Télé: intelligence artificielle, beautés hors normes et dose d’Improtéine

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Chronique télé: L'indétectable, Beautés rebelles, Improtéine.
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Publié 30/03/2025 par Camille Langlade

Un thriller sur fond de manipulation numérique très d’actualité, une série documentaire qui célèbre la beauté sous toutes ses formes, et 20 ans d’impro au service de la francophonie: voici trois programmes pour réchauffer votre printemps télévisuel.

Mensonges et faux-semblants «indétectables»?

Quand l’intelligence artificielle s’invite en campagne électorale. Non, il n’est pas question ici des dernières manchettes (du moins pas encore?), mais de L’indétectable, la nouvelle série signée Annie Piérard, Bernard Dansereau et Étienne Piérard-Dansereau.

Le trio, qui a manifestement du flair, s’était déjà illustré en 2020 avec Épidémie, qui raconte l’arrivée d’un mystérieux virus… avant que la covid n’envahisse le monde.

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Françoise Parent (Lynda Johnson) en pleine tourmente après la publication d’une vidéo ultra compromettante, et son mari, Bruno Sirois (Louis-David Morasse) dans L’indétectable. Réalisation de Stéphane Lapointe, la minisérie comprend 6 épisodes de 43 minutes, disponibles sur ICI TOU.TV EXTRA. Photo: Danny Taillon

Cette fois, tout bascule le jour où une vidéo de Françoise Parent (Lynda Johnson), candidate pour le parti Option Québec, devient virale sur les réseaux sociaux. Et pour cause: elle y tient des propos odieux et racistes à l’encontre d’un chauffeur de taxi.

La politicienne répète qu’il ne s’agit pas d’elle, mais d’un deep fake, un hypertrucage généré par l’intelligence artificielle. Pourtant, les «experts» sont formels: cette vidéo paraît trop vraie pour être fausse, car la technologie n’est pas encore au point.

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Double jeu

Ni une, ni deux, la machine médiatique s’emballe et Françoise Parent perd l’appui de son parti, mais pas de sa fille, Stéphanie (Sophie Nélisse), qui reste persuadée de l’innocence de sa mère. Cette jeune ostéopathe réservée va mener sa propre enquête, dans un rôle à contre-emploi.

«T’es tellement mauvaise menteuse», lui répètent tour à tour son conjoint et sa cousine, alors que Stéphanie infiltre une jeune entreprise montréalaise spécialisée en intelligence artificielle et deviendra, malgré elle, témoin de secrets classés.

En parallèle, on suit les ennuis de Daji Saeed (Younes Bouab), éminent spécialiste des isotopes médicaux, et de sa fille, Safia. Originaire de l’Émirat du Golfe (pays fictif), le scientifique a obtenu la nationalité canadienne, mais son passé le rattrape le jour où un de ses anciens compatriotes frappe à sa porte pour le ramener dans la péninsule arabique.

Pouvoir et intelligence artificielle

Si les différents arcs narratifs nous perdent par moments, le jeu, convaincant, des interprètes recentre le propos. Certes, l’intrigue va parfois un peu vite en besogne, mais au moins, on ne s’ennuie pas. On pardonne aussi quelques rebondissements, prévisibles.

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En filigrane se dessinent les tensions d’une société qui se croit en sécurité. Après tout, «on est au Canada», souffle Safia à son père (personnages par ailleurs attachants), sous-entendu: ici on ne risque rien. Et pourtant…

L’indétectable aborde des thématiques plus que jamais d’actualité, avec une mise en scène simple, mais efficace. Malgré quelques grosses ficelles scénaristiques, on embarque, avec une question en tête: l’étau va-t-il se resserrer sur Stéphanie, ou sur la vérité?

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France, Brésil, Thaïlande, Japon, Zimbabwe: la série documentaire Beautés rebelles parcourt le globe à la rencontre de concours pas comme les autres. Réalisée par Alexis B. Martin, la série documentaire propose 10 épisodes de 48 minutes, disponibles sur TV5Unis. Photo: TV5

Des concours de beauté hors normes

Des enfants avec un handicap, des personnes atteintes d’albinisme, des femmes incarcérées, d’autres en surpoids… Dans Beautés rebelles, l’animatrice Carla Beauvais nous emmène à la découverte de concours de beauté loin des critères esthétiques habituels, où les différences sont belles et valorisées.

D’un bout à l’autre du globe, ces évènements redéfinissent les standards de beauté pour combattre l’injustice et l’ostracisation que vivent les candidats et candidates et leur (re)donner confiance en soi.

Le propos est d’autant plus pertinent à l’heure où la mode semble de nouveau valoriser la maigreur.

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Le concours Miss et Mister Albinism Zimbabwe élit des ambassadeurs et ambassadrices pour sensibiliser à la condition des personnes atteintes d’albinisme. Photo: TV5

Au Japon, le Special Beauty Japan met à l’honneur les enfants en situation de handicap.

Au Zimbabwe, le concours Mister and Miss Albinisim permet aux lauréats de faire connaître leur réalité au public, mais aussi au gouvernement.

Au Brésil, un centre correctionnel pour femmes de Rio de Janeiro organise depuis 2004 Miss Talavera Bruce, pour redonner à ces femmes leur dignité et faciliter leur réinsertion dans la société.

Promouvoir la diversité et l’inclusion

Carla Beauvais part à la rencontre des organisateurs et organisatrices de ces évènements et de ceux et celles qui y participent, mais aussi de leur famille. Car derrière ces évènements se cachent de véritables enjeux sociaux.

La série met au jour les préjugés et les discours normés qui sous-tendent chaque société. De quoi remettre en question notre propre attitude vis-à-vis de la marginalité et de l’autre. Après tout, «la normalité» n’est souvent qu’une question de point de vue et d’éducation.

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Une scène de Beautés rebelles au Japon. Photo: TV5

Seul petit bémol: le choix du doublage en français plutôt que des sous-titres atténue quelque peu l’authenticité des dialogues.

Beautés rebelles évite tout voyeurisme et dresse – à travers ces visages, ces sourires, ces tranches de vie – un magnifique portrait de la différence, sans toutefois tomber dans une positivité naïve.

Chaque épisode souligne également les défis auxquels font face ces beautés rebelles, mais éternelles.

Improtéine
Olivier Nadon, Nadia Campbell, Martin Laporte, Stéphane Guertin et Vincent Poirier forment, depuis 2004, les membres du groupe franco-ontarien Improtéine, pour le meilleur et pour le rire. Improtéine, 20 ans et presque quasiment légendaire est disponible sur le site Web et sur l’application de TFO. Photo: Moi & Dave

Un anniversaire improtéiné

Vingt ans, ça se fête. Animée par Fabienne L’Abbé, un documentaire revient – avec humour, cela va de soi – sur l’épopée de la troupe franco-ontarienne Improtéine, de ses premiers matchs d’impro dans des gymnases d’écoles ontariennes jusqu’à ses récentes revues de fin d’année du 31 décembre.

À travers des extraits vidéos issus de leurs archives personnelles, Nadia Campbell, Vincent Poirier, Olivier Nadon, Stéphane Guertin et Martin Laporte partagent souvenirs, anecdotes et bilans de vie.

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Porte-voix de la francophonie canadienne

Des interventions en milieu scolaire aux capsules vidéo, en passant par la télévision, le groupe est devenu un incontournable dans le paysage culturel francophone en situation minoritaire.

La gang est notamment reconnue pour ses «documenteurs» et ses spectacles d’improvisation, lors desquels le public est invité à interagir et parfois même à monter sur scène… Votre chroniqueuse ici présente peut d’ailleurs en témoigner.

À travers son humour décapant, la troupe passe au crible les revendications des francophones, comme la pénurie d’enseignants ou le manque de services en français.

Rire de sujets sérieux sans se prendre au sérieux, telle est la formule, rudement efficace, d’Improtéine. De l’humour engagé qui fait du bien, surtout en ce moment.

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