La diaspora haïtienne à la rencontre des Grenadiers à Toronto

Une qualification historique, symbole d’espoir et d’unité pour Haïti

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L’équipe nationale haïtienne et le personnel technique avec des participants à la rencontre communautaire du 29 mars à Toronto. Photos: Hamza Ziad, l-express.ca
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Publié 01/04/2026 par Hamza Ziad

Venue des quatre coins du Canada et des États-Unis, la diaspora haïtienne s’est rassemblée à Toronto à l’occasion des deux matchs de foot amicaux opposant les Grenadiers aux sélections tunisienne et islandaise, disputés les 28 et 31 mars.

Entre ces deux rencontres, une activité communautaire, organisée le 29 mars dans un hôtel du centre-ville, a permis aux membres de la diaspora de rencontrer en personne les joueurs ainsi que le personnel technique de l’équipe nationale, dans une ambiance conviviale et empreinte de fierté.

Malgré la courte défaite (0-1) concédée la veille face aux Aigles de Carthage, l’atmosphère est demeurée festive dans une salle réunissant plus de 500 personnes.

L’événement a également été l’occasion de souligner la qualification historique d’Haïti à la Coupe du monde 2026, en présence de plusieurs personnalités, dont l’ambassadeur d’Haïti au Canada, les consuls généraux à Toronto et à Montréal, la présidente de la Fédération haïtienne de football, ainsi que de nombreux représentants de la communauté haïtienne.

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Monique André, présidente de la Fédération haïtienne de football, Anthony Dessources, ambassadeur d’Haïti au Canada, Ricardo Adé, capitaine de la sélection haïtienne, et Duckens Nazon, attaquant de l’équipe nationale.

Un retour historique sur la scène mondiale

Après une unique participation à la Coupe du monde en 1974, marquée par les deux buts inscrits par Emmanuel Sanon, la sélection haïtienne signe un retour attendu sur la scène mondiale.

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Engagés dans les éliminatoires de la Confédération de football d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et des Caraïbes (CONCACAF), les Grenadiers ont fait preuve d’une constance remarquable face à une opposition relevée. Opposés notamment au Costa Rica, au Honduras et au Nicaragua, ils ont su transformer leurs performances en résultats concrets pour s’adjuger la première place de leur groupe.

«Vous comprenez sans doute l’intensité de mon émotion et l’immense fierté qui m’habite. Merci aux Grenadiers d’avoir fait rêver tout un peuple», souligne Anthony Dessources, ambassadeur de la République d’Haïti au Canada.

De son côté, Max Charleston, président de la Communauté catholique haïtienne de Toronto (CCHT), met en avant la portée symbolique de cette qualification. «Cette qualification historique représente un souffle d’espoir et une lumière pour le peuple haïtien à travers le monde.»

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Des tifosi des Grenadiers venus de Montréal.

Quand la résilience devient victoire

Le contexte sécuritaire en Haïti a contraint la sélection nationale à délocaliser une grande partie de sa préparation à l’étranger, notamment à Curaçao et aux États-Unis. Une réalité qui a renforcé le rôle de la diaspora, largement représentée au sein de l’effectif.

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Monique André.

«Il est douloureux de constater qu’aucun match de qualification n’a pu être disputé sur le sol national, les risques sécuritaires étant trop élevés», explique Amikley Fontaine, fondateur et PDG de la Fondation Sylvenie Lindor et membre actif de la communauté haïtienne de Toronto.

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Dans une entrevue accordée à l-express.ca, Monique André, présidente de la Fédération haïtienne de football, souligne les défis entourant cette qualification.

«Ce n’était pas facile d’assurer cette qualification en tenant compte des difficultés que nous traversons au pays. Mais grâce à la passion pour le football et à la solidarité du peuple haïtien, nous avons pu arracher cette qualification.»

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Angelo Jean-Baptiste.

«Le rôle de la diaspora est fondamental», indique Angelo Jean-Baptiste, ancien entraîneur des sélections haïtiennes U17 et U18. «Nous recevons énormément de soutien, et plusieurs de nos joueurs en sont issus, évoluant notamment en France, au Canada et aux États-Unis.»

Au-delà de l’exploit sportif, les responsables du football haïtien mettent en avant une vision à long terme. «Notre objectif est de continuer à former des joueurs et du personnel technique afin d’assurer la relève et de maintenir la compétitivité de nos équipes», explique Angelo Jean-Baptiste.

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Rencontre communautaire avec les Grenadiers le 29 mars à Toronto.

Une ambition assumée pour le Mondial 2026

Pour Angelo Jean-Baptiste, la participation à la Coupe du monde ne saurait se limiter à une simple présence. «Le football, c’est 11 contre 11 et un seul ballon sur le terrain. On n’a pas peur de souffrir.»

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Amikley Fontaine.

Il rappelle que l’histoire du Mondial est jalonnée de surprises, évoquant notamment la victoire du Cameroun face à l’Argentine en 1990, celle du Sénégal contre la France en 2002, ou encore le parcours du Maroc jusqu’en demi-finale en 2022.

«On joue dans un groupe difficile, dont le Brésil, 6e au classement mondial de la FIFA, et le Maroc, 8e, mais on va se battre et surprendre les grands», affirme-t-il.

Le capitaine des Grenadiers, Ricardo Adé, se veut déterminé. «Nous n’avons rien à perdre. Nous allons mouiller le maillot pour l’honneur de notre pays et de tout un peuple.»

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Rencontre communautaire avec les Grenadiers le 29 mars à Toronto.

Une diaspora mobilisée

Si aucun match du premier tour ne se déroule au Canada, la communauté haïtienne du Grand Toronto entend néanmoins se mobiliser pour soutenir son équipe.

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Rony Désir.

Rony Désir, président de l’Association haïtienne de Toronto (AHT), met en avant l’engagement de la Fédération haïtienne de football, qui a permis à plusieurs membres de la diaspora d’accéder à des billets. D’autres ont également pu en obtenir dans le cadre des tirages FIFA.

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«Nous allons organiser des caravanes vers Atlanta ou Philadelphie pour aller soutenir nos champions», indique-t-il.

De son côté, Jean-Carme Dorcent, présidente de l’Association haïtienne de Hamilton, souligne que tous ne pourront pas se déplacer. «Avec la situation actuelle aux États-Unis, cela complique davantage la tâche. Nous allons donc nous organiser ici pour suivre les matchs.»

Malgré les obstacles, l’espoir demeure intact. Amikley Fontaine conclut: «En fin de compte, si le territoire est meurtri, l’âme de la nation reste intacte à travers ses athlètes. Ils sont la preuve que la flamme haïtienne continue de briller avec force, par-delà les frontières.»

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