Les embouteillages: un fardeau économique pour Toronto

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Pour se rendre au centre-ville et en sortir, les automobilistes sont souvent ralentis par des travaux de construction. Photo: Ville de Toronto
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Publié 01/04/2025 par Soufiane Chakkouche

Les embouteillages à Toronto ne freinent pas seulement les voitures, elles décélèrent également le développement économique de la cité, du moins selon la dernière étude effectuée par Ipsos pour le compte de l’une des plus influentes associations d’affaires du pays, le Toronto Region Board of Trade (TRBOT). Et la facture est plutôt bien salée.

44,7 milliards $, c’est ce que coûte annuellement la congestion routière à la ville de Toronto et sa région, et cela pourrait doubler à l’horizon 2044, selon Giles Gherson, PDG du TRBOT.

Giles Gherson, TRBOT
Giles Gherson.

«Le trafic et les embouteillages affectent notre économie de nombreuses façons», explique-t-il. «Lorsque les travailleurs ne peuvent pas se rendre à leur travail à temps, que les marchandises sont bloquées ou que les gens décident de ne pas assister à un concert, à un match de hockey ou aller au restaurant, cela nuit à notre économie.»

Il faut dire que, question chiffres, l’organisme s’est plutôt bien doté. En effet, l’été dernier, le TRBOT a commandé une enquête à Ipsos sur le sujet, avec des recommandations pour la Ville à la clé, et les résultats sont pour le moins intéressants.

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Toronto à l’heure de pointe. Photo: Ville de Toronto

Les bouchons, un répulsif pour Toronto

Il en ressort – et c’est loin d’être exhaustif – que 53% des répondants ont envisagé de déménager en raison des problèmes de circulation. Ce sentiment est encore plus prononcé chez les jeunes âgés entre 18 et 34 ans avec 68%.

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«Si les jeunes professionnels et les travailleurs qualifiés décident que cette ville est trop frustrante pour se déplacer, ils iront voir ailleurs, et nous ne pouvons pas nous permettre cette fuite des cerveaux», redoute Giles Gherson.

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La majorité des gens sont réticents à aller travailler en automobile en raison du trafic. Source: TRBOT

De plus, 86% des sondés pensent qu’il existe une vraie crise de la circulation à Toronto et sa région, tout en soulignant l’urgence de trouver des solutions efficaces, car leur vie quotidienne en est sensiblement impactée.

Par exemple, 42% des personnes interrogées ont déclaré éviter de faire du magasinage, de sortir pour se divertir ou d’assister à un événement sportif en raison des embouteillages. Il va sans dire que cela a un impact négatif significatif sur le secteur du commerce de détail.

Sur le plan social, 31% d’entre eux ont affirmé qu’ils évitent de rendre visite à leur famille et à leurs amis à cause des congestions, ce qui n’est pas sans conséquences sur leur santé mentale. À ce titre, l’enquête rapporte que 40% des Torontois déclarent un stress dû au trafic, et 63% le qualifient de problème sérieux pour leur foyer.

«Toronto est le moteur économique du Canada et cela ne changera pas, mais l’engorgement affecte notre capacité à garder les gens ici, à attirer des investissements et à faire croître notre économie», conclut Giles Gherson.

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On se prive fréquemment d’aller magasiner ou se divertir en ville à cause du trafic. Source: TRBOT

La faute aux constructions

La principale cause de ce trafic saturé avancée par les répondants au sondage Ipsos est, sans vraie surprise, les chantiers de construction de toute sorte.

Un constat que la Ville fait également noir sur blanc. «Les fermetures de routes liées à la construction sont la principale cause de congestion routière à Toronto», peut-on lire sur son dernier rapport de données relatives à son Plan de gestion de la congestion 2023-2026.

Le même document révèle que, sur les 5 600 km que compte Toronto, «un chiffre qui n’a pas bougé pendant des décennies», 1008 km sont occupés par les constructions, soit 18% des routes de la ville paralysées en totalité ou en partie.

carte de Toronto
En juillet dernier, 18% des routes étaient fermées en raison de construction. Source: Ville de Toronto
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Les piétons aussi doivent naviguer dans une circulation plus dense. Photo: Ville de Toronto

Ajouter à cela les événements culturels et communautaires spéciaux qu’elle accueille (la Ville a octroyé quelque 350 permis en 2024), et on obtient des embouteillages presque quotidiens.

«Pour alléger les impacts du trafic liés à la construction, le personnel de la Ville a examiné les projets de construction actuels et en cours pour identifier des opportunités d’accélération, telles que l’extension des heures de travail ou l’ajout d’équipes supplémentaires», déclare Laura McQuillan, chargée de la communication de la Ville.

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Et d’admettre: «Les processus précédents de coordination des constructions ont eu des difficultés à suivre le rythme de la croissance rapide et de la complexité des travaux d’infrastructure, mais il existe aujourd’hui une opportunité pour une nouvelle approche afin d’élargir et de renforcer nos programmes existants de coordination des investissements.»

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Le temps passé dans le trafic est une source majeure de frustration. Source: TRBOT

Les chantiers gérés par la Ville sont plus efficaces

Toutefois, il faut rendre à César ce qui est à César, car, si les constructions constituent la principale source des embouteillages à Toronto, ceux gérés par la Ville sont les plus efficaces dans le sens où ils prennent le moins de temps à l’exécution.

Chiffres à l’appui, d’après le même rapport de la Ville, si les chantiers gérés par cette dernière représentent 47% des constructions de la cité, ils n’occupent que 15% du temps total des travaux.

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Les travaux de constructions limitant la circulation routières sont effectués par des entreprises privées ou par la Ville elle-même. Photo: Ville de Toronto

Pour rappel, en avril 2024, le Bureau de coordination stratégique des investissements (SCCO) a été créé, et ce afin de «mieux coordonner les projets d’investissement et les travaux d’entretien menés par la Ville, la Province, les services publics et le développement privé, ainsi que les grands événements spéciaux», comme l’explique Laura McQuillan.

Toronto, 3e pire ville au monde

À récente étude terrain, même constat, voire pire! Elle est signée Tomtom, fabricant de systèmes de navigation GPS. Il s’agit là de la 13e édition de son Indice de trafic qui analyse les tendances de la circulation dans pas moins de 387 villes à travers le monde.

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Tomtom
À Toronto à l’heure de pointe, il faut en moyenne 29 minutes pour parcourir 10 km en automobile. Source: Tomtom

Le moins qu’on puisse écrire, c’est que le classement de Toronto n’est guère reluisant. Il en résulte que les conducteurs de Toronto subissent les temps de trajet moyens les plus longs pour 10 km en Amérique du Nord, passant en moyenne 98 heures par an dans l’habitacle de leur véhicule, soit quatre jours par année.

«Mieux» encore, cela confère à la Ville reine le rang peu glorieux de la 3e pire ville au monde s’agissant de la circulation, après Londres et Dublin.

Détail de taille, pour de telles conclusions, Tomtom a analysé les données de plus de 600 millions de systèmes de navigation embarqués et de téléphones, c’est dire la représentativité de l’échantillon.

La crise de la congestion à Toronto ne se résume donc pas à des trajets frustrants, tant s’en faut. C’est un enjeu économique et social qui plombe en partie l’économie de la ville, surtout dans le contexte géoéconomique actuel que l’on connaît.

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