Deux escales à Toronto pour les États généraux de l’Ontario français

États généraux de l’Ontario français, AFO
Une cinquantaine de personnes ont pris part à la rencontre régionale du 14 mai à l’Université de l’Ontario français. Photos: Hamza Ziad, l-express.ca.
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Publié 18/05/2026 par Hamza Ziad

«Toronto est la seule ville où nous avons tenu deux consultations plutôt qu’une seule, parce qu’il s’agit d’une grande communauté et que nous voulions entendre l’ensemble des voix francophones», souligne Peter Hominuk, directeur général de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), dans le cadre des États généraux de l’Ontario français.

Avant Toronto, les consultations régionales avaient notamment fait escale à York, Windsor, London, Mississauga, Cornwall, Hawkesbury, Kingston et Hamilton afin de recueillir les différentes réalités de la francophonie ontarienne.

Estelle Duchon, PDG du Centre francophone du Grand Toronto (CFGT), explique à l-express.ca que l’organisme a recommandé la tenue de deux rencontres distinctes, les 14 et 15 mai, afin de favoriser une participation plus large, entre les personnes disponibles en journée et celles pouvant prendre part aux échanges en soirée.

Selon Peter Hominuk, ces échanges alimenteront un «livre blanc» regroupant recommandations, prises de position et pistes d’action qui seront présentées lors du prochain congrès de l’AFO. «L’intention du congrès est de faire émerger un nouveau plan d’action communautaire, porté par une vision sur 25 ans et un plan de mise en œuvre sur trois à cinq ans», explique-t-il à l-express.ca.

États généraux de l’Ontario français, AFO
Des groupes de travail ont permis aux participantes et participants d’échanger sur les grands enjeux de la francophonie ontarienne.

Des données préoccupantes

Le poids démographique des francophones en Ontario est passé de 5,5% en 1991 à 4,6% en 2021, malgré une hausse de leur nombre absolu dans la province.

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Les projections indiquent également que l’accroissement naturel ne suffira pas à maintenir cet équilibre démographique. Entre 2025 et 2050, environ 153 000 naissances sont attendues chez les francophones de l’Ontario, contre près de 224 000 décès, une donnée qui a provoqué un silence presque religieux dans la salle.

«Le 4,6% atteint déjà un chiffre inquiétant. Si on descend sous la barre des 4,5%, ou vers 4%, ce serait encore plus pénible pour la francophonie ontarienne», affirme Peter Hominuk.

Les discussions ont également porté sur la transmission du français entre générations.

• Selon les données de l’AFO, lorsque les deux parents sont francophones, le taux de transmission du français avoisine les 100%.

• Lorsque la mère est francophone et le père anglophone, ce taux varie entre 70% et 80%.

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• À l’inverse, lorsque le père est francophone et la mère anglophone, il peut chuter autour de 30%, selon les régions.

«Les gars, il va falloir qu’on fasse plus d’efforts collectivement pour rectifier la trajectoire», a lancé Peter Hominuk.

La fatigue des luttes répétées

«Nous sommes encore très invisibilisés et insuffisamment pris en compte par le gouvernement de l’Ontario. Chaque avancée obtenue par les francophones résulte d’un rapport de force et de longues luttes menées par les Franco-Ontariens», affirme Jean-Claude N’da, président de l’Association des communautés francophones de l’Ontario à Toronto (ACFO Toronto).

ACFO-Toronto, Réseau en immigration
Jean-Claude N’da.

Selon lui, le poids démographique francophone devrait pourtant se traduire par une reconnaissance institutionnelle beaucoup plus tangible. «Nous sommes plus de 600 000 francophones en Ontario. Cela devrait naturellement se refléter dans les décisions gouvernementales et dans l’accès aux services», explique-t-il.

Le Livre vert des États généraux évoque même un bassin pouvant atteindre près de 795 760 Franco-Ontariens lorsqu’on inclut les personnes ayant un lien concret avec le français en Ontario, notamment les familles exogames et les personnes immigrantes francophones.

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Jean-Claude N’da estime également que les services en français demeurent encore trop souvent perçus comme des revendications à défendre plutôt que comme des droits pleinement acquis. «À ce jour, le soutien demeure peu perceptible. On a constamment l’impression qu’il faut se battre pour obtenir des services.»

Une synergie encore fragile

Le manque de synergie entre organismes francophones est revenu à plusieurs reprises dans les groupes de travail réunissant les participantes et participants torontois. Plusieurs personnes ont soulevé une collaboration jugée insuffisante entre certaines institutions, particulièrement dans les secteurs des services sociaux et de l’employabilité.

Des intervenants ont également évoqué des dédoublements de services entre organismes francophones, estimant que cette fragmentation limite l’impact collectif sur le terrain.

Le Livre vert souligne d’ailleurs que 39% des répondants disent ne pas bien connaître les organismes chargés de faire vivre la francophonie dans leur région. Ce constat alimente les préoccupations liées à la dispersion des services et au manque de coordination.

Un participant a notamment cité un exemple survenu au mois de février: le Collège Boréal et l’Université de l’Ontario français (UOF) ont tenu deux foires d’emploi distinctes le même jour, alors qu’une initiative commune aurait permis de rejoindre davantage d’employeurs et de membres du public francophone.

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Pour sa part, Jean-Claude N’da estime que la compétition entourant le financement des organismes francophones contribue à accentuer certaines divisions au sein du milieu communautaire. Il invite ainsi les organismes à mieux coordonner leurs activités, notamment en partageant davantage leurs calendriers et leurs initiatives, afin d’éviter les doublons et de favoriser les collaborations.

États généraux de l’Ontario français, AFO
Les membres du personnel de l’AFO ont encadré les discussions tenues lors des groupes de travail.

Sauter sur l’occasion avant 2028

Peter Hominuk souligne que les consultations surviennent à un moment stratégique pour les communautés francophones, alors que l’actuel Plan d’action fédéral sur les langues officielles doit prendre fin en mars 2028.

Selon lui, le gouvernement fédéral amorcera dès la fin de l’été 2026 une vaste phase de consultations publiques afin d’évaluer le plan actuel et de préparer la prochaine mouture prévue pour le début de 2028.

«Notre rapport sera publié en plein milieu du processus d’évaluation du Plan d’action. Le moment est donc crucial: si les communautés souhaitent davantage d’investissements, ou encore une meilleure répartition des ressources dans différentes régions, c’est maintenant qu’il faut le faire entendre», affirme-t-il.

Peter Hominuk rappelle également que cette fenêtre de consultation représente une occasion déterminante pour les communautés francophones. «Si nous manquons l’échéance de 2028, il faudra ensuite attendre jusqu’en 2033.»

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