Trouver la beauté après avoir vécu l’enfer des camps de prisonniers

camps de prisonniers, Monique Polak, Vois tout ce qu’il te reste
Monique Polak, Vois tout ce qu’il te reste, roman traduit de l’anglais par Rachel Martinez, Québec, Éditions du Septentrion, 2022, 260 pages, 24,95 $.
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«Je ne suis pas préparée à voir à quel point la vérité est horrible.» Ainsi s’exprime l’adolescente Anneke dans Vois tout ce qu’il te reste, œuvre de fiction que signe Monique Polak en s’inspirant de faits réels. La réalité est un camp allemand pour les prisonniers juifs.

Au nord de Prague se trouve Terezin, une ville que les Allemands ont appelée Theresienstadt durant la Seconde Guerre mondiale. Elle pouvait accueillir 7 000 soldats. Mais pendant l’Holocauste, 40 000 Juifs y ont été parqués: jusqu’à quatre prisonniers au mètre carré.

La fille et la mère

Celien Polak, 14 ans, a passé un peu plus de deux ans (1943-1945) à Theresienstadt avec ses parents et son jeune frère. Elle n’a rien raconté de sa vie d’enfer jusqu’à ce que sa fille, Monique Polak, la convainque de partager ces deux années en 2007.

L’autrice a changé les noms. La famille que nous suivons s’appelle Van Raalte et est d’origine néerlandaise. La narratrice se nomme Anneke. C’est peut-être une allusion au Journal d’Anne Frank. Elle se demande parfois où est allée l’ancienne Anneke et si elle la reverra un jour. «J’en doute parfois.»

Étoile jaune et sommeil

L’étoile jaune cousue sur les vêtements est conçue pour humilier les prisonniers. Mais un rabbin explique que c’est un signe. Elles illuminent l’obscurité, «un signe que nous ne devons jamais abandonner».

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Le sommeil est le seul moyen d’évasion pour les prisonniers… S’ils sont assez chanceux pour dormir. Leurs lits sont infectés de poux et de punaises, de soldats qui attaquent sans relâche. «On ne la gagnera jamais, cette guerre-là.»

Un prisonnier artiste, Petr Kien, fait le portrait d’Anneke: visage pâle et amaigri, menton pointu, joues creuses, cheveux gras, cernes sous les yeux. Les nazis lui ont dérobé sa beauté. Les prisonniers sont des moins que rien.

Embellissement du camp de prisonniers

La Croix-Rouge du Danemark doit visiter Theresienstadt que les Allemands vantent comme «ville modèle». On procède dès lors à un embellissement qui est une pure mascarade, «une mise en scène aussi diabolique que tordue».

Le père d’Anneke doit peindre des fresques d’une fausse beauté. Le programme d’embellissement permet aux prisonniers de gagner ce dont ils ont le plus besoins: du temps.

Lorsque Anneke apprend que des enfants sont éliminés dans des camps de la mort, elle réagit instantanément. «Éliminés, c’est un mot qu’on utilise pour parler des déchets, pas des êtres humains. Pas des enfants.» Et les vieux ressemblent davantage à des cadavres qu’à des êtres humains.

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La mort préférable à la réalité

Dans le camp de Theresienstadt, avoir de la chance est une épreuve en soi. Ceux qui survivent au malheur fatal doivent être témoins du départ des autres, de ceux qui sont envoyés vers des camps de la mort. Certains ont l’impression de préférer être mort plutôt que devoir être témoins de tout ce qu’ils voient.

Monique Polak a fait tous les efforts possibles pour être précise sur le plan historique. Mais elle a inventé́ de toutes pièces les personnages principaux et leurs combats intérieurs. «La fiction est pour moi, autrice et lectrice, une façon de m’aider à̀ comprendre le monde et les gens qui y vivent.»

La romancière conclut en faisant dire à Anneke qu’elle n’arrivera jamais à oublier tout ce qu’elle a vu, a senti et a perdu à Theresienstadt. «Mais le monde est encore là. Ce sera à moi de trouver sa beauté.»

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