Femmes noires francophones: entre triple richesse et triple marginalisation?

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Panélistes de la clôture du Mois de la femme – Akwaba Community. Capture d'écran: Hamza Ziad, l-express.ca
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Publié 10/04/2026 par Hamza Ziad

«Être femme francophone et afrodescendante peut être perçu soit comme une triple richesse, soit comme une triple marginalisation: tout dépend du regard que l’on porte sur cette réalité», a affirmé Eunice Emmanuella Wonegou, cofondatrice de The Empowered Readers Circle (TERC), lors de l’événement de clôture du Mois de la femme organisé en ligne par Akwaba Community le 31 mars.

Cette perception influe directement sur les trajectoires professionnelles et l’accès aux opportunités. Elle souligne que des contraintes apparentes peuvent être requalifiées en leviers, à l’image d’un barrage hydroélectrique, qui permet de canaliser et de valoriser une ressource.

Elle mentionne également les subventions qu’elle a obtenues, majoritairement destinées aux femmes noires, comme indication de mécanismes de soutien existants. «Les ressources sont là, encore faut-il les identifier et les saisir», précise-t-elle.

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Eunice Emmanuella Wonegou.

Konan Didier Koffi, président d’Akwaba Community, rappelle à l-express.ca que «le Mois de la femme est un moment essentiel pour célébrer les contributions des femmes, notamment au sein des communautés noires».

L’initiative vise également «à renforcer notre engagement collectif à bâtir des ponts durables entre les talents, les cultures et les opportunités, ici au Canada et avec l’Afrique», en mettant en valeur le rôle des femmes dans ces dynamiques.

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Akwaba Community est une organisation canadienne à but non lucratif, basée à Mississauga, «qui se consacre au soutien des membres de la communauté francophone d’Afrique au Canada».

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Konan Didier Koffi.

S’affirmer pour mieux avancer

«Pour les femmes nouvellement arrivées, il faut se concentrer sur ses forces tout en travaillant ses faiblesses», explique Eunice Emmanuella Wonegou. Son parcours en témoigne. Elle a dû faire face à des défis linguistiques en anglais, qu’elle a progressivement surmontés. Cette progression repose sur une reconnaissance claire de sa valeur ajoutée, tout en poursuivant ses efforts d’amélioration.

«Il est essentiel de s’entourer de personnes positives et inspirantes», ajoute-t-elle. L’environnement social constitue ainsi un facteur déterminant. Les discours décourageants, notamment ceux remettant en cause la capacité des francophones à réussir, peuvent freiner l’intégration, souligne-t-elle. À l’inverse, un entourage stimulant favorise la confiance et renforce l’engagement.

De son côté, Catherine Difoum Nkongo appelle à un changement de posture. Elle invite les femmes noires à s’affirmer pleinement et à assumer leur légitimité. «Il ne s’agit plus de subir, mais de se positionner, d’oser et de transformer les obstacles en opportunités concrètes», affirme-t-elle.

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Catherine Difoum Nkongo.

Déconstruire les représentations limitantes

Sandra Dibo-Amany, conseillère académique à l’Université de l’Ontario français (UOF), met en lumière l’impact des représentations culturelles sur le positionnement des femmes. Elle appelle à déconstruire certains proverbes et discours ancrés dans les imaginaires collectifs, tels que «Sois belle et tais-toi» ou «Derrière chaque grand homme, il y a une femme».

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«Ces références influencent encore les comportements et les ambitions», dit-elle.

Selon elle, il est essentiel de redéfinir ces cadres pour permettre aux femmes de se projeter autrement dans l’espace public et professionnel.

Cette remise en question passe par une prise de parole assumée et une affirmation de soi. Elle insiste sur le fait que la place des femmes ne doit plus être pensée en retrait, mais comme pleinement légitime dans les sphères décisionnelles et économiques.

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Sandra Dibo-Amany.

S’imposer dans tous les secteurs

Narjiss Lazrak, présidente du conseil d’administration de l’Association des francophones de la région de York (AFRY), rappelle que les femmes ont leur place dans l’ensemble des secteurs d’activité.

Elle prend l’exemple du domaine de l’immobilier, jadis perçu comme un milieu majoritairement masculin. «Aujourd’hui, de nombreuses femmes y réussissent et démontrent leurs compétences», indique-t-elle.

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Cette évolution témoigne, selon elle, d’un changement progressif des mentalités, ainsi que de la nécessité de renforcer la confiance en ses capacités. Elle insiste sur l’importance de ne pas se sous-estimer et de saisir les opportunités lorsqu’elles se présentent.

La confiance en soi constitue un levier déterminant pour accéder à des environnements professionnels variés et y construire une trajectoire durable.

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Narjiss Lazrak.

Renforcer les passerelles entre le Canada et l’Afrique

Konan Didier Koffi fait le point sur les priorités actuelles de Akwaba Community. L’organisme poursuit le déploiement de son «Hub du Canada», avec une présence renforcée à Abidjan, dans une logique de connexion entre les écosystèmes africains et canadiens. «Le Hub du Canada continue de se structurer, notamment avec une implantation à Abidjan», précise-t-il.

En parallèle, les équipes avancent sur la préparation du Salon Afrique-Canada Immigration et Investissement (SACII) 2026, un rendez-vous appelé à mobiliser les acteurs économiques et communautaires. «Une attention particulière sera portée à l’immigration francophone, à l’investissement et à l’entrepreneuriat», ajoute-t-il.

«Ces initiatives visent à renforcer les collaborations, à accompagner les talents et à développer des passerelles durables entre les territoires.»

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