Grandeur et misère de l’utopie bilingue

Intéressante analyse dans le Bulletin d’histoire politique


20 avril 2018 à 9h00

Le bilinguisme est un enjeu constitutif de la formation du Canada qui s’imbrique dans l’histoire de ses plus vives tensions. En cela, il pose la question même du politique, à savoir celle des conditions d’aménagement du vivre-ensemble et des aspirations fondamentales de la société.

Consacré au projet du bilinguisme canadien, le numéro 2 du volume 26 du Bulletin d’histoire politique se penche sur les dimensions idéologiques, politiques, juridiques et historiques du bilinguisme, notamment dans son principal moment de cristallisation, celui des années 1950 et 1960, où il acquiert la valeur d’un projet au cœur d’un imaginaire politique et identitaire canadien en formation.

Grâce à l’Université d’Ottawa

Dans leur présentation du dossier, Michel Bock (Chaire de recherche sur l’histoire de la francophonie canadienne, Université d’Ottawa), François-Olivier Dorais (candidat au doctorat en histoire, Université de Montréal) et Martin Meunier (Chaire de recherche Québec, francophonie canadienne et mutations culturelles, Université d’Ottawa) résument en quelques phrases les neuf articles du dossier.

Ils soulignent que c’est le Centre de recherche en civilisation canadienne-française (CRCCF) qui, en mars 2016, a été l’hôte du colloque à l’origine de cet ouvrage. Et c’est encore le CRCCF qui a coordonné, le 12 avril dernier, le lancement de cet ouvrage à l’Université d’Ottawa, à la suite d’une table ronde sur le nouveau Plan d’action pour les langues officielles (2018-2023) du gouvernement fédéral.

Neuf sur treize

Depuis que j’ai reçu l’ouvrage de 321 pages, j’ai choisi de lire en priorité, pour les fins de cette chronique, les textes qui m’apparaissaient traiter davantage de l’aspect juridique. Les manifestation juridiques du projet de bilinguisme canadien sont présentées par Pierre Foucher, le directeur du CRCCF.

À la suite de l’adoption des articles 16 à 20 de la Charte canadienne des droits et libertés, plusieurs autorités législatives ont accordé des droits linguistiques. C’est ainsi qu’il existe maintenant des lois régissant des services dans la langue de la minorité dans neuf des treize provinces et territoires, alors que la Saskatchewan, l’Alberta et Terre-Neuve-et-Labrador se sont dotés de politiques sur les services en français.

Le professeur Foucher signale que, dans les juridictions hors Québec, ces lois instaurent cinq commissaires chargés de la mise en œuvre des lois et un agent officiel des plaintes ainsi que des bureaux des affaires francophones.

Mise en oeuvre inégale

«Cependant, les diverses instances chargées de la surveillance de l’application de ces lois ne manquent pas de nous rappeler que leur mise en œuvre fait toujours défaut: leur effectivité est donc faible, ce qui signifie que le bilinguisme en tant que réalité sociale est au stade d’une utopie inachevée.»

Janique Dubois
La professeure Janique Dubois

Dans l’article La protection des droits linguistiques au sein du pacte confédératif canadien: une promesse non oubliée, Janique Dubois (professeure, École d’études politiques, Université d’Ottawa) et Justin Dubois (avocat, Emond Harnden) explique la position majoritaire et la position minoritaire dans la célèbre cause Caron.

Leur analyse permet de mieux comprendre la nature des revendications linguistiques des francophones de l’Ouest avec la vision que ceux-ci ont du compromis politique à l’origine de la fédération. Leur examen du processus ayant mené à la Confédération canadienne confirme la présence d’une promesse de droits linguistiques au sein des négociations entre les élites politiques de l’époque.

Promesse non oubliée

Ils sont d’avis que les preuves historiques démontrent que le compromis va au-delà de la lettre des textes émanant des négociations.

«Alors que les récits de fondation sont fondés dans le discours anglo-dominant, la promesse de droits linguistiques demeure non oubliée dans la vision du pacte confédératif de la minorité francophone.» Ils ont raison.

Et, en 2018, ce constat est encore bien illustré par la poursuite de débats sur le droit à utiliser la langue française, notamment devant les tribunaux de l’Alberta.

Dans une prochaine chronique, je vais vous présenter le texte de la professeure Valérie Lapointe-Gagnon au sujet des débats sur l’atteinte de l’égalité entre les «deux peuples fondateurs».

Maître Justin Dubois
Maître Justin Dubois

Lectures

Il me reste à lire les articles:

– Redonner à la langue française sa place normale: déploiement d’une réflexion critique sur le bilinguisme chez le jésuite Joseph-Papin Archambault (1917-1922), par Harold Bérubé (Université de Sherbrooke);

– La science historique à l’heure du bilinguisme: retour sur la création du Dictionnaire biographique du Canada, par François-Olivier Dorais (Département d’histoire, Université de Montréal);

– Tout le reste viendra par surcroit. L’horizon et la pratique du bilinguisme chez les étudiants canadiens et québécois (1948-1965), par Daniel Poitras (Université de Toronto);

– Un adversaire du bilinguisme officiel à la Commission Laurendeau-Dunton, par Roberto Perin (Collège universitaire Glendon, Université York);

– Une utopie à combattre: le bilinguisme chez Donald Creighton et Michel Brunet, par Serge Miville (Chaire de recherche en histoire de l’Ontario français, Université Laurentienne);

Le bilinguisme qui nous tue: André d’Allemagne et la condamnation du bilinguisme institutionnel au Québec (1958-1968), par Jean-Philippe Carlos (Département d’histoire, Université de Sherbrooke).

Abonnement

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On peut également se procurer séparément les récentes publications, comme ce numéro 2 du volume 26 du BHP, auprès de l’AQHP (Département d’histoire, UQUAM, C.P. 8888, Succursale Centre-ville, Montréal, Québec H3C 3P8) au prix de 20$ pour les particuliers et de 25$ pour les institutions.

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