Le Monde de l’amour: le retour de Tamsir Seck

Le Monde de l’amour : le retour de Tamsir Seck
Tamsir Seck et le Taku Band sur la scène du Small World Music Centre, le 24 octobre. Photos: Hamza Ziad, l-express.ca
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Publié 28/10/2026 par Hamza Ziad

Tamsir Seck promet un premier album depuis plusieurs années. Le griot sénégalais établi à Toronto a enfin tenu parole. Samedi 24 octobre, au Small World Music Centre, il a dévoilé quatre titres de son projet musical Le Monde de l’amour, entouré de son nouveau groupe, le Taku Band.

En août 2008, l-express.ca présentait ce «passeur culturel» originaire de Thiès. Il préparait alors, avec son groupe Afro Acoustique, un disque intitulé Special Guest Tamsir Seck From Senegal, qui n’a jamais vu le jour sous cette forme.

Entre-temps, l’artiste a multiplié les spectacles, notamment dans les écoles de l’Ontario et du Québec. C’est là qu’est venu le déclic. «J’ai vu qu’il était temps de me lancer en solo», confie-t-il à l-express.ca.

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Tamsir Seck, flanqué de la vice-présidente et du président de l’ACFO Toronto, Maimou Wali et Jean-Claude N’da.

Le projet a vu le jour grâce au Conseil des arts de l’Ontario et à l’organisme Afrique Nouvelle Musique. «Le chemin a été long, mais au bout du tunnel, il y a la lumière», résume l’artiste, arrivé au Canada en 2003 pour rejoindre la compagnie Ballet Créole.

Sur scène, il a expliqué le nom du groupe: Taku, en wolof, signifie «on est ensemble». «Et quand on est ensemble, on est plus forts», a-t-il lancé au public.

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L’appel de SenOntario

Dans la salle, Mamadou Ndaw, président de l’Association sénégalaise de l’Ontario (SenOntario), découvrait l’artiste ce soir-là.

Mamadou Ndaw
Mamadou Ndaw.

«C’est vraiment une belle prestation», reconnaît-il dans une entrevue accordée à l-express.ca. Selon lui, beaucoup de nouveaux arrivants ignorent encore le travail du musicien, qu’il faut davantage faire découvrir.

Fondée en 2000, l’association organise déjà des journées culturelles, un ndogou pendant le ramadan et un gala d’intégration.

Son président souhaite aller plus loin en recensant les talents sénégalais de Toronto. «Ça ne doit pas reposer uniquement sur des affinités. Les artistes doivent être des acteurs de la communauté», souligne-t-il.

Un parcours du combattant

Thomas Tumbu, directeur général d’Afrique Nouvelle Musique, organisme actif en Ontario depuis 1993, accompagne Tamsir Seck depuis son arrivée. «Tout ce que vous voyez, c’est Thomas qui est derrière moi», a souligné l’artiste au micro.

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Thomas Tumbu.

Dans une entrevue à l-express.ca, Thomas Tumbu dresse un constat lucide. La communauté francophone est éparpillée, et le public se mobilise difficilement pour les artistes locaux. «Quand une grande vedette internationale passe à Toronto, les gens n’hésitent pas à payer. Mais au niveau communautaire, on a de la difficulté à faire sortir le public, même quand c’est gratuit.»

Faute de réseau francophone, plusieurs artistes se tournent vers la scène anglophone, parfois à regret. «Si le public et le soutien sont là, ils préféreraient rester francophones», nuance-t-il.

Il refuse toutefois le pessimisme. «La francophonie de Toronto est multiple, et c’est une richesse. Vivre en français à Toronto, c’est possible. La preuve, c’est ce soir», lançait-il en marge du concert.

Montréal-Toronto

Présent au concert, le musicien d’origine marocaine Hassan El Hadi, qui a longtemps travaillé au Québec, compare les deux scènes. «Au Québec, on est dans un milieu totalement francophone. Le gouvernement encourage vraiment la culture et les arts.»

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Hassan El Hadi.

Il cite en exemple les maisons de la culture de Montréal, présentes dans chaque quartier, qui proposent des spectacles chaque fin de semaine, toute l’année. Les artistes y sont rémunérés.

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En Ontario, le portrait est différent, selon lui. «Il y a des spectacles, des festivals, mais ça reste limité.» Les spectacles africains y passent souvent par des événements privés. Pour vivre de son art, ajoute-t-il, un artiste doit parfois se produire ailleurs. «La scène artistique au Québec est plus large.»

Fatou et la Casamance

Parmi les quatre titres dévoilés, Fatou est sans doute le plus personnel. Tamsir Seck y chante une femme de Casamance qui cherche un amour sincère.

Depuis 1982, cette région du Sud du Sénégal est marquée par un conflit entre l’État et le Mouvement des forces démocratiques de Casamance, aujourd’hui en voie d’apaisement. Les femmes y ont joué un rôle important dans la recherche de la paix, comme médiatrices auprès des combattants.

«On ne peut pas nous diviser entre la Casamance et le Sénégal. Nous sommes un même peuple», affirme l’artiste. «Les femmes, on doit les soutenir, on doit les aimer. L’homme est le complément de la femme, et la femme est le complément de l’homme.»

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Tamsir Seck et le Taku Band sur la scène du Small World Music Centre, le 24 octobre.

Un griot

Les autres titres puisent eux aussi dans les traditions sénégalaises. Daouda Sané raconte l’histoire d’un griot qui joue du tam-tam. La chanson fait référence au Ninki Nanka, un animal légendaire de la tradition mandingue que l’on dit vivre dans les marais de la Gambie et de la Casamance. Dans le récit de Tamsir Seck, ses cornes «ne piquent pas les hommes»: la créature n’y est pas une menace.

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Asiko s’inspire d’une musique populaire jouée avec des calebasses et des tambours ouest-africains.

Papa Guédé reprend une œuvre créée avec le Théâtre français de Toronto, une collaboration qui lui avait valu une nomination aux prix Dora en 2016.

Tamsir Seck chante en wolof et en mandingue, mais c’est la communauté francophone de Toronto qui l’a fait connaître. «Le Sénégal est un pays francophone. Même si Toronto est une ville anglophone, en tant qu’artiste africain, je peux contribuer à la vie francophone d’ici», explique-t-il.

Quand un fils d’Afrique réussit

Peut-on vivre de la musique africaine à Toronto? «Oui, il y a beaucoup de possibilités ici. Tout dépend de la façon dont on se positionne.»

Quant à la relève, il se montre confiant. «La culture ne meurt jamais. Dans notre métier, on ne part jamais à la retraite. Si un fils d’Afrique réussit, c’est tout le continent qui réussit.»

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Prochaine étape: le lancement de la saison de CHOQ-FM, le 28 octobre, suivi de spectacles en novembre et en décembre. Des festivals et des tournées, jusqu’au Manitoba, sont prévus en 2027 et 2028. Comme le dit le proverbe, «l’homme est le remède de l’homme». Entouré de ses musiciens et de son public, Tamsir Seck en  fait la démonstration.

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