Gabriel Osson et Soufiane Chakouche: deux artistes, un souffle

Un croisement culturel inédit

artistes, Lise B. L. Goulet lors du mot d'introduction
L'écrivain Soufiane Chakkouche, la commissaire de l'exposition Lise B. L. Goulet et l'artiste-peintre Gabriel Osson. Photos: Anna Vigne, l-express.ca
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Publié 14/02/2026 par Anna Vigne

Le mardi 10 février s’est tenue à l’Hôtel Victoria, au centre-ville de Toronto, une collaboration inédite entre le vernissage de l’artiste peintre Gabriel Osson et le lancement du nouveau roman de Soufiane Chakkouche Rocking Chair.

Gabriel Osson

Écrivain, poète et peintre, Gabriel Osson est un artiste aux multiples facettes.

Son dernier livre sur Suzanne Louverture, compagne de Toussaint Louverture, héros de l’indépendance d’Haïti, redonne une place et un nom à cette femme oubliée de l’histoire en dépit de son rôle central.

L’artiste est également engagé aux côtés de la jeunesse afro-descendante ontarienne avec l’association Point Ancrage Jeunesse.

Il y joue le rôle de mentor auprès de jeunes talents, comme Siaho Marie Gbe, artiste peintre gagnante du concours des Journées artistiques de la jeunesse afro-descendante et présente à l’exposition, ou encore Dio Ngom, la photographe torontoise en charge des prises de vue des œuvres.

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Soufiane Chakkouche et Gabriel Osson lors de leur exposition commune
Gabriel Osson et Soufiane Chakkouche.

Soufiane Chakkouche

Romancier, scénariste et journaliste torontois d’origine marocaine, reconnu dans le milieu littéraire pour sa série de polars Inspecteur Dahlil, Soufiane Chakkouche explore avec ce roman un nouveau style littéraire.

Rocking Chair est une fiction psychologique centrée sur un écrivain en quête de reconnaissance. À la frontière entre le réel et le surnaturel, l’œuvre suit le parcours d’un jeune écrivain en quête de reconnaissance qui trouve l’inspiration dans une simple chaise à bascule qui lui confère une inspiration hors du commun.

Lise B. L. Goulet

Afin de présider et présenter la collaboration entre les deux artistes, la céramiste Lise B. L. Goulet, professeur d’art et membre active du groupe d’artistes Bravo Sud, a tenu le rôle de commissaire de l’exposition.

Son œil avisé et sa profonde connaissance du travail de Gabriel Osson ont permis d’immerger les visiteurs dans 30 ans de toiles vibrantes et variées.

Lise B. L. Goulet présentant l'exposition lors du mot introductif du commissaire
Lise B. L. Goulet.

Gabriel Osson: d’un style à l’autre

Le mot introductif de la commissaire de l’exposition guide le public à travers la transition visible dans le style artistique de Gabriel Osson: «d’une peinture figurative, concrète, à des représentations beaucoup plus abstraites et colorées».

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À ce sujet, le peintre qu’il estime vouloir se défaire du carcan imposé par le réalisme «un peu rigide, automatique».

C’est avant tout son amour pour la couleur qui l’a fait entamer cette transition: «ça m’a permis d’utiliser toute la gamme de couleurs et de laisser exploser finalement la peinture, je peins de façon plus spontanée».

L’artiste explique qu’un tableau en particulier incarne cette transition: «Les Voiliers, on trouve d’abord l’arrière du tableau qui est un peu plus figuratif. Mais les bateaux sont très triangulaires, abstraits».

artistes, Les Voiliers, Gabriel Osson
Les Voiliers, de Gabriel Osson

Certaines des toiles sont profondément marquées par les voyages de l’artiste, resté fidèle à ses premières inspirations, les cartes postales de son enfance qu’il copiait déjà à l’aquarelle.

Quelques tableaux sont empreints des racines haïtiennes de son auteur, notamment des toiles issues d’une exposition faite sur le thème du Vaudou: «un tableau ici peut-être rappelle mes racines, c’est celui qui s’appelle Fertilité qui représente justement une déesse dans le panthéon du Vaudou».

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artistes, Fertilité, Gabriel Osson
Fertilité, de Gabriel Osson

Soufiane Chakkouche: «décrire le réel»

Habitué des polars centrés sur le thème de l’exil, de la mémoire et de l’identité, ce thriller psychologique centré sur l’ego et la gloire soudaine est une exploration nouvelle pour l’auteur.

Il explique que ce changement de cap s’est imposé à lui à travers la rencontre du personnage principal de ce roman: la fameuse chaise à bascule.

L’auteur s’est trouvé inspiré, fasciné par cet objet à qui il veut rendre toute la valeur sentimentale que lui ont conférée ses années d’histoire.

Il explique: «C’est cet objet-là qui m’a soufflé toute l’histoire des personnages principaux. […] c’est cet objet le personnage principal. Donc ce glissement dans les thèmes abordés ce n’est pas vraiment un glissement. Si je ne l’avais pas rencontré (la chaise à bascule), je n’aurais pas traité ce thème».

Alors même que l’inspiration soudaine conférée par la chaise à bascule au personnage principal Joshua Lomu flirte avec la magie, l’auteur rappelle l’importance d’ancrer ses récits dans le réel.

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Il compare son travail d’écriture à celui du sculpteur qui extrait l’œuvre de la pierre: «donner forme à une œuvre qui existait dans la matière, pour moi c’est un peu pareil qu’écrire une histoire. Elle existe déjà, je ne fais que l’isoler du réel. Mais je pars toujours de la réalité».

Une envie d’écrire avec exactitude sur le monde qui l’entoure qui se retrouve dans le l’ancrage du livre dans la ville de Toronto, une première pour l’auteur qui y vit pourtant depuis 2019.

Il évoque l’inspiration suscitée presque instantanément par cette ville: «dès que je suis arrivé Toronto, je savais que j’allais écrire, un livre qui se passe ici».

Par ailleurs, dans cette quête d’un réel structurant le récit, l’auteur parle de son besoin de prendre le temps de s’imprégner des lieux avant de les coucher sur papier: «je passe du temps dans chaque lieu […] pour pouvoir m’inspirer de tout ce que le béton dégage des gens et de leur culture».

artistes, Soufiane Chakkouche
La première et quatrième de couverture du livre Rocking-Chair de Soufiane Chakkouche.

Forger une collaboration artistique

Interrogés sur la naissance de cette collaboration inédite, les deux artistes évoquent une amitié construite à travers les années et les rencontres dans les cercles d’artistes de Toronto.

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Soufiane Chakkouche explique s’être reconnu dans les thèmes abordés par Gabriel Osson. L’ouvrage Hubert, le restavèk au sujet d’enfants domestiques proches de l’esclavage à Haïti, une réflexion sur les réalités sociales de la société haïtienne qui a en effet marqué l’auteur de Rocking Chair.

Lui-même a abordé des sujets similaires à travers son livre intitulé Zahra, traitant de la pauvreté, l’injustice sociale et les destinées brisées d’enfants précaires au Maroc.

Le succès de l’exposition et la richesse des échanges qui l’ont succédé ont motivé les deux auteurs à multiplier les collaborations de la sorte.

Gabriel Osson annonce en effet de futurs vernissages: un événement musical mi-mars accompagné de l’artiste Dieufaite Charles avec qui il a déjà travaillé, suivi d’un troisième en avril dédié à ses propres œuvres écrites.

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