Traduction enquébécoisée d’un roman de Kerouac

Jack Kerouac, Visions de Gérard
Jack Kerouac, Visions de Gérard, roman traduit de l’anglais en québécois par Maxime Catellier, Montréal, Éditions du Boréal, 2026, 184 pages, 24,95 $.
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Publié 21/10/2026 par Paul-François Sylvestre

En 1963, Jack Kerouac a livré l’expression la plus achevée de son message poétique et métaphysique en publiant Visions of Gerard. Pourquoi en parler quelque soixante ans plus tard? Parce que Maxime Catellier nous offre aujourd’hui une traduction en langue québécoise.

Jack Kerouac, Né en 1922 à Lowell, dans le Massachusetts, au sein d’une famille franco-américaine, Jack Kerouac est considéré comme l’un des auteurs américains les plus importants du XXe siècle.

Son œuvre la plus connue, Sur la route (On The Road, 1957), est l’un des romans fondateurs de ce que Kerouac nomma lui-même la Beat Generation.

Kerouac enfant

Visions de Gérard relate les impressions de Kerouac alors qu’il était enfant, et en particulier le choc qu’il a ressenti lors de la mort tragique de son frère aîné, Gérard, âgé de 9 ans.

L’auteur le présente comme un saint, comme un ange gardien qui aime chaque créature et enseigne sa doctrine au petit Jack, alors âgé de 4 ans. L’action se déroule à Lowell, Massachussetts.

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Nouvelle traduction nécessaire

Visions of Gerard a été traduit de l’anglais par Jean Autret et a paru aux Éditions Gallimard en 1972.

Dans un long avant-propos, Maxime Catellier explique pourquoi une nouvelle traduction s’imposait: «Visions de Gérard n’est pas un livre écrit en anglais et parsemé de bribes de joual. C’est un livre dont les images, le souffle, l’ambiance, les odeurs sont franco-américaines. Kerouac a ensuite dû le traduire dans sa tête pour pouvoir l’écrire en anglais.»

Maxime Catellier redonne une saveur et une cadence que Jean Autret n’avait pas su véhiculer. Il ajoute que Jack Kerouac a tenté «d’écrire dans son parler natal, une langue purement orale, tout entière apprise dans la cabane de Mémère». C’est ce que nous entendons tout au long de Visions de Gérard.

Je n’ai pas lu la traduction de Jean Autret, mais j’imagine qu’on n’y trouve pas ces expressions qui émaillent le texte ressuscité par Maxime Catellier: «Je m’en sacre. Va chier mon tabarnac! Heille, toé! Ah, et tu as touché à se petite guédigne? moi je crisse mon camp, astheure, enweille.»

Religion

Catellier rehausse aussi le sentiment religieux très présent dans l’enfance de Kerouac. On y lit que le cœur de Gérard sous son petit gilet est «aussi gros que le Sacré-Cœur saignant plein d’épines qu’on voit partout dans les humbles foyers du Lowell canadien-français».

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Plus loin, Kerouac écrit ce que sa mère aimait bien lancer: «Je te le dis, Gérard, tu vas finir prêtre!» Il est aussi question de confessionnal où «ce serait un gros péché d’y cacher un péché comme ça».

Les enfants de chœur répondent amen, ainsi soit-il, sans trop savoir ce que cela veut dire. C’était «une espèce de mot de passe mystique que le prêtre invoquait sur l’autel». Quand au Je vous salue Marie, il se prononce avec une «innocente et pourtant pure clarté intrinsèque».

Rugosité de la langue

Cette traduction enquébécoisée retrouve avec brio la rugosité de la langue qui résonnait depuis l’enfance dans la tête de Kerouac lorsqu’à trente-quatre ans il décrivit en dix jours, la nuit sur une table de cuisine, l’agonie de son frère de neuf ans quand lui en avait quatre.

Auteurs

  • Paul-François Sylvestre

    Chroniqueur livres, histoire, arts, culture, voyages, actualité. Auteur d'une trentaine de romans et d’essais souvent en lien avec l’histoire de l’Ontario français. Son site jaipourmonlire.ca offre régulièrement des comptes rendus de livres de langue française.

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