Une soupe savamment épicée et poétiquement mijotée
J’avais d’abord donné à cette recension le titre suivant: «T’en faguès pas, le pécaïré pitchoun espinche bélèu son coulègo». Mais il vous faudrait connaître le provençal marseillais des années 1940 ou avoir lu le tout dernier roman de Claude Tatilon, La Soupe au pistou, pour comprendre pareille phrase (T’en fais pas, le pauvre enfant espionne peut-être son collègue). Le provençal n’est qu’un ingrédient de cette soupe savamment épicée et poétiquement mijotée. La couverture indique qu’il s’agit d’un roman mais le terme «autofiction» serait plus juste. Claude Tatilon raconte une partie de son enfance, de 1943 à 1945. À 6 ans, […]
La limite entre culpabilité et innocence peut-elle être floue ?
Phyllis Dorothy James, qui signe P.D. James, a inventé une dix-septième enquête policière en campant des personnages dans un cadre pittoresque et en les plongeant dans une intrigue qui les ramène constamment à leur passé douteux. La psychologie occupe une place de choix dans Une mort esthétique, tout comme les réflexions sur la structure sociale britannique, la nature humaine et, surtout, la limite floue entre culpabilité et innocence. Quand la célèbre journaliste d’investigation Rhoda Gradwyn est admise dans la clinique privée du docteur Chandler-Powell pour faire disparaître une cicatrice qui la défigure depuis l’enfance, elle a en perspective une opération […]
Trois finalistes pour le Prix CDVS
Privilégier le passé ou le présent? Tel était le choix difficile du jury entre les oeuvres finalistes du prix littéraire Christine-Dumitriu-van-Saanen qui sera remis en décembre par le Salon du livre de Toronto. Les finalistes sont: Claire Rochon, d’Ottawa, pour ses poèmes Fragments de Sifnos (publiés par le Noroît); Jean-Mohsen Fahmy, pour son roman Frères ennemis (publié par VLB); et Claude Tatilon, pour son roman La Soupe au pistou (publié par le Cherche-midi) Sifnos peut être une île grecque, mais cela n’a pas d’importance dans la poésie de Claire Rochon. Le jury note ici «des trouvailles expressives comme l’infinitif du temps». […]
Marguerite Andersen, à la croisée du moi et de l’imagination
Marguerite Andersen, lauréate 2009 du Prix Trillium et Prix des lecteurs de Radio-Canada, a présenté son ouvrage Le figuier sur le toit, lors d’une rencontre avec le public à la galerie Pierre-Léon, jeudi soir 17 septembre. La comédienne Geneviève Trilling, a prêté sa voix à la lecture de passages de l’oeuvre de l’écrivaine. La soirée était organisée par Les Éditions L’Interligne, éditeur du livre. «Il m’est particulièrement désagréable de me faire demander Where are you from? à cause de l’histoire du passé de mon pays d’origine», déclare Marguerite Andersen, auteure franco-ontarienne, née en Allemagne.«Plusieurs immigrants n’aiment pas cette question, parce […]
Rêves et illusions d’un «Petit Canada»
La romancière Micheline Duff a entrepris de raconter une saga qui nous ramène à l’époque de l’exode québécois vers la Nouvelle-Angleterre, à la fin des années 1800. Dans Au bout de l’exil, tome 1 – La Grande Illusion, elle mêle allégrement vérité et fiction pour nous faire vivre «les réalités et les règles de la vie et de la mort, celles de la survie aussi». Ce sont les secrets de famille d’une amie et de captivantes recherches qui ont amené Micheline Duff à écrire cette poignante saga qui débute au Saguenay en 1880. Joseph Laurin, qui vient de perdre sa […]
L’auteure et traductrice Hélène Rioux à Eden Mills
Festival annuel qui se déroulait à l’origine dans l’arrière-cours de l’auteur Leon Rooke, le 21e Eden Mills Writers’ Festival aura lieu le dimanche 20 septembre de 12h à 18h au pittoresque village d’Eden Mills, une heure à l’ouest de Toronto. Parmi les 50 auteurs invités, connus et moins connus, on retrouve l’auteure et traductrice québécoise lauréate Hélène Rioux. La traduction anglaise de son roman Mercredi soir au bout du monde vient de sortir chez Cormorant Books. Le livre a remporté le Prix France-Québec et a été présélectionné en 2007 pour la Médaille du Gouverneur général en littérature. Mme Rioux a […]
Littéréalité du Haut Saint-Laurent ontarien
Nicole V. Champeau est née à Cornwall, près du fleuve Saint-Laurent qui a profondément marqué son âme et sa poésie. Ce cours d’eau est devenu sa passion. Je ne connais personne qui a fouillé autant la littéréalité du Saint-Laurent, sans parler de ses facettes historiques et même sensuelles. Si besoin était, elle vient d’en faire la preuve en publiant Pointe Maligne. L’infiniment oubliée. Cet ouvrage met en situation le fleuve Saint-Laurent dans sa partie ontarienne, à partir du lac Saint-François en remontant vers Cornwall (Pointe Maligne) jusqu’aux Mille-Îles. L’auteure nous invite à la suivre dans son périple d’où se dégage […]
Le troisième roman de Gérard Bouchard
Historien et sociologue de réputation internationale, Gérard Bouchard est aussi romancier. Il vient de publier un troisième roman intitulé Uashat. C’est le nom d’une réserve indienne près de Sept-Îles et le lieu où est envoyé un étudiant en sociologie pour recueillir des statistiques et dresser un tableau de ces familles de Montagnais. Le journal tenu par cet étudiant, d’avril à octobre 1954, constitue le corps du roman. Étudiant à l’Université Laval, Florent Moisan est un rouquin de 19 ans. D’origine modeste et à court d’argent, il a accepte l’offre d’un stage parmi les Indiens de Uashat. Il s’attend à un […]
Le vent nouveau des biographies
Il y a celles de Michael Jackson, de Céline Dion ou de Guy Mauffette. Les biographies ont le vent en poupe. Elles se retrouvent souvent au palmarès des librairies. Car les Québécois les adorent! Robert Dion aussi. Depuis 25 ans, cet aficionado du portrait littéraire arpente les vies des grands auteurs. Il se passionne surtout pour les «nouvelles biographies». Pas les «journalistiques à l’américaine». Les biographies écrites plutôt par un écrivain sur un autre écrivain, comme une œuvre littéraire. Ce professeur du département d’études littéraires de l’UQAM a écrit d’ailleurs un essai sur le sujet. Écrire l’écrivain. Formes contemporaines de […]
En bref: nouvelles, roman, essai, guides
Un coeur rouge dans la glace de Robert Lalonde, nouvelles, Montréal, Éditions du Boréal, 2009, 248 pages, 22,95 $. L’auteur poursuit son exploration des formes narratives en nous proposant trois courts romans – ou trois longues nouvelles – réunis dans un seul livre. Trois histoires indépendantes, complètes en elles-mêmes, mais toutes les trois traversées par les mêmes échos. Chacun de ces brefs «road novels» raconte une errance, une quête, un chemin que parcourent les personnages à la recherche d’un fantôme, d’un être désiré, perdu. Chacun raconte le combat contre le malentendu, contre le temps, contre tout ce qui nous sépare […]
Gogol, l’inventeur du fantastique
En 1831, dans une imprimerie de Saint-Pétersbourg, des typographes éclatent de rire en composant un livre. À l’époque, le compositeur travaillait debout, puisait les caractères dans la casse, en lisant la copie attentivement, pour les placer dans un composteur. Il fallait donc que le texte soit particulièrement drôle, pour que les typographes puissent rire, tout en exécutant leur travail complexe. Ils composaient alors Les Soirées du Hameau, près de Dikanka. Qui pouvait bien en être l’auteur? L’avant-propos le laissait peut-être deviner: «En voilà encore une nouveauté! Drôles de soirées! Et, c’est un apiculteur, s’il vous plaît, qui vous lance ça […]
Art de vivre à la cour pontificale du XVIe siècle
Le biographe d’un cardinal italien a déjà écrit que l’État ecclésiastique est une monarchie à l’intérieur de laquelle se trouvent «plusieurs espèces de Républiques» et où, «quoi que tout le pouvoir appartint à un seul, chaque Prince ne laisse pas d’y avoir sa petite cour et son autorité particulière». À quoi ressemblent la cour pontificale et les cours cardinalices au XVIe siècle? Voilà la question à laquelle répond Pierre Hurtubise dans Tous les chemins mènent à Rome: Arts de vivre et de réussir à la cour pontificale au XVIe siècle. L’auteur explique en quoi consistaient ces cours, que en faisait […]