.

Selon elle, la présence de professionnels francophones dans ces secteurs est essentielle pour assurer une représentation réelle de la francophonie dans les lieux où se prennent les décisions.

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Sylvie Musongela. Photo: courtoisie

«Les professionnels siègent dans les ordres, et les réseaux économiques. S’ils ne sont pas francophones, notre réalité risque de ne pas être prise en compte», explique-t-elle.

Elle évoque également le déséquilibre entre les structures anglophones et francophones. «Lorsque les jeunes trouvent davantage de ressources, de services et d’occasions dans les milieux anglophones, ils finissent naturellement par s’y diriger», souligne-t-elle.

Pour la chercheuse, l’enjeu dépasse la langue: il touche à la capacité d’influence d’une minorité. «Les absents ont toujours tort. Si la francophonie ne forme pas sa relève dans les STIM, elle risque de se retrouver en marge des transformations technologiques», précise-t-elle.

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«Déjà que le français est en train de se perdre dans plusieurs espaces, on ne veut pas être totalement effacés non plus.»

Qui sera remplacé par l’IA?

À mesure que l’intelligence artificielle (IA) s’impose dans de nombreux secteurs, plusieurs métiers pourraient voir certaines de leurs fonctions automatisées par des agents virtuels capables d’exécuter des tâches techniques avec une efficacité croissante.

Pour Kami Hannaoui, experte en marketing et en intelligence artificielle et fondatrice de Matcha Designs, la véritable ligne de démarcation ne réside toutefois pas uniquement dans les compétences techniques.

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Kami Hannaoui. Photo: courtoisie

Elle estime que les professionnels qui se limitent à l’exécution de tâches spécialisées, sans développer une marque personnelle forte, s’exposent davantage au risque d’être remplacés. «Lorsqu’une personne n’a ni visibilité ni opinion publique, un agent d’intelligence artificielle peut accomplir son travail et parfois même en surpasser la qualité», explique-t-elle.

À l’inverse, la spécialiste encourage les entrepreneurs et les professionnels francophones à renforcer leur présence dans l’espace numérique.

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Partager son expertise, développer une communauté et s’affirmer comme référence permettent de demeurer pertinent. Dans l’économie émergente de l’IA, souligne-t-elle, l’influence, la personnalité et l’intelligence émotionnelle deviennent des atouts déterminants.

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