Erin O’Toole ne veut pas être associé au trumpisme

Le député Derek Sloan expulsé du caucus conservateur

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Erin O'Toole. Photo: Capture d'écran, Francopresse
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Le chef Erin O’Toole a demandé et obtenu, au vote secret, l’expulsion du député ontarien Derek Sloan du caucus des 121 élus du Parti conservateur du Canada (PCC) lors d’une rencontre ce mercredi 20 janvier.

M. Sloan aurait reçu – à son insu – une contribution d’une figure du mouvement suprémaciste blanc pour soutenir sa candidature lors de la campagne au leadership du Parti conservateur en 2020.

131 $

«L’acceptation par Derek Sloan du don d’un suprémaciste blanc bien connu est bien pire qu’une grossière erreur de jugement ou qu’un manque de diligence raisonnable […] J’ai entrepris le processus pour expulser M. Sloan du caucus du Parti conservateur du Canada», avait indiqué Erin O’Toole par voie de communiqué le 18 janvier.

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Derek Sloan. Photo: Wikimedia Commons

Il a ajouté que M. Sloan, qui représente la circonscription de Hastings—Lennox et Addington, au Nord-Ouest de Kingston, ne pourra pas se représenter sous la bannière du PCC lors des prochaines élections. Cette annonce suivait la publication d’un reportage du média Press Progress, qui révélait, le 18 janvier, que Derek Sloan aurait reçu une contribution de 131 $ de la part du néonazi Paul Fromm, lors de la course à la chefferie du PCC en 2020.

Dans les codes de l’extrême droite, 131 signifierait «Anti Communist Action».

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Ce n’est toutefois pas pour cette seule transgression involontaire, mais bien pour l’ensemble de son oeuvre, que le député est exclu, a expliqué Erin O’Toole après le vote.

Trumpisme canadien?

«Durant la course au leadership, c’était de loin le candidat le plus radical à droite, qui fait un peu dans le trumpisme, dans les théories du complot», rappelle la professeure Stéphanie Chouinard, du Département de science politique du Collège militaire royal du Canada.

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Stéphanie Chouinard

Il a terminé en dernière place, derrière Leslyn Lewis, Peter MacKay et Erin O’Toole.

Avec Leslyn Lewis, ajoute le professeur Frédéric Boily, du Département de science politique du Campus Saint-Jean de l’Université de l’Alberta, Derek Sloan représentait l’aile des conservateurs religieux et sociaux lors cette course.

Si Erin O’Toole n’est pas associé à ces factions socialement conservatrices du PCC, explique Frédéric Boily, il a tout de même cherché leurs appuis lors de la course à la chefferie.

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M. O’Toole a courtisé leur vote en disant qu’il fallait un Parti conservateur qui soit ouvert à toutes les perspectives, et cela faisait partie de son «fonds de commerce» de dire qu’il y avait trop de «politiquement correct» en politique, souligne Frédéric Boily.

Un récidiviste

Stéphanie Chouinard rappelle que Derek Sloan n’en est pas à ses premières frasques.

«Il a tenu des propos comme quoi la Dre Theresa Tam ne travaillait pas pour le Canada, mais plutôt pour le Parti communiste chinois. Il a félicité Donald Trump d’avoir arrêté de financer l’Organisation mondiale de la santé. C’est quelqu’un qui est anti-LGBT, qui soutient les thérapies de conversion.»

Dans ce contexte, la révélation des liens de sa campagne au leadership avec un néonazi notoire «a été un peu la goutte qui a fait déborder le vase pour Erin O’Toole», ajoute la politologue.

Pas de pitié

Un autre membre du caucus aurait sans doute fait face à plus de magnanimité de la part d’Erin O’Toole, pense le professeur David Rayside, du Département de science politique de l’Université de Toronto.

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David Rayside

Mais la réponse ferme et rapide du chef conservateur s’explique sans doute par le récidivisme de Derek Sloan.

Dans ce contexte «même certains membres du caucus conservateur ont dû se dire “bon débarras”. Il était déjà impopulaire parmi les députés conservateurs», croit David Rayside.

O’Toole sous pression

Pour Stéphanie Chouinard, la pression augmentait sur Erin O’Toole depuis le sac du Capitole à Washington, le 6 janvier dernier. L’évènement aurait rappelé «qu’il y a des conséquences à tenir des propos radicaux, et que ces conséquences peuvent être particulièrement fâcheuses».

«Parmi les insurgés du Capitole, on retrouve des groupes qui sont aussi présents au Canada, qui font partie de l’extrême droite, et parmi ces groupes on trouve des groupes qui ont ouvertement soutenu le Parti conservateur, notamment les Proud Boys», rappelle la professeure Chouinard.

Les Libéraux n’en manquent pas une

Selon Frédéric Boily, du Campus Saint-Jean, la probabilité d’une élection fédérale dans les prochains mois a ravivé la stratégie libérale d’associer le PCC à certaines dérives du conservatisme américain.

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Frédéric Boily

Sous Stephen Harper, des amalgames étaient effectués avec George W. Bush et les néoconservateurs, tandis qu’Andrew Scheer se voyait parfois mis en parallèle avec les conservateurs évangéliques – une image qui a englué sa campagne au Québec lors des dernières élections.

«Avec Erin O’Toole et tout ce qui se passe aux États-Unis, il était clair que les Libéraux avaient des munitions pour dépeindre le PCC comme une sorte de succursale de l’extrême droite américaine. Dans ce contexte, il lui fallait agir pour que cette perception ne se développe pas», explique Frédéric Boily.

Tolérance zéro pour les extrémistes

Erin O’Toole a d’ailleurs publié une déclaration le 17 janvier pour dénoncer les efforts des Libéraux visant à associer le PCC avec les évènements du Capitole et les groupes d’extrême droite.

Pour Stéphanie Chouinard, Erin O’Toole demeure une figure largement inconnue du public canadien, «donc il veut s’assurer qu’il ne se fait pas connaître comme le chef qui maintient, au sein de son caucus, des éléments nauséabonds comme des néonazis.»

Le professeur Frédéric Boily consent que «se débarrasser de Derek Sloan, l’empêcher de se représenter sous la bannière conservatrice serait un plus pour Erin O’Toole, pour démontrer qu’il ne tolère pas les éléments extrémistes. En plus, l’aile conservatrice plus religieuse continuerait d’avoir son porte-parole avec Leslyn Lewis, pour autant qu’elle parvienne à se faire élire.»

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La manifestation pro-Trump du 6 janvier qui a débordé dans le Capitole à Washington. Photo: Tyler Merbler, Flickr

Un jeu d’équilibriste

Le Parti conservateur, croit Stéphanie Chouinard, fait face à un «dilemme»: il veut à la fois éviter d’aliéner sa «base» de conservateurs sociaux et religieux, tout en faisant des gains auprès des électeurs plus centristes.

Andrew Scheer

«La base du Parti conservateur est très forte, mais elle n’est pas suffisante pour que le Parti conservateur soit porté au gouvernement. Et ça, Erin O’Toole le sait, et c’est d’ailleurs pourquoi il tente manifestement de séduire les nationalistes québécois, par exemple», souligne Stéphanie Chouinard.

«Mais c’est un peu ça le dilemme qui se présente: comment étendre la main vers le centre tout en conservant les éléments plus radicaux au sein du parti?»

Réalité et symboles

Le défi est d’autant plus grand, explique David Rayside de l’Université de Toronto, parce que les conservateurs sociaux sont sur le déclin depuis des décennies au Canada, mais demeurent tout de même un pilier central de la coalition conservatrice.

Stephen Harper
Stephen Harper

Stephen Harper, même s’il était lui-même socialement conservateur, a surtout gouverné sur des enjeux économiques comme la déréglementation, les baisses d’impôts et la réduction de la taille du gouvernement fédéral – ses ouvertures envers les conservateurs sociaux demeuraient symboliques, selon David Rayside.

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Dans le contexte contemporain, il y a cependant tellement d’attention portée sur le Parti conservateur que même des mesures symboliques mettraient le parti dans l’embarras, soutient le politologue.

Maxime Bernier?

Le risque, pour le PCC, serait que les conservateurs sociaux désertent pour un autre parti: «Mais si on regarde les partis existants, ils n’ont nulle part où aller», estime David Rayside.

Le chef du Parti populaire du Canada, Maxime Bernier, en campagne à Toronto (ici avec son candidat dans Toronto-Centre). Photo: PPC

«Les tentatives de former un nouveau parti politique n’ont pas vraiment fonctionné, et Maxime Bernier en est l’exemple le plus récent», ajoute David Rayside.

«La plupart des conservateurs sociaux impliqués dans la politique ne veulent pas abandonner le Parti conservateur parce qu’ils pensent qu’ils auront probablement au moins un peu d’influence.»

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