Réforme de l’éducation en Ontario: des pour, des contre et des questions

éducation, Paul Calandra
Le ministre de l'Éducation de l'Ontario, Paul Calandra, avec des élèves du secondaire. Photo: X
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Publié 29/05/2026 par Michèle Villegas-Kerlinger

La nouvelle loi ontarienne «donnant la priorité à la réussite des élèves» («Putting Student Achievement First») du ministre Paul Calandra suscite beaucoup de controverse, tant chez les francophones que chez les anglophones. Il faut préciser, toutefois, qu’en vertu de la section 23 de la Charte canadienne des droits et libertés, l’impact de ces changements dans les écoles de langue française devrait être, en principe, plutôt limité.

Cela dit, quel impact cette loi pourrait-elle avoir dans les écoles de langue anglaise? Vu le grand nombre de réformes mises de l’avant par ces réformes, l’article qui suit n’examinera que quelques points majeurs qui concernent directement les élèves.

Il faut noter aussi que les commentaires exprimés dans cet article sont ceux des enseignants, administrateurs, parents et autres personnes concernées par la nouvelle loi et qui ont été interviewés par l’auteure.

La nécessité d’agir

Selon le gouvernement, les derniers résultats de l’Office de la qualité et de la responsabilité en éducation (OQRE), montrent que, malgré des progrès en lecture, en écriture et en mathématiques, beaucoup de travail reste à faire. Les résultats aux examens ne s’améliorent pas assez rapidement, en particulier pour le test de mathématiques en 9e année.

Le gouvernement provincial a nommé un groupe consultatif d’experts chargé d’examiner les résultats scolaires et l’évaluation des élèves. Le travail dudit groupe portera principalement sur les mathématiques, la lecture et l’écriture, sur la réduction des écarts de rendement ainsi que sur les causes réelles des résultats actuels.

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Les mesures proposées par M. Calandra s’appuieront sur la Loi de 2025 sur le soutien aux enfants afin d’offrir un modèle plus responsable et cohérent de l’enseignement de haute qualité à l’échelle de la province.

Entretemps, 8 des 60 conseils scolaires de langue anglaise ont été placés sous tutelle par le gouvernement Ford en raison de problèmes de mauvaise gestion financière et de gouvernance, dont les deux plus gros: le Toronto District School Board et le Toronto Catholic District School Board.

Toutes les personnes interviewées se désolent des mauvais résultats des élèves aux tests provinciaux obligatoires en littératie et en maths. Un tel constat soulève plusieurs questions. Est-ce que les Conseils scolaires valorisent vraiment ces compétences de base et investissent l’argent des contribuables là où il faut?

Selon Anwar Knight, animateur canadien chevronné et fondateur du groupe Hold Schools Accountable, la mauvaise gestion des finances pourrait expliquer en partie les piètres résultats des tests si les fonds destinés aux élèves sont dépensés ailleurs.

Assurer des expériences d’apprentissage plus cohérentes et efficaces

Problème numéro 1 : Le manque de ressources pédagogiques cohérentes, alignées sur le programme d’études de la province et facilement accessibles aux enseignants oblige ces derniers à acheter du matériel pédagogique qui, parfois, n’est pas conforme au curriculum.

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Cela entraîne des incohérences d’une classe à l’autre et, parfois, le partage de contenus inappropriés avec des élèves.

L’Ontario rendra obligatoire l’utilisation de ressources d’apprentissage approuvées dans les salles de classe de toute la province. Les enseignants auront la possibilité d’utiliser du matériel supplémentaire selon les besoins de leurs élèves.

L’Ontario fournit déjà une liste de manuels scolaires approuvés par le gouvernement. En étendant cette approche à toutes les ressources utilisées en classe, le Ministère vise une plus grande cohérence dans la mise en œuvre des programmes d’études tout en facilitant l’accès des enseignants à du matériel de haute qualité et en favorisant le succès de tous les élèves en Ontario.

À cette fin, le gouvernement prépare des ressources pédagogiques pour le début de l’année scolaire 2026-2027. Les enseignants pourront accéder à ces ressources en ligne et les utiliser pour soutenir leur enseignement en classe. Ces ressources pourraient inclure des plans de cours, du matériel pour les élèves, des outils d’évaluation, des guides de l’enseignant et des outils d’apprentissage numériques interactifs tels que des jeux, des vidéos, des présentations et des extraits audio.

Plusieurs travailleurs en éducation ont commenté le manque de détails très spécifiques du curriculum de la province. Sans une liste d’attentes plus précises ni d’examens finals standardisés en Ontario, chaque professeure est libre d’interpréter et d’enseigner le programme d’études à sa façon. Ce manque de conformité entre conseils, écoles et même parfois entre les classes d’une même école remet en question la validité des notes reçues par les élèves.

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Problème numéro 2 : Les normes d’évaluation pour les élèves du secondaire n’existent pas.

Des pratiques d’examen incohérentes, notamment en ce qui concerne leur format, et le mode de calcul des notes finales peuvent entraîner des disparités dans la détermination des notes finales, ce qui défavorise certains élèves au niveau postsecondaire.

L’Ontario contribuera à mieux préparer les élèves aux études postsecondaires et à garantir des pratiques d’évaluation cohérentes pour les élèves de la 9e à la 12e année en exigeant:

• L’introduction d’examens écrits obligatoires lors des journées d’examens désignées.

• Une plus grande clarté dans la façon dont les notes finales des élèves sont calculées.

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Comme mentionné ci-haut, le manque de cohérence en ce qui concerne l’enseignement du programme d’études et l’incohérence des examens finals constituent un enjeu majeur qui a un impact direct sur les notes des élèves.

Des examens standardisés et obligatoires dans toutes les matières normaliseraient les notes des élèves à travers la province.

Des programmes comme le Baccalauréat international et le «Advanced Placement» offrent de tels examens, ce qui explique leur pertinence et leur grande popularité chez les parents.

Certains travailleurs en éducation proposent même des examens à l’école intermédiaire, à partir de la 7e année. Cela aurait l’avantage d’habituer les élèves à ce genre d’évaluation dès un plus jeune âge et les aiderait à mieux gérer le stress auquel la plupart des gens font face en se préparant pour un examen.

Pourquoi accorder tant d’importance aux examens? Il faut savoir que, trop souvent, pour les projets et autres tâches faites en dehors de la classe, le recours systématique à l’intelligence artificielle par un certain nombre d’élèves met sérieusement en doute la valeur de ce genre d’évaluation.

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Problème numéro 3 : L’absentéisme et le manque d’engagement chez les élèves sont endémiques.

La présence des élèves à l’école est inférieure aux niveaux d’avant la pandémie, ce qui a un impact négatif sur leur réussite scolaire. L’assiduité et la participation en classe ne sont actuellement pas des éléments obligatoires de la note finale des cours.

Afin d’encourager plus d’assiduité et d’engagement en classe de la part des élèves, le gouvernement mettra en place une politique où la participation et l’assiduité compteront pour 15% de la note finale pour les cours de 9e et 10e années et pour 10 % pour les cours de 11e et 12e années. Les élèves ne seront pas pénalisés pour des absences justifiées, telles que les maladies et les jours fériés.

Tous les gens interviewés affirment que l’absentéisme à l’école est un problème majeur chez de nombreux jeunes. Soit l’élève ne vient pas à l’école du tout, soit il ou elle vient à l’école, mais n’assiste pas à ses cours ou seulement à quelques-uns.

D’autres élèves manquent régulièrement des cours pour participer à des activités sportives ou à d’autres activités soi-disant parascolaires, mais offertes pendant la journée scolaire. Certes, ces dernières sont importantes et enrichissantes, mais ne devraient pas être la cause de l’absence chronique d’un(e) élève.

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Ici la question se pose: qu’en est-il de la Loi sur l’éducation, qui oblige les enfants de 6 à 18 ans (ou jusqu’à l’obtention d’un diplôme) à fréquenter l’école, sauf exceptions légitimes?

Selon la loi ontarienne, l’absentéisme scolaire injustifié (15 jours consécutifs sans justification) et chronique (10% ou plus des jours d’école, peu importe la raison) est très sérieux et peut entraîner l’intervention de conseillers en assiduité et/ou des services sociaux, des amendes allant jusqu’à 1 000 $, la suspension du permis de conduire, 30 jours d’emprisonnement et des mesures de probation pour l’élève.

Les motifs d’absences autorisés sont: maladie ou urgence familiale; éducation à domicile approuvée; transport scolaire non disponible.

Et pourtant, il y a des élèves qui s’absentent des cours sur une base régulière et en toute impunité. Il y a même des parents qui partent en vacances avec leurs enfants pour des semaines, voire un mois ou plus, pendant l’année scolaire, comme si de rien n’était.

C’est un peu comme la loi sur le bannissement des téléphones cellulaires, entrée en vigueur en septembre 2024. Les élèves continuent à utiliser leur téléphone en classe, que l’enseignant(e) l’autorise ou non, parce qu’il y a peu ou pas de support pour le ou la professeur(e) et pas de conséquence pour l’élève.

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Ce laxisme face à l’absentéisme à l’école et à la participation en classe, ainsi que le manque flagrant d’imputabilité, dévalorisent l’éducation et mettent en péril l’avenir de nos jeunes.

Et maintenant?

Les réformes proposées par le gouvernement Ford et mentionnées dans cet article sont, de l’avis de nombreux intervenants en éducation, absolument nécessaires.

Mais les piètres résultats des tests provinciaux, le manque d’homogénéité dans l’enseignement des cours et les évaluations, sans parler de l’absentéisme rampant, ne semblent être que la pointe de l’iceberg des problèmes à résoudre dans le système d’éducation public en Ontario.

Bien des travailleurs en éducation s’inquiètent de plus en plus de la discrimination, de l’intimidation et des abus verbaux et physiques subis par les élèves ou dont ils sont eux-mêmes victimes. Ils se demandent que faire face aux demandes irréalistes de certains parents qui vont jusqu’à menacer les professeurs qui refusent de changer une note qui est souvent déjà trop généreuse.

Que dire du sentiment de légitimité qui remplace toujours plus l’autonomisation, du conformisme et de la pensée paresseuse qui supplantent la pensée critique, du plagiat et de la tricherie qui prennent le pas sur l’honnêteté académique?

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Que penser du manque de communication et de transparence, de l’absence de respect généralisée?

Pour de nombreux intervenants en éducation, des réformes en éducation sont nécessaires et quelques-unes sont urgentes, mais si la loi a des failles et manque de dents, nous risquons tous, comme société, de rester sur notre faim.

Auteurs

  • Michèle Villegas-Kerlinger

    Chroniqueuse sur la langue française et l'éducation à l-express.ca, Michèle Villegas-Kerlinger est professeure et traductrice. D'origine franco-américaine, elle est titulaire d'un BA en français avec une spécialisation en anthropologie et linguistique. Elle s'intéresse depuis longtemps à la Nouvelle-France et tient à préserver et à promouvoir la Francophonie en Amérique du Nord.

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