Combattre le racisme ancré en nous-mêmes

racisme, Deni Ellis Béchard, La Blanchité aveuglante
Deni Ellis Béchard, La Blanchité aveuglante: réflexions sur le racisme, essai traduit de l’anglais par Barbara Caretta-Debays, Montréal, Éditions Écosociété, collection Parcours, 2025, 192 pages, 25 $.
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Publié 05/04/2025 par Paul-François Sylvestre

Désireux de partager des idées qui pourraient aider d’autres personnes à explorer la façon dont elles ont elles aussi été éduquées à être racistes, Deni Ellis Béchard a écrit La Blanchité aveuglante: réflexions sur le racisme.

À noter que ce livre n’est pas encore paru dans sa version originale anglaise. Il a été édité et traduit simultanément chez Écosociété. Il s’agit donc d’un inédit.

Racisme structurant

La «Blanchité aveuglante» est une formule empruntée au philosophe Charles W. Mills dans The Racial Contract (1997).

L’essai de Deni Ellis Béchard demeure une quête introspective et profondément humaniste où l’auteur cherche à comprendre comment les idées racistes ont structuré sa pensée, ses attitudes, et comment elles façonnent encore la société tout entière.

Rire des autres

L’auteur précise que qu’il n’est pas nécessaire de lire son livre de façon linéaire. On peut sauter des chapitres. C’est ce que j’ai fait pour me concentrer, entre autres, sur le rôle des blagues racistes et sur ce que l’auteur appelle le racisme bienveillant.

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Béchard explique comment il a grandi dans un environnement où on lui a appris à rire des autres cultures.

Il écrit que «les blagues, aussi insignifiantes qu’elles puissent paraître, influencent nos perceptions dès le début de notre développement et peuvent avoir des implications profondes sur la valeur que nous accordons à la vie des autres».

Ce Noir-là…

Des blagues racistes au racisme bienveillant, il n’y a qu’un pas allègrement franchi. Lorsqu’un Blanc dit que ce Noir-là est un bon travailleur, on entend moins ce qui est affirmé que ce qui est sous-entendu sur la vaste majorité des autres Noirs.

Le language, écrit Béchard, est bien plus que des définitions dans le dictionnaire. Il est fait d’intonations, d’inflexions, de pauses, de gestes et de cadences qui peuvent faire écho à quelque chose de dégoûtant, de méprisable, de dangereux. «Autrement dit, une personne Blanche peut proférer une insulte raciste sans même avoir à la prononcer.»

Deux ensembles de codes

L’auteur souligne qu’en entendant les Blancs parler et en voyant leur méfiance à l’égard des Noirs, il a «assimilé deux ensembles de codes pour interpréter les émotions humaines: un pour les Blancs et un autre pour les Noirs – fondés, il va sans dire, sur les interprétations des Blancs».

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Qu’il s’agisse de la violence du langage, du racisme «bienveillant», des fantasmes de supériorité et de victimisation, de représentation et d’appropriation culturelle, Deni Ellis Béchard livre un portrait sensible et sans détour de ses expériences liées au racisme envers les personnes noires et les Autochtones.

En finir avec l’aveuglement

Il espère «qu’en remettant en question les fictions sur lesquelles repose la Blanchité et en parlant franchement de la façon dont le racisme façonne nos esprits, nous pourrons en finir avec notre aveuglement et commencer à nous engager dans les solutions juridiques et matérielles nécessaires à la construction d’une société juste et équitable».

Un essai puissant, pour sortir de notre aveuglement collectif et combattre le racisme ancré en nous-mêmes.

Auteurs

  • Paul-François Sylvestre

    Chroniqueur livres, histoire, arts, culture, voyages, actualité. Auteur d'une trentaine de romans et d’essais souvent en lien avec l’histoire de l’Ontario français. Son site jaipourmonlire.ca offre régulièrement des comptes rendus de livres de langue française.

  • l-express.ca

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