Décès de la passionnée de théâtre Jeanne Sabourin

Jeanne Sabourin
Jeanne Sabourin en 2011. Photos: archives l-express.ca
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Publié 24/06/2026 par François Bergeron

Responsable du Bureau franco-ontarien du Conseil des arts de l’Ontario de 1980 à 1995, Jeanne Sabourin est décédée ce lundi 22 juin à Toronto à l’âge de 95 ans.

L’ancienne enseignante et comédienne d’Ottawa, puis de Toronto, co-fondatrice de l’organisme provincial Théâtre Action, était atteinte de la maladie d’Alzheimer depuis plusieurs années, avec un déclin marqué depuis la covid et ses mois de confinements.

Elle laisse dans le deuil ses filles Julie (Paul Champigny) et Claire (Art Niemi), son fils François et quatre petits-enfants: Alexandre et Caroline Champigny, Nicholas et Lucas Strezos. Elle a eu deux frères, François et Guy, ce dernier vivant encore à Ottawa. Son mari Henri Sabourin, qu’elle avait épousé en 1957, est décédé en 2000.

Depuis 13 ans, elle était assistée par une dame de compagnie à temps partiel, Cindy Maguire, «qui fait partie de la famille aujourd’hui», assure Julie Sabourin.

Elle avait de nombreux amis et admirateurs, surtout dans la communauté artistique franco-ontarienne.

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Jeanne Sabourin
Gilles Provost, fondateur du Théâtre de l’Île à Ottawa, avec Jeanne Sabourin. Photo: courtoisie Julie Sabourin

«Rassembleuse hors pair»

«Jeanne Sabourin a occupé une place fondamentale dans l’histoire de Théâtre Action et du théâtre franco-ontarien», commente Benoît Roy, directeur général de Théâtre Action.
«Cofondatrice de Théâtre Action lors de son incorporation en 1974 et première présidente de l’organisme, elle a contribué à jeter les bases d’un regroupement qui demeure aujourd’hui un acteur essentiel du développement et du rayonnement du théâtre de langue française en Ontario.»
«Comédienne, administratrice culturelle et rassembleuse hors pair, Jeanne Sabourin a joué un rôle déterminant dans la professionnalisation du secteur culturel franco-ontarien et dans la création des conditions permettant aux artistes et aux organismes de s’épanouir. Plusieurs la considéraient comme une alliée indéfectible et une véritable avocate des artistes.»
«Son engagement a largement dépassé le milieu théâtral», poursuit Benoît Roy. «Par son leadership, sa vision et sa générosité, elle a contribué à bâtir plusieurs des institutions culturelles et communautaires qui soutiennent encore aujourd’hui la vitalité de la francophonie ontarienne.»
«Son héritage continuera d’inspirer les générations actuelles et futures d’artistes et de bâtisseurs.» Depuis 10 ans, deux prix décernés par Théâtre Action portent son nom.
Jeanne Sabourin
Jeanne Sabourin. Photo: Julie Sabourin

Une empreinte durable

«J’ai eu le privilège de travailler avec Jeanne Sabourin alors qu’elle dirigeait le département franco-ontarien du Conseil des arts de l’Ontario», indique Martine Rheault, qui a aussi géré la Galerie Glendon.

«Son intelligence, son dévouement, son humanité et son ouverture ont largement contribué à l’essor de nombreux artistes et organismes artistiques de toutes disciplines à l’échelle provinciale.»

«Au-delà de ses grandes compétences professionnelles, je me souviendrai surtout de sa bienveillance, de son écoute et du respect qu’elle témoignait à chacun. Elle a laissé une empreinte durable dans la vie de nombreuses personnes, dont la mienne.»

Jeanne Sabourin
Jeanne Sabourin adolescente et plus tard. Photos: courtoisie Julie Sabourin

Sur scène et en coulisses

Notre chroniqueur Paul-François Sylvestre rappelle que «Jeanne Sabourin a laissé sa marque dès 1967 en jouant un rôle clef au sein du Comité franco-ontarien d’enquête culturelle, qui a étudié pour la première fois la vitalité de chaque discipline artistique en Ontario français (Rapport Saint-Denis, 1969).»

«Je l’ai connu lorsque j’étais rédacteur en chef de la revue Liaison, et j’ai pu constater à quel point elle a donné un essor aux arts de la scène, notamment en créant le Contact ontarois.»

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«Je l’ai évidemment applaudie dans les divers rôles qu’elle a interprétés au Théâtre français de Toronto. Sa présence sur scène faisait toujours écho à sa grande force de caractère et à sa quête constante d’excellence.»

Car Jeanne Sabourin a toujours été passionnée de théâtre: sur scène, en tant qu’enseignante et en tant que gestionnaire. Elle a aussi joué dans le film The Sweet Hereafter d’Atom Egoyan (1997).

Jeanne Sabourin
Jeanne Sabourin recevant une «Trille de platine» de la FARFO des mains du président Marc Ryan et de la directrice Marcelle Jomphe. Probablement en 1995 ou un peu après. Photo: archives l-express.ca

«Visionnaire»

Pour John Van Burek, directeur artistique pendant 20 ans du Théâtre du P’tit Bonheur, rebaptisé Théâtre français de Toronto, «Jeanne a eu une énorme influence sur la vie franco-ontarienne. Surtout par le biais de la culture. My kind of gal.»

«Elle a été une des premières personnes que j’ai rencontrée, au moment où je voulais faire du TfT un théâtre permanent, professionnel, et intégral à l’ensemble du théâtre à Toronto. Jeanne a toujours eu le même sentiment.»

«En plus d’être visionnaire dédiée et grande administratrice des arts, elle était comédienne. J’ai toujours été très fière de l’avoir embarquée dans ma production de Albertine en Cinq Temps, une des plus belles pièces de Michel Tremblay. Jeanne n’était pas moins que magnifique dans le rôle d’Albertine à soixante ans.»

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«Elle a fait son boutte. Maintenant c’est à nous autres de continuer.»

Jeanne Sabourin
Jeanne Sabourin a reçu le prix Jean-Baptiste-Rousseaux de la Société d’histoire de Toronto en 2005. À g. la présidente de la SHT, Rolande Smith. Photo: SHT

Hawkesbury, Ottawa, Toronto

Née à Ottawa d’une famille originaire de Hawkesbury, où elle retournait souvent avec bonheur, Jeanne Sabourin «est de la génération des Franco-Ontariennes qui s’est battue pour les écoles françaises, les arts et la culture, ainsi que le droit des femmes», racontent Julie et François Sabourin à l-express.ca.

«Son père Polydore Berthiaume a été enseignant et avocat. Il insistait beaucoup sur l’importance du français.»

Enseignante d’éducation physique et de français, elle a aussi enseigné l’art dramatique à l’école secondaire Champlain. Co-fondatrice de L’Atelier, une troupe de théâtre pour enfants, elle a joué au Théâtre de l’Île. Elle a enseigné à l’Université d’Ottawa, dont elle a dirigé le Centre des femmes, avant de s’installer à Toronto en 1980.

Après sa retraite obligatoire du Conseil des arts de l’Ontario à 65 ans, elle a continué de s’impliquer dans une foule d’activités et d’organisations culturelles: Théâtre du Nouvel Ontario, Théâtre français de Toronto, Théâtre La Tangente, Salon du livre de Toronto, Centre francophone de Toronto, Centres d’accueil Héritage…

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Elle s’est mise au pilates deux fois par semaine.

En 2011, alors qu’elle avait été honorée par le Salon du livre, Julie et François Sabourin avaient retenu leur souffle quand leur mère, qui avait reçu son diagnostic d’Alzheimer trois ans plus tôt, avait pris le micro. «Mais elle a remercié les organisateurs du Salon et le public avec aisance et éloquence.»

«Le véritable déclin s’est fait sentir avec la covid en 2020. Pendant six ou sept mois, nous pouvions la voir, mais pas la toucher…»

Jeanne Sabourin
Jeanne Sabourin honorée au Salon du livre de Toronto, en 2011, par Guy Mignault, Valéry Vlad et Paul Savoie. Photo: archives l-express.ca

Célébrations de vie

La famille promet des célébrations de la vie de Jeanne Sabourin à Toronto et à Hawkesbury à des dates encore indéterminées.

Auteurs

  • François Bergeron

    Rédacteur en chef de l-express.ca. Plus de 40 ans d'expérience en journalisme et en édition de médias papier et numériques, en français et en anglais. Formation en sciences-politiques. Intéressé à toute l'actualité et aux grands enjeux modernes.

  • l-express.ca

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