Ces élections fédérales pas si inutiles… et d’autres considérations

Élections fédérales
Au débat des chefs en anglais, au Musée canadien de l'Histoire à Gatineau: Yves-François Blanchet (Bloc), Annamie Paul (Vert), Justin Trudeau (Libéral), Jagmeet Singh (NPD), Erin O'Toole (Conservateur).
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Je ne suis pas de ceux qui reprochent à Justin Trudeau d’avoir déclenché des élections inutilement. Parce que c’est vrai qu’il s’est passé beaucoup de choses, ces deux dernières années, qui méritent d’être débattues et jugées.

Et parce que Trudeau pourrait le regretter.

Si les sondages reflètent fidèlement les intentions de vote des Canadiens (mais ces dernières années on a souvent des surprises), les Libéraux ne retrouveront pas la majorité de 2015 qui leur avait échappé en 2019.

Ils pourraient encore perdre des sièges au Parlement au profit des Conservateurs et des Néo-Démocrates. Mais pas nécessairement le pouvoir.

Élections fédérales
Les bureaux de vote par anticipation étaient ouverts ce weekend jusqu’à ce lundi 13 septembre. On peut aussi voter par la poste. La date officielle de ces 44e élections fédérales canadiennes est le 20 septembre.

Élections : majorité ou minorité?

Mes amis conservateurs insistent que si leur parti décrochait n’importe quelle pluralité de sièges le 20 septembre, Erin O’Toole devrait tout de suite devenir premier ministre.

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Mais la tradition veut aussi qu’en cas de quasi-égalité, le premier ministre sortant ait le droit de chercher à s’accrocher au pouvoir.

Les deux-tiers des Canadiens votent à «gauche» (Libéral, NPD, Vert et Bloc), un tiers seulement à «droite» (Conservateur et Populaire). Par «gauche» et «droite», j’entends ici plus ou moins de dépenses publiques, taxes, impôts, bureaucraties, interventions dans l’économie et la vie des gens.

Je n’écris pas ça par triomphalisme: je fais partie de la minorité.

Si Justin Trudeau et Jagmeet Singh peuvent former une majorité parlementaire fonctionnelle, Erin O’Toole devra attendre. Des alliances Conservateur-NPD et Conservateur-Bloc sont possibles pour des raisons stratégiques (tasser les Libéraux), mais elles ne sont pas naturelles.

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Pénible débat en anglais

J’ai écouté les trois débats des chefs en français et le débat en anglais jeudi soir. Ce dernier était le plus pénible.

Au-delà de sa question outrancière à Yves-François Blanchet sur les lois québécoises «discriminatoires», l’animatrice n’a cessé d’interrompre les chefs dès qu’elle n’aimait pas leur réponse!

Le format faisait d’ailleurs en sorte que les chefs avaient trop peu de temps pour répondre de façon intelligible aux questions beaucoup trop longues et tendancieuses.

Et, de grâce, arrêtez d’accorder à des citoyens «ordinaires» – voire des enfants! – l’insigne honneur de poser des questions aux chefs à la télévision nationale. Oui, ces questions étaient pertinentes et traduisaient de véritables préoccupations de nombreux Canadiens. Mais justement, même des journalistes auraient pu y penser.

Pourquoi un organisme public?

Abandonnons l’idée de confier ces exercices à une commission publique. Les médias et les partis politiques sont parfaitement capables de s’entendre sur le format et la diffusion de tels débats pendant les campagnes électorales.

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Je propose un format plus simple: on donne à chacun l’occasion de se présenter au début; puis on pose la première question; on laisse chacun des chefs deux ou trois minutes pour y répondre à tour de rôle; et on recommence.

Chacun trouvera le moment de répondre à un commentaire précédent de son adversaire, ou de placer sa petite phrase (Justin Trudeau à Annamie Paul: «Je n’ai pas de leçon de gestion de caucus à recevoir de vous»; Jagmeet Singh au sujet du premier ministre: «c’est un grand parleur, petit faiseur»).

C’est aux citoyens de juger si les chefs ont répondu clairement aux questions ou s’ils ont cherché à se défiler, pas aux modérateurs du débat.

Amateurisme

On dit souvent qu’un candidat ou un parti qui gère mal sa campagne électorale gérera encore plus mal les affaires du pays. Ou qu’avec un parti divisé, ce sera la pagaille au gouvernement (bonjour les Verts… et les Conservateurs).

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Mais que penser des partis qui attendent à la dernière minute pour sélectionner leurs candidats dans les circonscriptions… Ou qui n’arrivent pas à en présenter partout au pays?

Ou, pire, qui ne dévoilent leur programme électoral chiffré qu’en milieu de campagne?

Au moins, pour évaluer le parti au pouvoir, on peut examiner son dernier budget, qui contient souvent des projets et des prévisions pour les 4 ou 5 prochaines années. (C’est comme ça qu’on sait que les Libéraux ne prévoient pas renouer avec l’équilibre budgétaire avant au moins 20 ans!)

Après le dépôt d’un budget du gouvernement, les partis d’opposition devraient eux aussi nous donner une idée de celui qu’ils auraient proposé à sa place. Ce travail servirait déjà de brouillon de programme électoral. Et ça forcerait tout le monde à apprendre à compter.

Pas d’idées… ou trop?

Après que la première semaine de campagne n’ait pas suscité l’enthousiasme escompté, Trudeau aurait demandé à son entourage de lui trouver des idées fortes… Or, c’est lui qui a déclenché ces élections! On est censé réfléchir au message avant, non?

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Élections fédérales
Le «plan» d’Erin O’Toole et du Parti conservateur, diffusé dès le début de la campagne… chiffré jeudi dernier.

En face, Erin O’Toole, «l’homme avec un plan», a peut-être trop d’idées, puisqu’il a dû retirer de son programme le passage sur l’abolition du contrôle des fusils d’assaut. Avait-il lu son «plan» avant de l’envoyer à l’imprimerie? Lira-t-il ses projets de loi avant de les déposer au Parlement?

Bref, l’amateurisme de nos chefs et de leurs organisateurs n’inspire pas confiance.

Que le vrai Erin O’Toole se lève

Erin O’Toole est difficile à saisir. En 2017, lors de la course à la chefferie dominée par Maxime Bernier, mais qu’Andrew Sheer avait remportée au 13e tour de scrutin, le député de Durham (les travailleurs de l’auto) était un «Red Tory».

En 2020, contre Peter MacKay, il s’est transformé en «vrai bleu». Au 3e tour de scrutin, il a profité du report des votes des «conservateurs sociaux» Leslyn Lewis et Derek Sloan (ce dernier expulsé du parti depuis).

En 2021, c’est le grand recentrage!

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Une liste de promesses électorales à peine moins dispendieuses que celles des Libéraux. L’aide covid tous azimuts prolongée de deux ans. Le déficit de 350 milliards $ épongé en 10 ans au lieu de 20 (uniquement grâce à la croissance, vraiment?). La même position que les autres (sauf Maxime Bernier) sur la vaccination anti-covid quasi-obligatoire et sur la «crise climatique». Contrat avec le Québec. Pro-choix sur l’avortement. Bons mots pour les LGBTQ. Destitution d’une candidate soupçonnée d’«islamophobie»…

Justin Trudeau combatif

Dans les débats et sur diverses tribunes, j’ai trouvé Justin Trudeau combatif et en bonne possession de ses dossiers. O’Toole mou et flou, mais pas horripilant. Singh sympathique, mais rivalisant de «wokisme» avec Paul.

Hors Québec, Blanchet paraît inutile. Au Québec, il est non seulement le seul choix des souverainistes (oui, ça existe encore), mais aussi de ceux qui aiment les gouvernements minoritaires (de plus en plus nombreux à préférer la collaboration à la dictature, allez savoir pourquoi).

Le Parti Vert, lui, peine à justifier sa raison d’être, maintenant que tous les partis s’intéressent à l’environnement. Et c’est devenu évident que l’environnement est trop important pour être confié aux Verts!

J’ai été étonné, dans le débat en français, d’entendre Trudeau tenter spontanément de justifier la nomination d’une gouverneure générale qui ne parle pas français… Comment lui faire confiance pour adopter une vraie réforme de la Loi sur les langues officielles?

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Malheureusement, O’Toole n’a pas profité de cette ouverture, lui qui ne promet même pas de nommer à la Cour suprême des juges déjà bilingues, seulement des juges qui s’engageront à apprendre le français…

Votez!

Contrairement à ce que vous disent les suspects habituels, ce ne sont pas les élections du siècle. L’avenir du pays ou de l’humanité n’en dépend pas.

Ce n’est même pas un référendum sur la gestion de la pandémie, comme on aurait pu s’y attendre.

Mais si ce n’est pas déjà fait (j’ai voté ce weekend), allez voter le 20 septembre. La démocratie perd son nom quand les citoyens s’en désintéressent.

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