Le Vieux-Québec dans l’œuvre de Jacques Poulin

Marie-Ève Sévigny, Le Vieux-Québec est une histoire d’amour
Marie-Ève Sévigny, Le Vieux-Québec est une histoire d’amour – Les promenades de Jacques Poulin, essai déambulatoire, Montréal, Éditions Leméac, 2026, 156 pages, 19,95 $.
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Publié 15/04/2026 par Paul-François Sylvestre

Depuis 2017, Québec fait partie du réseau Villes créatives de littérature UNESCO. Marie-Ève Sévigny l’illustre avec brio dans Le Vieux-Québec est une histoire d’amour, où elle propose six promenades qui carburent à l’essence de douze romans publiés par Jacques Poulin entre 1967 et 2015.

Il ne s’agit pas d’un guide touristique mais plutôt d’un essai déambulatoire pour découvrir la ville que Jacques Poulin a chérie comme sa mère.

Les personnages ancrés dans le Vieux-Québec sont souvent animés de nostalgie, au point où Marie-Ève Sévigny écrit que nous leur retrouvons «de ces grands élans vers le passé qui tintent le Vieux-Québec d’un ton sépia attendrissant».

Surtourisme

De la fin des années 1960 à celle des années 1980, le Vieux-Québec a changé de vocation. On y a moussé le tourisme au détriment de la vie quotidienne. Poulin s’en plaint dans Mon cheval pour un royaume (1967) en soupirant: «Il m’a semblé que le Vieux-Québec avait commencé à mourir.»

Dans Le cœur de la baleine bleue (1970), Poulin évoque des commerces aujourd’hui disparus: Holt Renfrew, Birks, boutique de design intérieur Irène Auger ainsi que le salon de thé et restaurant Joseph Kerhulu. Ils étaient le carrefour de citadines élégantes et fortunées, pour la plupart anglophones.

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Quand Poulin dit qu’il va se promener dans le Vieux-Québec, il faut sous-entendre «je viens écrire». Le labyrinthe de ce lieu devient une sorte de page blanche où l’écrivain-flâneur est accroché. Marie-Ève Sévigny souligne que «la trajectoire du piéton devient alors celle de la plume sur le papier».

Les années rebelles

Assise sur un banc de la rue des Remparts, près des canons, Sévigny se plaît «à croire qu’en vérité les vieux murs conservent l’esprit rebelles des années beat, où vivre ensemble semblait tellement plus simple, tellement plus spontané qu’aujourd’hui».

Parlant des années beat, le plus ancien hôtel de la vieille capitale, le Clarendon, a déjà tenu la taverne La Chapelle dans son sous-sol où elle accueillait des hommes marginaux. Dans Mon cheval pour un royaume (1967), le personnage Pierre Delisle se sent chez-lui dans ce bar souterrain où «mon identité s’affirme progressivement à mesure que chacun me reconnaît». Identité queer?

Librairies

Dans Le cœur de la baleine bleue (1970), Volkswagen Blues (1984) ou Les yeux bleus de Mistassini (2002), la Librairie Pantoute, la Librairie générale française et la Librairie Garneau y trouvent toutes leur écho. La première est métamorphosée en une bouquinerie biscornue où les livres sont classés selon «le principe du désordre absolu».

Ce principe est établi par le propriétaire Jack Waterman qui laisse traîner près de la porte les romans les plus intéressants dans l’espoir que ceux-ci se fassent dérober par les clients désargentés. Le genre de librairie que j’aurais aimé tenir; j’y aurais ajouté un bar offrant un livre gratuit lors d’une seconde consommation.

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De Québec à Toronto

J’ai visité le Vieux-Québec au moins une dizaine de fois. En bouquinant à la Librairie Pantoute, en 2005, j’ai mis la main sur un magnifique album collectif intitulé Québec: des écrivains dans la ville (Éditions de L’instant même et Musée du Québec).

On y présente des extraits d’ouvrages où des écrivains décrivent la Vieille Capitale, depuis Samuel de Champlain jusqu’à Chrystine Brouillet. Dès que je feuillette ce livre, je me dis que Toronto peut aussi faire l’objet d’un tel traitement.

Je décide de rassembler tous les textes où des auteurs franco-ontariens décrivent Toronto dans leurs romans, nouvelles, contes, récits, poèmes, pièces de théâtre et essais.

Après plus d’un an de recherche, je me retrouve avec 60 auteurs et 120 extraits de leurs œuvres pour constituer l’ossature de ce qui va devenir Toronto s’écrit: la Ville Reine dans notre littérature (Gref, 2007).

Auteurs

  • Paul-François Sylvestre

    Chroniqueur livres, histoire, arts, culture, voyages, actualité. Auteur d'une trentaine de romans et d’essais souvent en lien avec l’histoire de l’Ontario français. Son site jaipourmonlire.ca offre régulièrement des comptes rendus de livres de langue française.

  • l-express.ca

    l-express.ca est votre destination francophone pour profiter au maximum de Toronto.

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