Quand «Je me souviens» devient «J’ai la mémoire qui flanche»

Je me souviens, Marie Demers, L’amnésie patrimoniale
Marie Demers, L’amnésie patrimoniale, essai, Montréal, Éditions Varia, collection Proses de combat, 2026, 194 pages, 27,95 $.
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Publié 22/08/2026 par Paul-François Sylvestre

Dans un vibrant plaidoyer intitulé L’amnésie patrimoniale, Marie Demers se demande à quoi rime la devise québécoise Je me souviens si l’on ne respecte pas le passé. Si l’on démolit sans vergogne les édifices anciens, les ponts couverts et les vieux phares ou moulins.

L’autrice cite les premiers mots d’une chanson interprétée au début des années 1960 par l’actrice française Jeanne Moreau: «J’ai la mémoire qui flanche, j’me souviens plus très bien.» Cynique portrait du Québec au début des années 2020!

Les repères disparaissent

Pas étonnant d’avoir la mémoire qui flanche quand les repères disparaissent, toutes catégories comprises. Marie Demers s’est bien documentée et elle multiplie les exemples à qui mieux mieux.

De plus d’un millier de ponts de bois couverts construits au XIXe siècle et jusqu’au milieu du XXe siècle, il en reste moins d’une centaine.

Des quelque 200 moulins à vent érigés en Nouvelle-France depuis 1648, il en reste maintenant moins d’une vingtaine et seulement deux en état de fonctionnement.

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Le Québec comptait 175 phares le long du fleuve et de l’estuaire au siècle dernier; il en reste à présent 43, pour la plupart en mauvais état.

Démolition

À Gatineau, les demandes de démolition, en hausse de 320% en 2022, touchaient presque toutes les bâtiments patrimoniaux.

«On démolit à cœur joie pour satisfaire une mode passagère», écrit Marie Demers. «Le nuage de poussière soulevé par les pelles mécaniques de la démolition embrouille les paysages et la mémoire des lieux.»

De nombreux Québécois (ce n’est certainement pas différent ailleurs au Canada) sont étourdis par le tourbillon du présent. Le passé perd sa valeur de référence.

Or, «tout prend racine dans l’histoire: du langage au savoir-faire technique et aux codes sociaux, des recettes de grand-mère aux contes pour enfants. L’histoire a fait de nous ce que nous sommes et nous guide vers notre avenir.»

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Élus locaux et promoteurs immobiliers

En examinant le comportement des élus municipaux et provinciaux, de même que celui des promoteurs immobiliers, Demers a identifié un sextuor qui interprète ad nauseam la marche funèbre du patrimoine: l’inculte, l’irresponsable, l’indifférent, l’éteignoir, le cupide et le tatillon. On peut évidemment jouer plus d’un rôle.

L’autrice de L’amnésie patrimoniale ne brosse pas uniquement un portrait pessimiste. Elle propose quelques pistes lorsque l’importance du passé ne suffit pas pour soulever l’intérêt et l’esprit de conservation.

On peut faire valoir le potentiel touristique (avec son impact économique), la contribution à l’esthétique des paysages urbains, villageois ou champêtres, de même que l’apport à la définition identitaire d’un lieu et d’une nation.

Le passé, clé de l’avenir

En conclusion, je reprends deux réflexions sur lesquelles l’autrice attire notre attention. D’abord Victor Hugo qui a écrit que «L’avenir est une porte, le passé en est la clé.»

Puis le philosophe allemand Arthur Schopenhauer (1788-1860) qui a noté, dans Le monde comme volonté et représentation, que de la même façon qu’on ne peut concevoir un individu sans passé, on ne peut concevoir un peuple sans histoire.

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Auteurs

  • Paul-François Sylvestre

    Chroniqueur livres, histoire, arts, culture, voyages, actualité. Auteur d'une trentaine de romans et d’essais souvent en lien avec l’histoire de l’Ontario français. Son site jaipourmonlire.ca offre régulièrement des comptes rendus de livres de langue française.

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