Décès de l’écrivaine Marguerite Andersen

Marguerite Andersen
Marguerite Andersen. Photo: Philippe Davisseau
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Les éditions franco-ontariennes Prise de parole ont annoncé ce 5 octobre le décès de l’écrivaine torontoise Marguerite Andersen. Elle aurait eu 98 ans le 15 octobre.

Romancière, nouvelliste, poète, essayiste, Marguerite Andersen a publié près d’une vingtaine d’ouvrages, dont plusieurs primés.

Son œuvre, qu’on peut qualifier de féministe, «procède de la fictionnalisation d’un parcours d’immigration qui l’a menée de l’Allemagne, où elle est née en 1924, vers d’autres pays d’Europe, l’Afrique et l’Amérique», explique la maison d’édition.

Salon du livre de Toronto 2022
Margerite Andersen au Salon du livre de Toronto 2022 au mois de mars. Photo: archives l-express.ca
Salon du livre de Toronto 2022
Hommage à Margerite Andersen par Claudette Gravel, ex-animatrice à Radio-Canada, au Salon du livre de Toronto 2022 à l’Université de l’Ontario français. Photo: archives l-express.ca

Écrivaine à partir de la cinquantaine

Marguerite Andersen a poursuivi une carrière universitaire avant d’entamer, dans la cinquantaine, son aventure littéraire. On la croisait dans tous les salons du livre.

Le président du Salon du livre de Toroto, Valéry Vlad, réagit: «J’ai encore du mal à réaliser la disparition de Marguerite Andersen. Le Canada français a perdu l’une de ses meilleures plumes. Le Salon du livre de Toronto a perdu une amie fidèle. Mais son esprit, vif et décapant jusqu’au dernier moment, sera toujours vivant.»

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«J’ai eu le bonheur de la rencontrer à mes débuts à Prise de parole, en 1990», raconte la co-directrice denise truax. «Au fil des publications, tantôt centrées sur sa vie ou sur celle de ses proches, ou de personnes croisées au hasard, jamais son regard n’a fléchi dans sa limpidité et sa franchise.»

«J’aimais son franc-parler. Son rire, ah! son rire, et ce regard limpide me manquent déjà.»

Tout le monde a mal prononcé son nom en «Anderson» au moins une fois… pour se faire reprendre immédiatement par Marguerite: «sen»!

Marguerite Andersen
Marguerite Andersen en 2017. Photo: archives l-express.ca

L’art de l’autobiographie

Prise de parole rappelle que Marguerite «racontait à la blague qu’elle écrivait sur sa vie par manque d’imagination».

Elle écrivait: «Pour moi, l’autobiographie n’était pas une tentation, mais une nécessité. […] J’avais, je pense, le désir de dire mon expérience de femme, parce qu’à mon avis la littérature ne comptait, ne compte pas assez d’histoires de femmes.»

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«L’enfance bourgeoise, la guerre en Europe, le mariage, les enfants, l’immigration, les études, la carrière universitaire et le féminisme renaissant des années 70. Mon cœur en était plein, il fallait que je le dise, non pas pour relater ce qui m’était arrivé, mais pour essayer de comprendre mon époque, moi-même, et moi-même en tant que femme.»

Son œuvre a été reconnue par des prix littéraires Trillium, le prix Émile-Ollivier, le prix des Lecteurs Radio-Canada, le Grand prix du Salon du livre de Toronto, le prix du Journal de Montréal pour les jeunes écrivains.

Marguerite Andersen a reçu des doctorats honorifiques des universités Mount Saint Vincent et Laurentienne. Elle avait reçu l’Ordre du Canada en 2016.

Marguerite Andersen avec Paul Savoie (à g.), directeur du Salon du livre de Toronto, en 2016. Photo: archives l-express.ca

Marguerite Andersen universitaire

Marguerite Andersen a enseigné la littérature française et les études féministes en Allemagne, en Éthiopie, aux États-Unis et au Canada.

De 1973 à 1980, elle a été directrice du Département d’études françaises de l’Université de Guelph. De 1987 à 1988, elle a occupé la Chaire d’Études sur les femmes à l’Université Mount Saint Vincent. Critique littéraire, elle a publié de nombreux articles et comptes rendus.

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Selon l’écrivain et critique littéraire Paul-François Sylvestre, «une des contributions les plus significatives de Marguerite Andersen aura été de mieux faire connaître la nouvelle comme genre littéraire, notamment en dirigeant la revue Virages de 1998 à 2015».

Marguerite Andersen
Marguerite Andersen au 45e anniversaire de CJBC, la station de Radio-Canada à Toronto, en 2009. Photo: Claudette Gravel

Mentore de plusieurs jeunes écrivains

Plusieurs écrivains en début de carrière ont pu profiter de ses conseils et de ses encouragements.

L’ex-animatrice de radio et écrivaine Claudette Gravel, une amie de longue date de Marguerite Andersen, témoigne: «Je n’aurais probablement jamais écrit de livres si ça n’avait été de Marguerite Andersen.»

«C’est au début des années 90 que j’avais participé à un concours d’écriture et que j’ai gagné le prix qui m’a permis de travailler avec une autrice de mon choix. J’ai choisi, Dieu merci, Marguerite. Nous en avons passé des heures à lire et à relire, à jaser, à rire, à courir les friperies, à nous promener avec son chien.»

«Une vingtaine d’années d’amitié, ça reste au fond du coeur malgré la distance. Depuis mon déménagement à Ottawa en 2012, je ne l’ai vue qu’à deux reprises, mais c’était comme si nous ne nous étions jamais quittées. C’est pour moi une femme qui a vécu à fond, était prête à toutes les aventures, qui est un exemple pour toutes les femmes comme moi qui embrassent la vie à bras grands ouverts. Adieu Marguerite, merci d’avoir été dans ma vie.»

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Salon du livre de Toronto 2022
Margerite Andersen. Photo: Philippe Davisseau

Hommage de l’AAOF

Pour Gabriel Osson, qui a été président de l’AAOF, l’association des écrivains franco-ontariens, «Marguerite était une grande Dame. Figure littéraire marquante de la littérature francophone de Toronto et de l’Ontario. Passionnée d’écriture et surtout du mot juste, elle ne faisait aucun quartier là-dessus.»

«Elle n’a pas toujours été reconnue à sa juste valeur malgré les prix littéraires et les nombreuses accolades reçues», ajoute-t-il. «Elle était une bonne amie, même si on ne se voyait guère souvent ces dernières années. J’étais très heureux d’avoir pu contribuer à son éloge lors du dernier Salon du livre de Toronto.»

Marguerite Andersen a officié durant huit ans au conseil d’administration de l’AAOF, respectivement en tant que conseillère, vice-présidente et comme première femme présidente de 2000 à 2004.

Marie-Josée Martin, l’actuelle présidente, dit qu’«elle a toujours eu à cœur de défendre, bec et ongles, la rémunération et le statut de l’artiste ainsi que le financement institutionnel de notre organisme».

C’est Marguerite Andersen – c’est-à-dire ses pressions – qui est à l’origine création du Prix de poésie Trillium et de la bourse qui l’accompagne.

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Elle a aussi créé le Programme d’animation littéraire dans les bibliothèques de l’Ontario (PALBIBLIO) et le programme d’animation littéraire en écoles d’immersion (PALEI), en complément du Programme d’animation littéraire dans les écoles (PALE).

«Toute la communauté littéraire de l’Ontario français est en deuil aujourd’hui», déclare Marie-Josée Martin.

Marguerite Andersen.
Marguerite Andersen. Photo: éditions Prise de parole

Un ultime recueil de nouvelles

Quelques semaines avant son décès, la maison d’édition Prise de parole venait de confirmer avec Marguerite Andersen la publication de ce qui sera son ultime recueil de nouvelles et de récits sur lequel elle travaillait avec l’appui de son ami et complice, le poète Paul Savoie. Ce recueil paraîtra en 2023.

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