Les langues officielles figurent dans les lettres de mandat de 5 ministres

Ginette Petitpas Taylor, langues officielles
Avec le premier ministre Justin Trudeau: Ginette Petitpas Taylor assermentée comme ministre des Langues Officielles et de l’APECA à Rideau Hall le 26 octobre. Photo: Flickr Justin Trudeau
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La veille de la fin des travaux parlementaires, le 16 décembre, les «lettres de mandat», contenant les missions précises que Justin Trudeau attend de ses 38 ministres, ont été rendues publiques. Les langues officielles se faufilent dans le mandat de cinq ministres.

Les ministres fédéraux ont eu les vacances de fin d’année pour étudier leurs lettres de mandat.

Loi sur les langues officielles

Celle de Ginette Petitpas Taylor, ministre des Langues officielles, est d’autant plus importante puisque les francophones en situation minoritaire attendent toujours le dépôt du projet de modernisation de la Loi sur les langues officielles.

langues officielles
Ginette Petipas Taylor

Dans leur plateforme électorale, les libéraux ont promis de présenter le projet de loi «dans les 100 jours» sans toutefois préciser la date du début du calcul.

Le 3 février 2022 marquera le 100e jour du début de la 44e législature. D’après une source interne au ministère, aucune date n’a encore été fixée pour le dépôt du projet de loi.

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Une «place à part» pour la minorité francophone

Christophe Traisnel, professeur de science politique à l’Université de Moncton, voit dans la lettre de la ministre Petitpas Taylor un rappel du caractère inclusif et une reconnaissance des diversités canadiennes.

«Parmi les minorités évoquées dans la lettre, les francophones en situation minoritaire ont une place à part. Ils sont reconnus en matière de langues officielles du pays», avance le professeur Traisnel.

Christophe Traisnel

À cette reconnaissance de l’asymétrie entre les langues officielles, il associe un ton général favorable aux francophones en situation minoritaire, notamment avec les rappels du Livre blanc, publié par l’ancienne ministre Mélanie Joly, et du renforcement du projet de loi.

«En mentionnant ces éléments, on demande à la ministre de faire vite pour déposer le projet de loi», observe-t-il.

Équité, diversité, inclusion

La professeure à l’Université de l’Ontario français (UOF), Linda Cardinal, abonde dans le même sens.

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Elle souligne cependant l’absence du principe de représentation des membres des deux grandes communautés linguistiques dans l’embauche du personnel du cabinet de la ministre Petitpas Taylor.

Justin Trudeau évoque uniquement le respect des «principes de l’équité, de la diversité et de l’inclusion» dans la lettre.

Volonté de «rassurer la majorité anglophone»

Christophe Traisnel note aussi une volonté de rassurer la majorité anglophone, à travers les 4e et 5e points de la lettre de mandat de la ministre des Langues officielles.

Il s’agit des «institutions de la communauté anglophone du Québec» et des investissements en immersion française.

«C’est pour montrer à la majorité anglophone que ce n’est pas parce qu’on va donner de manière différenciée aux francophones qu’on ne considérera pas leur situation et leurs besoins linguistiques, notamment en matière d’immersion», précise le chercheur.

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Une «équipe forte» pour mener le dossier

Justin Trudeau a pris soin de faire apparaître les langues officielles dans les lettres de mandat d’autres ministres.

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Linda Cardinal

«Les langues officielles ont toujours été transversales. Ici, les personnes les plus sollicitées à ce sujet, en plus de la ministre Petitpas Taylor, sont Mona Fortier, présidente du Conseil du Trésor, Pablo Rodriguez, ministre de Patrimoine canadien et Mélanie Joly, ministre aux Affaires étrangères», énumère Linda Cardinal.

«Tous les acteurs francophones sont en place pour qu’il y ait un grand travail de fait en matière de langues officielles. Il y a Mme Petitpas Taylor, Mme Fortier, M. Rodriguez, et [les secrétaires parlementaires francophones] Mme Lalonde, M. Serré…»

«C’est sans précédent, une équipe forte et aussi organisée autour de ce dossier. Différents ministères sont impliqués dans les lettres de mandat. Mme Petitpas Taylor va être la cheffe d’orchestre», illustre Linda Cardinal.

La lettre de mandat du ministre de l’Immigration, Sean Fraser, contient une brève mention de l’importance qui doit être accordée à la francophonie canadienne. «Continuer de mettre en œuvre une stratégie nationale ambitieuse d’immigration francophone dans tout le pays».

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La lettre ne fait aucune référence à la cible de 4,4% d’immigration francophone à l’extérieur du Québec.

Une continuité avec l’ancien ministère

La transversalité des langues officielles se poursuit dans un autre point de la lettre adressée à Ginette Petitpas Taylor… «Créer une stratégie pour soutenir les entrepreneurs des communautés de langue officielle en situation minoritaire par l’entremise des agences de développement régional, en travaillant avec la ministre du Commerce international, de la Promotion des exportations, de la Petite Entreprise et du Développement économique et avec les autres ministres responsables des agences de développement régional».

Linda Cardinal y voit une «continuité avec l’ancienne ministre des Langues officielles, Mélanie Joly, qui détenait aussi le portefeuille du Développement économique. Cette notion de “stratégie” n’était pas dans le Livre blanc, qui portait davantage sur les entreprises privées à compétence fédérale.»

Échos en Ontario

Cette stratégie «fait aussi écho à l’Ontario».

langues officielles
Caroline Mulroney

«Caroline Mulroney, ministre des Affaires francophones, parle souvent d’employabilité, de création d’une main-d’œuvre bilingue… Là, je vois un lien avec certaines provinces au niveau économique», développe la professeure.

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Cette dernière cite l’exemple de la création de la Fédération des gens d’affaires francophones de l’Ontario (FGA), ou encore de la Cité francophone en Alberta.

«Ça donne une cohérence à l’action de Ginette Petitpas Taylor, qui est aussi responsable de l’Agence de promotion économique du Canada atlantique», assure encore la professeure Cardinal.

Pour elle, il y a aussi une reconnaissance que le développement économique se passe localement.

«Ce ne sont pas de grandes politiques nationales, mais des [lignes données aux] agences de développement régional. On est plus proches du terrain qu’on ne l’a jamais été», assure-t-elle.

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