Girls and Connect: briser l’isolement des femmes francophones

Girls and Connect, femmes
Des participantes à une activité de Girls and Connect. Photos: courtoisie
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Publié 16/03/2026 par Hamza Ziad

«J’ai vécu une période difficile durant ma grossesse, en pleine pandémie de covid. Je me suis dit: si je ne crée pas ma propre famille ici, comment je vais faire?», confie Chauna Molossa, fondatrice de Girls and Connect.

De cette expérience personnelle est née, en 2024, l’initiative destinée à rassembler les femmes francophones autour d’activités sociales, culturelles et de bien-être afin de briser l’isolement.

Le projet propose un espace de rencontres favorisant l’entraide et la création de liens au sein de la communauté. Selon sa fondatrice, plusieurs organismes exigent de remplir des formulaires, d’obtenir un statut de membre ou d’attendre un appel de confirmation, des étapes susceptibles de freiner la participation.

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Chauna Molossa.

Elle souligne vouloir offrir une approche simple, directe et accessible. «Je veux que les femmes puissent voir l’événement en ligne et y participer immédiatement, sans démarches compliquées», explique-t-elle à l-express.ca.

Des femmes, des parcours, un espace

Girls and Connect propose une gamme d’activités allant d’événements sociaux et de divertissement à des initiatives axées sur le bien-être, ainsi qu’à des rencontres professionnelles ou corporatives. Cette diversité vise à ne pas cantonner l’organisme à un seul registre et à rejoindre des femmes aux profils variés.

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La tranche d’âge des participantes se situe généralement entre 20 et 50 ans, mais certaines sont plus âgées. «Nous avons aussi accueilli des femmes de plus de 50 ans», souligne Chauna Molossa.

La diversité se reflète également dans les parcours, réunissant des entrepreneures, des salariées et des chercheuses d’emploi. «Il arrive qu’une femme installée ici depuis 15 ans côtoie une autre arrivée depuis seulement deux semaines», précise la fondatrice, évoquant la rencontre d’expériences d’immigration très différentes.

Au lancement du projet, un événement était organisé chaque mois; en 2026, le rythme est passé à deux ou trois rencontres mensuelles. «Depuis sa création, près de 1 500 femmes ont participé aux activités proposées», indique Chauna Molossa.

Girls and Connect, femmes
Des participantes à une activité de Girls and Connect.

De Toronto vers l’Ontario

«Au début, quand j’ai présenté mon projet, les banques et les investisseurs avaient besoin de preuves que ça allait marcher», confie Chauna Molossa. Comme pour de nombreuses initiatives émergentes, l’accès au financement a constitué un défi majeur, particulièrement lors de la phase de lancement, lorsque la viabilité du projet demeure incertaine.

Le manque de ressources humaines représente également un obstacle pour son organisme. Celui-ci ne compte qu’une seule employée à temps partiel, en plus d’une base de bénévoles issue de collaborations avec des organismes francophones, notamment le Centre francophone du Grand Toronto (CFGT), Impact ON et la Société économique de l’Ontario (SÉO).

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La fondatrice assure elle-même la gestion des événements, du site web et des réseaux sociaux, entre autres responsabilités. En 2026, l’initiative a toutefois obtenu sa première subvention pour soutenir son développement.

À moyen terme, l’organisme souhaite étendre ses activités à d’autres régions de l’Ontario, notamment à Whitby, Oshawa, puis à Ottawa. À plus long terme, Chauna Molossa ambitionne de faire de l’organisation une référence à l’échelle nationale, tout en préservant le caractère accessible qui constitue, selon elle, l’un de ses principaux atouts.

Ne laisser personne de côté

Dans une entrevue accordée à l-express.ca, Anne-Marie Gagné, doctorante en philosophie spécialisée en études féministes à l’Université d’Ottawa, souligne que la notion d’empowerment (empouvoirement ou autonomisation) devrait être pensée de manière véritablement inclusive.

Oasis Centre des femmes
Anne-Marie Gagné.

Selon elle, les initiatives destinées aux femmes ne devraient pas bénéficier uniquement à celles déjà établies socialement, mais aussi à celles confrontées à la précarité, au racisme ou à des obstacles liés à l’immigration.

Elle met en garde contre un féminisme qu’elle qualifie de «blanc ou bourgeois», susceptible d’exclure des réalités pourtant centrales pour de nombreuses femmes.

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Pour la chercheuse, un empouvoirement authentique doit s’inscrire dans une perspective intersectionnelle intégrant les luttes sociales et antiracistes afin de refléter la diversité des expériences féminines.

Une transmission essentielle

La solidarité entre femmes francophones demeure un enjeu central, estime Dada Gasirabo, ex-directrice générale d’Oasis Centre des femmes.

Elle rappelle le rôle déterminant joué par des femmes franco-ontariennes déjà établies dans l’accueil et l’accompagnement des nouvelles arrivantes. «Il y avait des femmes franco-ontariennes qui se battaient depuis longtemps et qui nous ont beaucoup soutenues», souligne-t-elle.

Selon elle, cet appui a permis à d’autres femmes de trouver leur place et de faire entendre leurs propres préoccupations. Elle insiste sur une solidarité fondée sur l’entraide plutôt que sur la concurrence. «Des femmes féministes m’ont tendu la main quand je venais d’arriver, et je ne suis pas prête à l’oublier», confie-t-elle.

Elle considère par ailleurs que des initiatives comme Girls and Connect constituent des démarches positives et estime qu’elles devraient être multipliées par d’autres femmes soucieuses de la situation des femmes franco-ontariennes.

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