Erin O’Toole tiraillé entre sa base et le centre

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Erin O'Toole
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«Le Canada a changé, notre parti doit changer aussi», insistait Erin O’Toole lors de son discours au congrès du Parti conservateur du Canada (PCC) le 19 mars.

Le leader du PCC proposait à ses membres de prendre un virage vers le centre; proposition que plusieurs de ses membres semblent avoir rejetée, refusant notamment à 54% d’encenser une résolution affirmant que «les changements climatiques sont réels» et proposant que le parti s’y intéresse.

Erin O’Toole fait face à un dilemme: satisfaire la base, ou attirer de nouveaux électeurs.

Selon David Rayside, professeur au Département de sciences politiques de l’Université de Toronto, «[ce congrès] était important parce qu’Erin O’Toole a eu de la difficulté à positionner le parti et à définir les Conservateurs en tant qu’alternative plausible aux libéraux.»

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Le chef conservateur Erin O’Toole au congrès d’orientation du 19 mars 2021.

Clarifier et énergiser

«Les partis dans l’opposition ont souvent de la difficulté à faire cela, donc c’était une opportunité de clarifier certaines positions du parti, mais aussi d’énergiser les troupes dans le parti et de renforcer la connexion avec le leadership conservateur.»

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Frédéric Boily
Frédéric Boily

Frédéric Boily, professeur de sciences politiques au Campus Saint-Jean de l’Université de l’Alberta, rappelle «[qu’] avant le congrès, il y a eu beaucoup de discussions autour du conservatisme social et religieux, pour bonne raison parce que cette aile conservatrice est capable de se faire entendre, de se faire voir».

Cependant, pense le politologue, «la question du conservatisme social et religieux est une distraction pour les Conservateurs qui se perdent dans des questions qui n’intéressent plus vraiment l’ensemble de l’électorat canadien: les conjoints de même sexe, l’avortement, les gens ne veulent pas rouvrir ces débats».

Deux éléphants dans la pièce

«D’un autre côté», ajoute-t-il, «on a oublié que les éléphants dans la pièce étaient la question des changements climatiques et le rôle du gouvernement dans ces temps postpandémie».

«Et c’est sur ce plan-là que le Congrès est loin d’être un succès pour Erin O’Toole, parce que dès les premières manchettes on a commencé à mettre l’accent sur le fait que le chef tient un discours, mais que les partisans conservateurs en tiennent un autre», soutient le professeur Boily.

Il s’agit d’un congrès «à moitié réussi» pour Erin O’Toole, selon lui, parce que les dissentions intestines sur les changements climatiques ne pourront que le suivre dans la prochaine campagne électorale, qui pourrait avoir lieu aussi tôt qu’au printemps. D’autant plus que le programme du Parti conservateur est loin d’être clair sur la question des changements climatiques: «ils sont opposés à la taxe carbone, mais que proposent-ils comme alternative?»

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David Rayside «pense que ce qui est le plus frappant, et peut-être inévitable dans ce congrès, c’est qu’on en connaît très peu sur la façon dont le parti va se positionner. Quoique ce n’est pas si inusité, puisqu’au Canada — comme ailleurs — les partis évitent de trop élaborer leur programme jusqu’au déclenchement de la campagne électorale».

Le parti O’Toole et le parti Trudeau

Il ne faudrait pas accorder trop d’importance à la rebuffade des membres conservateurs sur la question des changements climatiques, croit David Rayside.

David Rayside
David Rayside

«Les positions des partis politiques canadiens sont déterminées en très grande partie par le leader. Donc le Parti libéral du Canada est le parti Trudeau du Canada, et le Parti conservateur, à un certain point, va devenir le parti O’Toole du Canada, tout comme cela l’était sous Harper.»

Les congrès des partis politiques adoptent des centaines de résolutions, ce qui laisse une certaine latitude de choix lorsque le leadership élabore la plateforme électorale, selon David Rayside. «Vous pouvez ignorer certaines choses, mais d’un autre côté, vous devez conserver l’énergie du parti. Vous ne pouvez pas complètement ignorer la base», prévient-il.

D’un côté, sur les questions environnementales, Erin O’Toole aimerait étendre sa base au-delà des provinces de l’Ouest, «mais de l’autre, l’ouest du Canada, et plus particulièrement l’Alberta, est important pour le parti, et conséquemment la politique [des Conservateurs] sur le climat devra jusqu’à un certain point reconnaître les opinions des Conservateurs albertains», explique David Rayside.

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Déception et abstention

Si plusieurs Conservateurs — dont Erin O’Toole — croient que le chemin vers le pouvoir passe par un programme plus centriste, cela n’est pas sans risque du point de vue de Frédéric Boily.

«Il y a beaucoup d’électeurs conservateurs qui risquent de se réfugier tout simplement dans l’abstention, peut-être se réfugier, du côté de l’Ouest canadien, dans de petites formations politiques [régionalistes], peut-être pas en grand nombre, mais juste assez pour affaiblir un peu le camp conservateur», prédit-il.

Le clivage régional au sein du Parti conservateur est devenu beaucoup plus saillant que celui du conservatisme social, conclut Frédéric Boily: «Je pense qu’il peut y avoir une tentation grandissante dans l’Ouest de revenir au Parti réformiste d’avant, ou une formule équivalente, qui dit “de toute façon on ne peut pas gagner à court terme, ou moyen terme, donc aussi bien former un bloc régional et essayer de faire valoir ces enjeux de cette façon-là.”»

arbres forêt
L’environnement et le climat sont des enjeux de politiques publiques incontournables.

O’Toole flatte les régionalismes

Erin O’Toole, estime David Rayside, tente de récupérer certains morceaux de l’agenda de Stephen Harper. «Il essaie d’exploiter des tendances régionalistes qui seraient séduisantes au Québec et en Alberta, en parlant de décentralisation, de laisser plus de latitudes aux provinces.»

Par exemple, souligne-t-il, il propose de renforcer les langues officielles dans la fonction publique fédérale, ce qui pourrait plaire au Québec — mais O’Toole doit être prudent à cet égard, car c’est une proposition moins vendeuse en Alberta.

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Retour en force de l’État

Il ajoute qu’à la différence de Harper, la rhétorique des Conservateurs est moins «affirmée» à droite dans son opposition au rôle du gouvernement fédéral et à la taxation.

Mais les préférences de l’électorat ont changé depuis l’ère Harper, soutient Frédéric Boily. D’un côté, l’enjeu des changements climatiques est devenu incontournable depuis l’élection de 2015.

De l’autre, ajoute le politologue de l’Université de l’Alberta, «on a l’impression qu’on assiste à un retour de l’État, un retour en force de l’État, depuis la pandémie. C’est-à-dire un gouvernement agissant, un gouvernement qui met en place des programmes et qui est en mode expansionniste.»

«Du temps de Stephen Harper on parlait de retour à l’équilibre budgétaire. Maintenant cette question-là s’étend sur une décennie», et même les Conservateurs n’en parlent pas dans leur programme.

Avec la covid, acquiesce David Rayside, «il y a une reconnaissance que le gouvernement a un rôle, et donc c’est plus difficile de présenter un programme antigouvernement comme l’a fait Stephen Harper, jusqu’à un certain point».

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Il arrive parfois à Erin O’Toole de relaxer.

Erin O’Toole ne veut pas être associé au trumpisme

On se souvient que, le 20 janvier, Erin O’Toole a demandé et obtenu, au vote secret, l’expulsion du député ontarien Derek Sloan du caucus des 121 élus du Parti conservateur du Canada (PCC).

M. Sloan aurait reçu – à son insu – une contribution d’une figure du mouvement suprémaciste blanc pour soutenir sa candidature lors de la campagne au leadership du Parti conservateur en 2020.

131 $

«L’acceptation par Derek Sloan du don d’un suprémaciste blanc bien connu est bien pire qu’une grossière erreur de jugement ou qu’un manque de diligence raisonnable […] J’ai entrepris le processus pour expulser M. Sloan du caucus du Parti conservateur du Canada», avait indiqué Erin O’Toole par voie de communiqué le 18 janvier.

Il a ajouté que M. Sloan, qui représente la circonscription de Hastings—Lennox et Addington, au Nord-Ouest de Kingston, ne pourra pas se représenter sous la bannière du PCC lors des prochaines élections.

Cette annonce suivait la publication d’un reportage du média Press Progress, qui révélait, le 18 janvier, que Derek Sloan aurait reçu une contribution de 131 $ de la part du néonazi Paul Fromm, lors de la course à la chefferie du PCC en 2020.

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Dans les codes de l’extrême droite, 131 signifierait «Anti Communist Action».

Ce n’est toutefois pas pour cette seule transgression involontaire, mais bien pour l’ensemble de son oeuvre, que le député est exclu, a expliqué Erin O’Toole après le vote.

Derek Sloan, Parti conservateur du Canada, Conservateurs
Derek Sloan. Photo: Wikimedia Commons

Trumpisme canadien?

«Durant la course au leadership, c’était de loin le candidat le plus radical à droite, qui fait un peu dans le trumpisme, dans les théories du complot», rappelle la professeure Stéphanie Chouinard, du Département de science politique du Collège militaire royal du Canada.

Stéphanie Chouinard
Stéphanie Chouinard

Il a terminé en dernière place, derrière Leslyn Lewis, Peter MacKay et Erin O’Toole.

Avec Leslyn Lewis, ajoute le professeur Frédéric Boily, du Département de science politique du Campus Saint-Jean de l’Université de l’Alberta, Derek Sloan représentait l’aile des conservateurs religieux et sociaux lors cette course.

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Si Erin O’Toole n’est pas associé à ces factions socialement conservatrices du PCC, explique Frédéric Boily, il a tout de même cherché leurs appuis lors de la course à la chefferie.

M. O’Toole a courtisé leur vote en disant qu’il fallait un Parti conservateur qui soit ouvert à toutes les perspectives, et cela faisait partie de son «fonds de commerce» de dire qu’il y avait trop de «politiquement correct» en politique, souligne Frédéric Boily.

Un récidiviste

Stéphanie Chouinard rappelle que Derek Sloan n’en est pas à ses premières frasques.

«Il a tenu des propos comme quoi la Dre Theresa Tam ne travaillait pas pour le Canada, mais plutôt pour le Parti communiste chinois. Il a félicité Donald Trump d’avoir arrêté de financer l’Organisation mondiale de la santé. C’est quelqu’un qui est anti-LGBT, qui soutient les thérapies de conversion.»

Dans ce contexte, la révélation des liens de sa campagne au leadership avec un néonazi notoire «a été un peu la goutte qui a fait déborder le vase pour Erin O’Toole», ajoute la politologue.

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Pas de pitié

Un autre membre du caucus aurait sans doute fait face à plus de magnanimité de la part d’Erin O’Toole, pense le professeur David Rayside.

Mais la réponse ferme et rapide du chef conservateur s’explique sans doute par le récidivisme de Derek Sloan.

Dans ce contexte «même certains membres du caucus conservateur ont dû se dire “bon débarras”. Il était déjà impopulaire parmi les députés conservateurs», croit David Rayside.

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Erin O’Toole au travail.

O’Toole sous pression

Pour Stéphanie Chouinard, la pression augmentait sur Erin O’Toole depuis le sac du Capitole à Washington, le 6 janvier dernier. L’évènement aurait rappelé «qu’il y a des conséquences à tenir des propos radicaux, et que ces conséquences peuvent être particulièrement fâcheuses».

«Parmi les insurgés du Capitole, on retrouve des groupes qui sont aussi présents au Canada, qui font partie de l’extrême droite, et parmi ces groupes on trouve des groupes qui ont ouvertement soutenu le Parti conservateur, notamment les Proud Boys», rappelle la professeure Chouinard.

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Les Libéraux n’en manquent pas une

Selon le prof Frédéric Boily, la probabilité d’une élection fédérale dans les prochains mois a ravivé la stratégie libérale d’associer le PCC à certaines dérives du conservatisme américain.

Sous Stephen Harper, des amalgames étaient effectués avec George W. Bush et les néoconservateurs, tandis qu’Andrew Scheer se voyait parfois mis en parallèle avec les conservateurs évangéliques – une image qui a englué sa campagne au Québec lors des dernières élections.

«Avec Erin O’Toole et tout ce qui se passe aux États-Unis, il était clair que les Libéraux avaient des munitions pour dépeindre le PCC comme une sorte de succursale de l’extrême droite américaine. Dans ce contexte, il lui fallait agir pour que cette perception ne se développe pas», explique Frédéric Boily.

Tolérance zéro pour les extrémistes

Erin O’Toole a d’ailleurs publié une déclaration le 17 janvier pour dénoncer les efforts des Libéraux visant à associer le PCC avec les évènements du Capitole et les groupes d’extrême droite.

Pour Stéphanie Chouinard, Erin O’Toole demeure une figure largement inconnue du public canadien, «donc il veut s’assurer qu’il ne se fait pas connaître comme le chef qui maintient, au sein de son caucus, des éléments nauséabonds comme des néonazis.»

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Frédéric Boily consent que «se débarrasser de Derek Sloan, l’empêcher de se représenter sous la bannière conservatrice serait un plus pour Erin O’Toole, pour démontrer qu’il ne tolère pas les éléments extrémistes. En plus, l’aile conservatrice plus religieuse continuerait d’avoir son porte-parole avec Leslyn Lewis, pour autant qu’elle parvienne à se faire élire.»

capitole Washington
La manifestation pro-Trump du 6 janvier qui a débordé dans le Capitole à Washington. Photo: Tyler Merbler, Flickr

Erin O’Toole équilibriste

Le Parti conservateur, croit Stéphanie Chouinard, fait face à un «dilemme»: il veut à la fois éviter d’aliéner sa «base» de conservateurs sociaux et religieux, tout en faisant des gains auprès des électeurs plus centristes.

Andrew Scheer
Andrew Scheer

«La base du Parti conservateur est très forte, mais elle n’est pas suffisante pour que le Parti conservateur soit porté au gouvernement. Et ça, Erin O’Toole le sait, et c’est d’ailleurs pourquoi il tente manifestement de séduire les nationalistes québécois, par exemple», souligne Stéphanie Chouinard.

«Mais c’est un peu ça le dilemme qui se présente: comment étendre la main vers le centre tout en conservant les éléments plus radicaux au sein du parti?»

Réalité et symboles

Le défi est d’autant plus grand, explique David Rayside, parce que les conservateurs sociaux sont sur le déclin depuis des décennies au Canada, mais demeurent tout de même un pilier central de la coalition conservatrice.

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Stephen Harper
Stephen Harper

Stephen Harper, même s’il était lui-même socialement conservateur, a surtout gouverné sur des enjeux économiques comme la déréglementation, les baisses d’impôts et la réduction de la taille du gouvernement fédéral – ses ouvertures envers les conservateurs sociaux demeuraient symboliques, selon David Rayside.

Dans le contexte contemporain, il y a cependant tellement d’attention portée sur le Parti conservateur que même des mesures symboliques mettraient le parti dans l’embarras, soutient le politologue.

Maxime Bernier?

Le risque, pour le PCC, serait que les conservateurs sociaux désertent pour un autre parti: «Mais si on regarde les partis existants, ils n’ont nulle part où aller», estime David Rayside.

«Les tentatives de former un nouveau parti politique n’ont pas vraiment fonctionné, et Maxime Bernier en est l’exemple le plus récent», ajoute David Rayside.

«La plupart des conservateurs sociaux impliqués dans la politique ne veulent pas abandonner le Parti conservateur parce qu’ils pensent qu’ils auront probablement au moins un peu d’influence.»

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Maxime Bernier
Le chef du Parti populaire du Canada, Maxime Bernier, en campagne à Toronto (ici avec son candidat dans Toronto-Centre). Photo: PPC

Le défi d’Erin O’Toole: un Parti conservateur mieux réparti géographiquement

C’est le 8 septembre que le chef du Parti conservateur du Canada avait annoncé la composition de son cabinet fantôme. Alain Rayes y remplace le Néo-Écossais Chris d’Entremont comme critique au Patrimoine canadien et aux Langues officielles. Les préoccupations du Québec occupent une place de choix dans les perspectives de M. Rayes sur les langues officielles.

Alain Rayes mentionne que le projet de modernisation de la Loi sur les langues officielles nécessite une réponse «cohérente, ambitieuse, qui permettrait de répondre aux besoins du Québec, à cette volonté de protéger son français, mais aussi de protéger les francophones partout au pays.»

La répartition géographique des représentants du cabinet fantôme d’Erin O’Toole apparaît plus harmonieuse que sa représentation à la Chambre des Communes.

Sera-t-elle suffisamment bien ficelée pour que le parti gagne en popularité dans l’Est – l’Ontario, le Québec et l’Atlantique– tout en conservant ses fortes attaches dans les Prairies – l’Alberta, la Saskatchewan et le Manitoba?

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Le cabinet fantôme d’Erin O’Toole.

Les essentiels: l’Alberta et la Saskatchewan

«Le centre du pouvoir reste dans l’Ouest canadien», affirme le politologue Peter Graefe de l’Université McMaster, à Hamilton. La majorité des membres du parti, la force organisationnelle et une portion importante de la base financière y sont rattachés.

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C’est une idée que partagent l’ensemble des politologues approchés par Francopresse, ainsi que le député de Calgary Shepard et président du caucus conservateur national, Tom Kmiec.

Bianca Jamal, de l’Université de Saskatchewan, pense qu’Erin O’Toole, avec ses valeurs représentatives de la base du parti dans l’Ouest canadien, se rapproche des racines du Parti réformiste basé dans les Prairies plutôt que de celles du Parti progressiste-conservateur au Canada central.

Politologue à l’Université de Saskatchewan, Joseph Garcea soulève une similarité importante entre ces deux provinces que sont l’Alberta et la Saskatchewan. «Elles ne veulent pas juste un changement de politique, elles veulent un changement de régime.» Selon lui, ces deux provinces veulent rayer les Libéraux de la carte et accueillir à bras ouverts les Conservateurs afin qu’ils redéfinissent le fédéralisme en leur faveur, notamment à travers la péréquation.

Aussi, plusieurs des politologues approchés soulignent l’importance du soutien du premier ministre albertain Jason Kenney dans la victoire d’O’Toole sur Peter MacKay.

Opération charme d’Erin O’Toole en Ontario

Pour l’Ontarien Peter Graefe, le discours conservateur qui s’organise autour du libre-échange depuis la fin des années Harper est plutôt déconnecté de la réalité ontarienne.

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Graefe entrevoit désormais une incursion possible du parti en Ontario. Pour y arriver, explique-t-il, le parti doit adopter une stratégie plus agressive face aux défis environnementaux et climatiques, et proposer des infrastructures publiques, comme les transports en commun ou des investissements sociaux, pour aider à la conciliation travail-famille, par exemple.

Il rappelle qu’une vidéo d’Erin O’Toole en l’honneur de la Fête du travail 2020, sensible aux défis actuels dans le secteur manufacturier, présente un discours plus apte à attirer les votes dans la région de Toronto où se trouvent plusieurs emplois dans ce secteur.

Alain Rayes
Alain Rayes, porte-parole conservateur en matière de langues officielles.

Le tour de force: le Québec

La majorité des politologues approchés mentionnent l’importance pour O’Toole d’apprendre à mieux communiquer avec les Québécois en continuant à améliorer son français et en leur présentant une plateforme séduisante.

Politologue à l’Université Simon Fraser, Sanjay Jeram rappelle l’échec du Parti conservateur à s’engager auprès des Québécois sous le gouvernement Harper. Selon lui, rien n’indique jusqu’à présent que le parti soit capable d’étendre sa base présente au pourtour de la ville de Québec.

Et le reste du Canada?

La nomination de la Manitobaine Candice Bergen, en tant que chef adjointe de l’équipe du leadership du parti aux Communes, démontre une volonté d’équilibrer la répartition géographique du parti dans le paysage canadien.

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Selon Christopher Adams, politologue au collège Saint-Paul de l’Université du Manitoba, le Parti conservateur a l’opportunité de développer son électorat de la banlieue de Winnipeg et de s’appuyer sur la portion sud du Manitoba rural déjà acquise au parti.

Joseph Garcea note que les Conservateurs devront développer un plan spécifique pour la partie nord du Manitoba, tout en s’imposant un exercice similaire pour les autres provinces.

Il prévoit également que le parti travaillera à consolider sa base occidentale tout en reprenant certains messages clé de ses principaux adversaires pour séduire l’Ontario, le Québec et l’Atlantique.

Quant à la Colombie-Britannique et les territoires, explique Garcea, une présence conservatrice forte exige une vision progressiste et une gestion des enjeux plus exigeante, ce qui semble hors de portée pour l’équipe O’Toole.

Erin O’Toole et le français: des raisons d’être optimiste

Au cours de la dernière année, le Parti conservateur du Canada s’est positionné en faveur de la modernisation de la Loi sur les langues officielles. Lors des élections de 2019, le programme du parti comportait une proposition pour cette modernisation.

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Le président de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada, Jean Johnson, se dit donc confiant qu’avec Erin O’Toole à la direction du parti, «le Parti conservateur continuera d’être une voix forte au Parlement pour le respect de nos deux langues officielles».

Jean Johnson
Jean Johnson

Le chroniqueur franco-ontarien Réjean Grenier (Francopresse, Le Voyageur) se réjouit lui aussi qu’au congrès à la direction du 21 août 2020, «les quelque 175 000 membres votant du parti ont tranché et choisi O’Toole, qui parle français… pas au niveau des chefs conservateurs précédents Andrew Sheer et Stephen Harper, ni aussi bien que Justin Trudeau, mais son français est plus ou moins acceptable».

Par ailleurs, «Erin O’Toole a été le seul à se prononcer sur les langues officielles, même si son plan n’était pas particulièrement détaillé», a rappelé à TFO la politologue du Collège militaire royal du Canada à Kingston, Stéphanie Chouinard.

Il a été «bien conseillé» sur les langues officielles, dit-elle, peut-être par Carl Vallée, l’ancien attaché de presse de l’ex-premier ministre Harper, qui faisait partie de son équipe.

Erin O’Toole se présentait comme un «vrai bleu»

Le député de Durham depuis 2012 et ex-ministre dans le gouvernement Harper a obtenu 19 271 «points» au 3e tour de scrutin, contre 14 528 pour Peter MacKay, longtemps considéré comme le meneur dans cette course, et qui était d’ailleurs légèrement en tête au 1er tour de scrutin.

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Erin O’Toole a profité du report des deuxièmes choix des électeurs de Leslyn Lewis (6 925 points au 1er tour) et de Dekek Sloan (4 864), des conservateurs «sociaux» ou «religieux».

Inconnue au début de la campagne et unilingue, Leslyn Lewis a pourtant fait bonne figure au 2e tour de scrutin avec 10 140 points, contre 11 756 pour Peter MacKay et 11 903 pour Erin O’Toole.

Erin O’Toole, qui se présentait comme un «vrai bleu», est aussi arrivé en tête des votes chez les membres québécois du Parti conservateur.

Il y a la langue et il y a la culture

Né à Montréal, le nouveau chef conservateur n’a cependant appris le français qu’à l’âge de 18 ans, quand il a intégré l’Aviation royale du Canada en Colombie-Britannique, souligne Réjean Grenier. «Le fait qu’il parle mieux français que les trois autres candidats à la chefferie n’est cependant pas très important», écrit-il.

Réjean Grenier
Réjean Grenier

«Ce qui l’est beaucoup plus, c’est sa compréhension de la nation canadienne-française», et «là-dessus on peut se poser des questions».

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L’éditorialiste craint que, pour le nouveau chef, les «francophones du Canada» semblent être un «afterthought». En effet, remarque-t-il, O’Toole a mentionné ici et là qu’il «respecte le Québec et les francophones à travers le Canada»… qu’il veut «bien comprendre le cœur et l’âme de la nation québécoise»… même s’il affirme que le français est «la langue fondatrice du Canada».

«Nulle part dans ses documents O’Toole ne parle du développement des communautés francophones du Canada. Ni de la réforme pourtant primordiale de la Loi sur les langues officielles.»

Il est donc important, pour Réjean Grenier, «que tous les francophones du pays et surtout les conservateurs francophones fassent comprendre à O’Toole que le bilinguisme canadien n’en est pas un bilinguisme de régions comme en Suisse. Nos langues officielles s’appliquent partout au pays et nos communautés linguistiques minoritaires ont besoin d’un champion à Ottawa».

Les femmes et les jeunes…

Les Conservateurs fédéraux n’ont actuellement que quatre élus (dont Erin O’Toole) dans le Grand Toronto et Hamilton urbain, contre une cinquantaine de Libéraux, alors que les Conservateurs provinciaux de Doug Ford en avaient fait élire une trentaine l’année précédente.

Il ont donc un gros potentiel de croissance ou de reconquête dans les banlieues de Toronto.

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Tout le monde le dit: il leur faudra gagner des femmes et les jeunes. Ça veut dire lâcher l’avortement une fois pour toutes (et O’Toole se dit résolument pro-choix) et s’intéresser à l’environnement.

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Erin O’Toole, qui a été avocat, a aussi fait valoir son passage dans l’aviation militaire canadienne.

Erin O’Toole : «mon plan concret pour protéger et renforcer la langue française»

En février 2021, Erin O’Toole a écrit une lettre ouverte aux francophones du pays. La voici in extenso:

Notre pays a été bâti sur la base d’un compromis entre deux peuples fondateurs, l’un francophone, l’autre anglophone, avec la contribution des Premières Nations. Cet esprit de collaboration doit demeurer au cœur de l’action gouvernementale. Un pays qui ne préserve pas son partenariat fondateur est malheureusement voué à l’échec.

Un élément essentiel de cette entente est la langue française. Celle-ci fait partie de l’identité profonde de notre pays. C’est à notre gouvernement fédéral qu’incombe le devoir d’assurer l’épanouissement des communautés francophones d’un océan à l’autre. Après tout, ce pays est né en français.

Pourtant, quand vient le temps de parler de gestes concrets pour protéger le français, les libéraux de M. Trudeau longent les murs. Ces derniers ont de belles paroles, mais ultimement, ils voient les francophones comme une minorité parmi d’autres.

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C’est pour cette raison que la modernisation de la Loi sur les langues officielles ne cesse d’être reportée. Le dernier à l’avoir modernisée est Brian Mulroney, un premier ministre conservateur. Plutôt que d’avoir le courage de M. Mulroney, les libéraux proposent un livre blanc – un écran de fumée électoral qui ne changera rien. On a assez attendu, c’est le temps de passer à l’action.

Le dernier rapport du commissaire aux langues officielles démontre, une fois de plus, l’urgence d’agir pour freiner le recul du français au Canada. Le gouvernement fédéral doit arrêter de se fermer les yeux sur cette situation.

Disons les choses franchement : d’un océan à l’autre, incluant à Montréal, le français est en déclin. Après cinq ans au pouvoir, les libéraux préfèrent encore jaser au lieu d’agir, car pour eux, ce n’est pas une priorité.

Voici ce que le Parti conservateur propose :

– Premièrement, le libellé de la Loi sur les langues officielles doit être modifié pour avoir plus de mordant.

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– Ensuite, là où la Loi reste vague en parlant de «mesures positives», je veux une action concrète.

– Je veux également centraliser l’ensemble des pouvoirs d’application et d’exécution de la Loi au sein du Conseil du Trésor. I

– Il est aussi temps de mettre sur pied un tribunal administratif qui traitera sérieusement les plaintes et améliorera les services offerts aux francophones partout au Canada.

Ces quatre mesures vont contribuer à moderniser la Loi sur les langues officielles. Mais, je m’engage à aller encore plus loin.

En plus de moderniser son contenu, il faut aussi revoir l’esprit de la Loi. À l’heure actuelle, la Loi est basée sur le principe de réciprocité entre nos deux langues officielles. Mais soyons honnêtes, cela ne correspond pas à la réalité sur le terrain.

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Depuis des décennies, les libéraux refusent de reconnaître qu’au Canada, seul le français est menacé. Quant à moi, je vais être clair : le gouvernement fédéral doit maintenant établir une approche asymétrique qui protège le français en priorité.

Finalement, là où nous devons agir de manière urgente, c’est au niveau des écoles et des universités. Nos professeurs sont les acteurs de première ligne qui assurent la transmission d’une éducation francophone à la prochaine génération. Ils méritent un financement stable.

Je m’engage donc à participer de façon significative au financement de l’éducation postsecondaire francophone en milieu minoritaire et à créer une nouvelle enveloppe budgétaire. L’importance de ces universités dans l’épanouissement des communautés francophones explique amplement cette attention particulière du gouvernement fédéral.

Ainsi, une modernisation de la Loi sur les langues officielles, un esprit renouvelé qui priorise la protection du français et une enveloppe budgétaire pour nos universités francophones en milieu minoritaire. Voilà ce que je vais commencer dans les 100 premiers jours d’un gouvernement conservateur. Il est temps de passer à l’action pour le français à travers le Canada. Vous pouvez compter sur moi.

caricature de Bado

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