Entre salaire et entrepreneuriat, où se trouve l’indépendance?

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Wafa Oubella, Yéléna Mensah, Lina Ludmilla Ravelojaona, Alexia Kitoko et Elyikah Doumbé: le panel réuni par Point Ancrage Jeunesse au Collège Boréal à Toronto. Photos: Hamza Ziad, l-express.ca
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Publié 04/03/2026 par Hamza Ziad

«Une semaine avant la fin de mon PVT, on m’a appelée pour m’annoncer que ma demande de résidence permanente avait été refusée», raconte Yéléna Mensah, fondatrice et directrice générale de Tote and Paint. «L’entreprise m’a dit qu’elle ne pouvait rien faire pour moi.»

En quelques instants, son horizon professionnel s’assombrit. Alors qu’elle envisageait la continuité, la décision administrative entraîne la fin de son contrat et la laisse sans emploi. «Je me suis retrouvée sans travail. Ce fut un choc», confie-t-elle.

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Yéléna Mensah.

Cette situation illustre plus largement la réalité du marché du travail canadien, où nul salarié n’est à l’abri d’un licenciement, indépendamment de son engagement ou de ses performances.

«Ici, la sécurité d’emploi n’est jamais acquise. Mieux vaut anticiper et développer ses propres sources de revenus», souligne Yéléna Mensah.

Elle remet aussi en question l’idée qu’un salaire versé toutes les deux semaines constitue une finalité. «Il ne faut pas céder à la pression familiale ou communautaire.»

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«Il est important de tracer son chemin et d’envisager l’entrepreneuriat comme une voie légitime», ajoute-t-elle.

Outiller les jeunes

Pour marquer la clôture du Mois de l’histoire des Noirs, Point Ancrage Jeunesse (PAJ) a organisé, le vendredi 27 février, un panel de discussion intitulé «Construis ton indépendance dès maintenant: entreprendre et gérer ton argent». L’événement s’est tenu dans les locaux du Collège Boréal, à Toronto.

Le panel a réuni plusieurs intervenantes issues des milieux de l’entrepreneuriat et du développement professionnel, notamment Yéléna Mensah, Lina Ludmilla Ravelojaona, Wafa Oubella et Alexia Kitoko.

Les intervenantes du panel.

Destinée aux jeunes afrodescendants francophones, la rencontre visait à partager des expériences et des conseils pratiques liés à l’entrepreneuriat, à la gestion financière et à l’intégration professionnelle.

«PAJ est un organisme dédié aux jeunes. Il est important d’organiser ce type d’initiative afin de leur offrir des repères et des outils pour accéder au marché du travail ou au monde de l’entrepreneuriat», souligne Edwige Ngom, directrice générale de PAJ.

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Apprendre à recommencer

Selon Wafa Oubella, coach professionnelle multi-certifiée en transition de carrière, entrepreneure et ancienne banquière d’affaires, plusieurs personnes nouvellement arrivées francophones se heurtent à des obstacles persistants dans leur recherche d’emploi, notamment l’absence de réseau et le choc culturel.

S’installer dans un nouveau pays exige une importante capacité d’adaptation, explique-t-elle, ainsi qu’un travail de reconstruction de repères professionnels et sociaux.

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Wafa Oubella,

«Il faut célébrer celles et ceux qui choisissent de venir ici et qui ont le courage de recommencer à zéro», affirme-t-elle. Elle encourage également les étudiants nouvellement arrivés à investir tôt dans l’apprentissage de l’anglais afin d’évoluer avec assurance dans un environnement majoritairement anglophone.

Elle invite toutefois les personnes immigrantes à ne pas céder au découragement en présumant que leur candidature sera systématiquement écartée.

De nombreux professionnels et professionnelles du recrutement, qu’ils soient issus ou non de l’immigration, se montrent ouverts et réceptifs à ces profils. Les candidates et candidats qualifiés peuvent valoriser la dimension internationale de leur parcours comme un atout distinctif, porteur de diversité et de compétences transférables.

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Un écosystème solide

Dans une entrevue accordée à l-express.ca, Lina Ludmilla Ravelojaona, cheffe des services de soutien aux entrepreneurs à la Fédération des gens d’affaires francophones de l’Ontario (FGA), affirme que l’écosystème entrepreneurial francophone en Ontario est aujourd’hui bien structuré. Selon elle, de nombreux programmes gratuits sont offerts afin d’accompagner les entrepreneurs à différentes étapes de leur parcours.

Elle souligne l’existence d’incubateurs, d’espaces de travail collaboratif et d’initiatives favorisant le réseautage entre entrepreneurs francophones.

«Il existe beaucoup de ressources. Il faut simplement aller chercher l’information», indique-t-elle, insistant sur l’importance de la proactivité.

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Réseautage de participants et entrepreneurs à une soirée du Club canadien de Toronto en janvier 2024. Photo: Hamza Ziad, l-express.ca

Elle relève toutefois un défi important: la maîtrise limitée de l’anglais chez certains entrepreneurs francophones. En raison du manque de ressources francophones dédiées à l’accès au financement, plusieurs sont contraints de se tourner vers des organismes anglophones.

«Plusieurs programmes exigent des demandes rédigées en anglais, notamment lorsqu’il est question d’accès au financement», précise Lina Ludmilla Ravelojaona. Selon elle, même si l’écosystème entrepreneurial francophone repose sur des bases solides, la langue peut parfois constituer une barrière pour certains entrepreneurs dans un environnement majoritairement anglophone.

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Éduquer à l’argent dès le jeune âge

Pour Alexia Kitoko, fondatrice et directrice générale de 123 Finances, l’éducation financière doit être intégrée dès les études secondaires et soutenue activement par les institutions et organismes francophones.

Les habitudes liées à l’argent se développent très tôt: gestion d’une allocation, premiers revenus, premières décisions de consommation. Sans encadrement adéquat, ces réflexes peuvent s’ancrer durablement et influencer la stabilité financière à l’âge adulte.

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Alexia Kitoko.

Elle insiste sur l’importance d’enseigner de manière pratique la gestion d’un budget, le fonctionnement du crédit, la distinction entre besoins et envies, ainsi que les bases de l’épargne et de l’investissement.

«L’éducation financière ne devrait pas être optionnelle. C’est une compétence de vie essentielle», précise-t-elle.

La maîtrise des dépenses demeure un pilier central. Les comportements financiers adoptés dans la jeunesse se reproduisent souvent plus tard, y compris chez ceux qui deviennent entrepreneurs ou gestionnaires. «La manière dont tu gères ton argent personnel est souvent le reflet de la manière dont tu géreras ton entreprise», ajoute Alexia Kitoko.

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Les organismes francophones occupent également une place stratégique. En contexte minoritaire, offrir des ateliers et des ressources accessibles en français, adaptées aux réalités culturelles et à l’expérience des jeunes issus de l’immigration, renforce l’autonomie et la confiance. Appuyer l’éducation financière au sein des écoles secondaires et des structures communautaires contribue directement à la vitalité économique de la francophonie.

Panel sur l'avenir des jeunes et l'entrepreneuriat
Étudiants, profs et participants à la conférence organisée par Desjardins sur l’entrepreneuriat. Au nouveau campus du Collège Boréal dans le quartier de la Distillerie. Photo: archives l-express.ca

Le pari du produit minimum viable

Les panélistes ont conseillé aux francophones qui souhaitent se lancer en entrepreneuriat d’adopter l’approche du produit minimum viable.

Cette méthode consiste à démarrer avec une version simplifiée d’un projet afin de tester l’intérêt réel du marché, sans engager de dépenses excessives. L’objectif n’est pas de proposer une offre parfaite dès le départ, mais de valider le concept, recueillir des commentaires et ajuster progressivement son modèle d’affaires.

Lina Ludmilla Ravelojaona recommande, par exemple, de proposer une version démo d’un service ou d’une plateforme sans intégrer toutes les fonctionnalités prévues initialement.

Pour les entrepreneurs qui souhaitent vendre des produits, elle suggère d’éviter l’achat d’un stock important et de privilégier le sociofinancement afin de mesurer la demande avant d’investir des sommes considérables. Cette approche, selon elle, permet de limiter les risques financiers, d’apprendre du marché et de bâtir une entreprise sur des bases plus solides et réfléchies.

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