Ontario français: un Livre Blanc pour penser l’avenir… avant de le subir

drapeau franco-ontarien, Jour des Franco-Ontariens
Le drapeau franco-ontarien au mat protocolaire de l'Assemblée législative de l'Ontario. Photo: AFO sur Facebook
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Publié 08/09/2026 par Hamza Ziad

L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) a publié récemment son Livre Blanc des États généraux de l’Ontario français, intitulé Faire cœur avec la communauté. Le document clôt un cycle amorcé en mai 2025 et prolongé par le Livre Vert d’avril 2026, dans une province qui comptait 652 540 francophones en 2021, une population en croissance mais au poids relatif déclinant.

«Le constat qui ouvre le Livre Blanc est simple: l’Ontario français est à un moment charnière», résume Peter Hominuk, directeur général de l’AFO. «C’est ça l’ambition des États généraux: nous donner les moyens de penser notre avenir avant d’avoir à le subir.»

De son côté, le président Fabien Hébert insiste sur la portée concrète de l’exercice: «Le Livre Blanc nous oblige à nous poser une question très concrète: comment est-ce qu’on s’organise pour vivre en français en Ontario, partout dans la province et à toutes les étapes de la vie?»

Ontario français : un Livre Blanc pour penser l'avenir avant de le subir
Fabien Hébert et Peter Hominuk. Photo: capture d’écran

De la présence à la continuité

«Pendant longtemps, on a mesuré la vitalité francophone par ce qui existe: une école, un organisme, un service officiellement disponible», observe Peter Hominuk.

Le Livre Blanc déplace l’unité d’analyse: il ne s’agit plus de recenser les institutions, mais d’évaluer si les personnes peuvent enchaîner les étapes de leur vie en français, sans rupture. Selon le sondage provincial de 2025, 52,7% des répondants jugent les services en français plus rares, contre 5,8% qui les jugent plus riches.

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«Les États généraux nous obligent à réfléchir à une question plus exigeante: est-ce qu’une personne francophone peut réellement vivre en français, et passer d’une étape à l’autre sans le perdre en chemin?», insiste le directeur général.

D’où les notions de continuité des parcours et de complétude institutionnelle. «Parfois, le service n’existe pas. Parfois, il existe, mais on ne le trouve pas. Parfois, tout fonctionne en français jusqu’au moment où on passe d’un système à l’autre.»

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Le Livre Blanc déplace la mesure du succès en immigration: non plus le nombre d’arrivées, mais la capacité à s’ancrer durablement en français. Photo: iStock.com/nicolasdecorte

Immigration: au-delà de l’arrivée

Le point de départ est démographique: l’accroissement naturel de la francophonie ontarienne est devenu négatif, avec environ 153 000 naissances projetées d’ici 2050 contre 224 000 décès. Le renouvellement dépendra donc de l’immigration internationale, estimée à quelque 576 000 personnes dans le scénario de référence de l’AFO, l’un des quatre chantiers du Livre Blanc.

«L’immigration est indispensable, mais est-ce que le succès se mesure au nombre de personnes qu’on réussit à faire venir? La réponse est clairement non», estime Peter Hominuk. Les consultations ont plutôt ramené la discussion vers l’après-arrivée: emploi, reconnaissance des compétences, logement, rétention.

«L’arrivée n’est plus le résultat à atteindre, elle devient le point de départ d’un parcours à réussir en français», résume-t-il, une logique élargie à d’autres trajectoires: immersion, français langue seconde, familles plurilingues.

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Le Livre Blanc adresse trois recommandations au gouvernement du Canada, notamment sur le financement communautaire et l’immigration francophone. Photo: Eya Ben Nejm, Francopresse

Douze recommandations

Le Livre Blanc débouche sur douze recommandations réparties selon trois paliers: cinq à la francophonie ontarienne, quatre au gouvernement de l’Ontario, trois à celui du Canada.

Pour son réseau, l’AFO propose un Plan d’actions communautaire à architecture provinciale, régionale et sectorielle, et la consolidation des fonctions essentielles. Au cours des consultations, près de quatre répondants sur dix ont dit mal connaître les organismes actifs dans leur propre région.

Au gouvernement du Canada, trois leviers sont ciblés: le financement communautaire fédéral, la partie VII de la Loi sur les langues officielles, et l’immigration économique francophone. «C’est une occasion unique pour le gouvernement du Canada pour renforcer la francophonie en Ontario. Et si on ne réussit pas en Ontario, ça va être très difficile de réussir dans d’autres régions du Canada», souligne Peter Hominuk.

Côté ontarien, on réclame une stratégie de vitalité à l’horizon 2050 et un accès réel aux services.

Le Nord illustre l’enjeu. «Quand on est allé en tournée, ce message là est ressorti très clair», note le directeur général, pour qui cette région ne peut être traitée comme les autres, entre exode des jeunes et transformations démographiques marquées.

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Le Livre Blanc distingue même le Nord-Est, où vivent 118 520 francophones, du Nord-Ouest, marqué par l’immensité du territoire et à peine 6 630 francophones. Dans le secteur de la santé, la FARFO (fédération des aînés) chiffre à un lit de soins de longue durée désigné pour 3 400 francophones, contre un pour 170 dans la population générale.

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Carte des six régions francophones de l’Ontario selon le Livre Blanc de l’AFO. Photo: capture d’écran, Livre Blanc de l’AFO

Toronto: leadership à définir

Qui devrait porter le leadership régional dans une métropole où les mandats se chevauchent déjà? Avec 65 925 francophones recensés en 2021, une population en forte croissance mais dispersée dans le tissu urbain, le Grand Toronto pose un défi distinct.

«On est en train de faire l’exercice de mapping, comprendre qui fait quoi», explique Peter Hominuk. «Et oui, il y a des tensions dans cette région-là. On a toujours traité Toronto comme un tout, alors même que Toronto était déjà divisée en plus petites régions.»

Le paysage a évolué: le Centre francophone de Toronto est devenu le Centre francophone du Grand Toronto, tandis que des organismes à Mississauga, York ou Durham interviennent aussi auprès des francophones.

Le Livre Blanc préconise de renforcer les capacités communautaires de la région sans trancher la question du leadership. Plutôt qu’imposer une structure, l’AFO propose de partir des fonctions nécessaires avant de déterminer qui devrait les assumer, qu’il s’agisse d’un organisme existant, d’une nouvelle entité ou d’une formule hybride.

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