Un an après la mort d’Abdoul Aziz Sarr: le Centre TAIBU et son école se souviennent

Proches d'Abdoul Aziz Sarr durant le tournoi de basketball. Photo: Julien Kopferschmitt
Des poches d'Abdoul Aziz Sarr durant le tournoi de basketball organisé le 4 juillet en commémoration de l'anniversaire de sa mort. Photos: Julien Kopferschmitt, l-express.ca
Partagez
Tweetez
Envoyez

Publié 11/07/2026 par Julien Kopferschmitt

Une vive émotion a envahi les locaux de l’école secondaire Père-Philippe-Lamarche, à Scarborough, samedi 4 juillet dernier. En effet, un an après la disparition tragique du jeune Abdoul Aziz Sarr, la communauté noire et francophone s’est rassemblée pour honorer sa mémoire, à l’appel du Centre de santé communautaire bilingue TAIBU.

Entre deuil, témoignages poignants et actions de prévention, cet événement s’est imposé comme un jalon essentiel pour l’avenir des jeunes du secteur.

Abdoul Aziz Sarr
Abdoul Aziz Sarr, un élève de l’école secondaire catholique Père-Philippe-Lamarche, mort à 14 ans après avoir été poignardé, le 5 juillet 2025, dans le quartier de l’avenue Coxwell. Photo: courtoisie

La parole et le sport

Cet événement a été organisé dans le cadre du projet Kuwezesha de TAIBU. Cette journée de commémoration a su transformer une profonde douleur collective en une énergie positive. Pour ce faire, les organisateurs ont choisi d’articuler la réflexion et l’action.

D’abord, la journée a débuté par un moment de sensibilisation marquant. Il s’agissait d’un atelier thématique intitulé «Être un citoyen modèle: prévenir le danger».

Cette session  a été menée par une conférencière experte dees enjeux de sécurité et de civisme chez les jeunes. Ainsi, cet espace bienveillant a permis aux adolescents présents d’échanger librement sur la sécurité publique.

Publicité

Les jeunes ont aussi appris à s’affirmer et à développer leur leadership. Les discussions directes et les visages attentifs ont offert des moments poignants. Les participants ont d’ailleurs capturé ces instants à travers de nombreuses photos et vidéos, qui témoignent du succès de cet atelier.

Atelier "Être un citoyen modèle : prévenir le danger" lors de la commémoration des un an de la mort d'Abdoul Aziz Sarr. Photo: Julien Kopferschmitt
Des participants à l’atelier «Être un citoyen modèle: prévenir le danger».

En après-midi, les participants sont passés à l’action sur le terrain. Ils se sont ainsi retrouvés pour un tournoi de basketball.

C’était précisément le sport qu’Abdoul affectionnait tout particulièrement. C’est pourquoi les matchs se sont enchaînés sur le terrain même où le jeune homme aimait tant jouer.

Pour l’occasion, plusieurs de ses anciens camarades de jeu ont tenu à chausser leurs espadrilles. Ils voulaient lui rendre un digne hommage. Par conséquent, la compétition a bénéficié d’une atmosphère à la fois fraternelle et hautement symbolique.

Premier match d'ouverture du tournoi en l'honneur d'Abdoul Aziz Sarr. Photo: Julien Kopferschmitt
Match d’ouverture du tournoi de basketball en l’honneur d’Abdoul Aziz Sarr.

Le cri du cœur d’une famille

Pour les proches d’Abdoul Aziz Sarr, le souvenir de la soirée du drame reste d’une douloureuse clarté. Sa tante, Maïmouna Samb, est revenue sur ce traumatisme avec beaucoup de dignité.

Publicité

«C’était horrible. Nous étions à la maison en famille, et les enfants étaient à Afrofest, comme tout le monde. C’est là qu’on nous a appelés pour nous dire qu’Abdoul avait été poignardé.»

«C’est ce que Dieu a décidé, puisque nous sommes musulmans. Mais nous voulons aussi que justice soit faite.»

Fatou Sedabe, défunte mère du jeune Abdoul Aziz Sarr, assassiné en juillet 2025. Photo: Julien Kopferschmitt
Fatou Sedabe, mère du jeune Abdoul Aziz Sarr assassiné l’an dernier.

L’absence soudaine du jeune homme laisse un vide immense pour ses parents. C’est également le cas pour les autres enfants du quartier.

«Abdoul était toujours avec nous. C’est vraiment difficile pour nos enfants de réaliser que, tout d’un coup, il n’est plus là», ajoute sa tante. Elle est visiblement émue par l’immense chaîne de solidarité entourant sa famille.

Par ailleurs, Mariama Sylla, une amie proche de la mère d’Abdoul, l’a vu grandir depuis l’arrivée de la famille au Canada. Elle garde le souvenir d’un adolescent exemplaire.

Publicité

«C’était un enfant sage, vraiment bien éduqué. Il venait chez moi à tout moment dès que sa maman lui confiait une commission. Si j’avais su qu’il allait périr ce jour-là, je l’aurais attrapé pour qu’il reste avec moi, j’aurais cuisiné pour lui… Paix à son âme.»

L'école Père-Philippe-Lamarche à Scarborough
L’école Père-Philippe-Lamarche à Scarborough. Photo: archives l-express.ca

«C’était plus qu’un frère»

Au sein du centre TAIBU, les employés comme les usagers réguliers se rappellent un jeune homme profondément investi.

Hamis Al-Atino travaille au centre depuis trois ans. Il se souvient de leur complicité unique: «Abdoul pour moi, c’était comme un petit frère. Il m’a toujours considéré comme son grand frère. Lorsqu’il venait assister à nos ateliers, il se démarquait toujours. C’était un jeune qui aimait sa communauté, qui s’impliquait énormément. Pour moi, il était bien plus qu’un simple ami.»

Ce constat est partagé par le jeune Dylan, un usager assidu des programmes de l’organisme: «Je viens ici presque toutes les semaines. Je le voyais tout le temps. Il participait activement à toutes les activités et il était vraiment impliqué.»

Livre d'or, en hommage à Abdoul Aziz Sarr. Photo: Julien Kopferschmitt
Le Livre d’or en hommage à Abdoul Aziz Sarr.

Mobiliser la jeunesse contre la violence

Au-delà du recueillement, cette journée visait à poser des actions préventives concrètes. Ce projet est porté par Ahmat Hassan Tchanaye, responsable des programmes francophones chez TAIBU.

Publicité

Actuellement, le centre de santé communautaire soutient plus de 2 800 clients francophones. Il estime toucher 10 000 personnes à travers le Grand Toronto chaque année. C’est pourquoi l’organisme mise sur l’encadrement pour briser le cycle de la violence.

Ainsi, le programme de dix semaines mis en place par TAIBU cherche à offrir aux jeunes des compétences clés pour réussir:

• Une éducation civique et un encadrement au monde numérique.

• Une lutte active et de proximité contre la violence armée.

• Des ressources directes en santé mentale et en bien-être pour les minorités.

Publicité

Par ce rassemblement, la famille d’Abdoul Aziz Sarr, la communauté de l’école Père-Philippe-Lamarche et le Centre TAIBU apprennent à faire grandir son héritage.

L’objectif demeure d’offrir des perspectives d’avenir saines à la jeunesse francophone et multiculturelle de Scarborough. De cette manière, la mémoire d’Abdoul continuera de guider la communauté.

Auteurs

Partagez
Tweetez
Envoyez
Publicité

Pour la meilleur expérience sur ce site, veuillez activer Javascript dans votre navigateur