La Maison garde le cap malgré les eaux troubles

La Maison garde le cap malgré les eaux troubles
Des représentantes de La Maison avec des partenaires du réseau TN-GBVS, lors d'une rencontre consacrée au logement des survivantes de violence. Photos: courtoisie
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Publié 05/10/2026 par Hamza Ziad

Deux inondations, des séjours qui s’étirent, des demandes qui débordent: la Maison d’hébergement pour femmes francophones de Toronto a traversé une année à contre-courant. Sa porte, elle, n’a jamais fermé.

C’est le jour même de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, le 30 septembre, que l’organisme a tenu en ligne sa 17e assemblée générale annuelle.

Le thème retenu, Résilience et fidélité, tenait moins du slogan que du constat. La présidente du conseil d’administration, Hélène Bever, l’a rappelé d’emblée. «Au-delà d’un bâtiment, La Maison est avant tout une mission, une équipe et un lieu de sécurité et d’espoir pour les femmes et les enfants.»

La fidélité, elle, avait deux visages: ceux d’Adama et de Dina. L’assemblée a salué ces deux piliers de l’équipe, qui cumulent chacune plus d’une décennie de service.

Quatre lits de plus

Première éclaircie: depuis octobre 2025, La Maison compte 24 lits, contre 20 auparavant. Ce gain découle d’un financement accru du ministère des Services à l’enfance et des Services sociaux et communautaires.

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Mais un lit ne suffit pas à reconstruire une vie. Le programme d’appui transitoire a ainsi réalisé 5 488 interactions auprès de résidentes et d’anciennes résidentes.

De son côté, le programme Enfants-témoins s’adresse aux mères et aux enfants victimes de violence conjugale ou familiale. Il leur offre un espace sécuritaire pour s’exprimer et retisser leurs liens. Deux cohortes ont ainsi réuni 16 personnes.

Le projet Éveil francophone s’attaque, en outre, aux stéréotypes pour favoriser l’autonomie des femmes et des jeunes. Pari tenu: il a rejoint 56 personnes, soit plus du double de la cible fixée.

Financé par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), le programme De l’immigration vers l’intégration (DIVI) a accompagné 160 femmes immigrantes et réfugiées.

La Maison garde le cap malgré les eaux troubles
Des représentantes de La Maison à leur kiosque, lors de la Journée des nouveaux arrivants de Toronto.

Un toit qui se fait attendre

Reste un goulot d’étranglement: le logement. En 2025-2026, La Maison a hébergé 44 personnes, soit 23 femmes et 21 enfants. Elle a toutefois dû refuser 38 demandes faute de place, précise Prescilla Magne, coordinatrice du programme DIVI.

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Prescilla Magne
Prescilla Magne.

Sans logis où rebondir, les séjours se prolongent: leur durée moyenne a bondi de 190 à 268 jours en un an. «La pénurie de logements abordables et l’augmentation du coût des loyers rendent la recherche d’un logement stable particulièrement difficile», explique-t-elle.

Or, l’attente n’est jamais neutre. Selon elle, l’incertitude et le manque de perspectives peuvent freiner la capacité des femmes à se projeter dans l’avenir.

Les situations, elles aussi, se complexifient. La directrice générale Wilhelmine Babua observe l’arrivée «de plus en plus de cas lourds» qui exigent davantage de soutien médical et psychologique. Les services en français, eux, demeurent insuffisants.

Pour 2026-2027, La Maison veut d’abord accroître son nombre de places. Ses 24 lits ne suffisent pas à répondre aux besoins de la communauté francophone, souligne la coordinatrice. L’organisme mise aussi sur des soins de santé mentale adaptés aux réalités linguistiques et culturelles des femmes. Pour y parvenir, il réclame des «financements stables et pérennes».

En toile de fond, l’Ontario Association of Interval and Transition Houses (OAITH) recense les féminicides dans la province. Entre le 26 novembre 2025 et la fin juillet 2026, elle en a dénombré 25 cas confirmés.

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Un atelier du programme DIVI, qui accompagne les femmes francophones immigrantes et réfugiées dans leur parcours d’intégration.

Une nuit de février sous les eaux

Aux défis du quotidien s’est ajouté un coup du sort. Le 10 février 2026, une conduite reliée au système de gicleurs a cédé. En quelques minutes, l’eau avait envahi le sous-sol. C’était déjà le deuxième dégât d’eau en huit mois, après celui de juin 2025.

«Nous n’avons pas eu à reloger les familles, puisque les espaces d’hébergement n’ont pas été touchés par les inondations», assure Prescilla Magne. «Les chambres, la cuisine et les bureaux, situés aux étages supérieurs, sont demeurés accessibles et nous avons ainsi pu maintenir notre capacité d’accueil.»

En revanche, les espaces communs ont payé le prix fort. La salle sensorielle des enfants et les casiers des résidentes ont notamment subi des pertes. Les travaux, aujourd’hui achevés, ont également perturbé une partie de la programmation.

Dans la tourmente, la communauté a répondu présente: des bénévoles ont prêté main-forte pour trier et évacuer le matériel endommagé. La présidente d’assemblée, Dada Gasirabo, ex-DG d’Oasis Centre des femmes, l’a résumé d’un proverbe. «En Afrique, on dit toujours qu’on reconnaît l’ami dans le malheur.»

femmes
L’événement Femmes en force, organisé par La Maison en avril. Photo: archives l-express.ca

Des finances à l’équilibre, sur le fil

Côté finances, l’exercice tient du numéro d’équilibriste. Avec l’échéance de certains programmes, les revenus ont reculé de 2,6 à 2,1 millions $. Les dépenses ont, elles aussi, suivi la même pente. Résultat: un surplus de… 14 $.

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Les deux sinistres ont néanmoins laissé leur empreinte dans les comptes. Le poste entretien et réparations a ainsi atteint quelque 90 000 $. À la clôture, l’organisme avait aussi un engagement contractuel de 155 138 $ pour des rénovations.

Par ailleurs, sur douze mois, la trésorerie a fléchi d’environ 62 000 $, sous l’effet des activités de fonctionnement et d’investissement.

Au bilan, l’actif total s’élève à 3,8 millions $, pour un passif à court terme d’environ 233 000 $. L’actif net se maintient à quelque 958 000 $. De quoi garder, pour l’heure, la tête hors de l’eau.

Nouveau conseil d’administration

Le nouveau conseil d’administration de La Maison compte six membres. Hélène Bever demeure à la présidence.

Aissa Nauthoo occupe la vice-présidence, Oureye Seck la trésorerie, et Magali Mahillet le secrétariat. Julienne Kotto et Sandrine Tchatchou complètent l’équipe à titre d’administratrices.

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