Retombées durables de la Coupe du monde 2026?

Du pain et des jeux, ou juste des miettes pour les Torontois?

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L'Hôtel de Ville de Toronto s'est paré des couleurs du Mondial 2026. Photos: Charles-Antoine Rouyer, l-express.ca
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Publié 05/06/2026 par Charles-Antoine Rouyer

La fièvre du ballon rond monte à Toronto, à l’approche des six parties de la Coupe du monde de soccer dans la capitale ontarienne, impliquant notamment le Canada (12 juin), la Côte d’Ivoire (20 juin) et le Sénégal (26 juin).

Mais à quelques jours du coup d’envoi, le peu de legs durables pour la ville préoccupe, alors que la facture salée pour Toronto a explosé de 30 millions à 380 millions $.

Les partisans de la grand-messe du ballon rond rétorquent que le Mondial 2026 pourrait générer 940 millions $ en retombées économiques pour le Grand Toronto. Mais quelles seront les retombées communautaires pour les Torontois moyens, demandent les critiques.

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La patinoire de la place Nathan Philips transformée en mini-terrains de soccer pour le Mondial 2026.

Retombées économiques ou sociales

La municipalité répond être l’une des premières villes au monde à intégrer un plan de retombées communautaires à ses préparatifs pour le Mondial.

«Les exigences en matière de retombées communautaires pour les projets de rénovation du stade et le Festival des supporters ont contribué à créer des possibilités d’embauche locale, de formation en apprentissage, d’emploi pour les jeunes et de marchés publics à vocation sociale», confirme Rosemarie Powell, directrice générale du Toronto Community Benefits Network.

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Le stade a bénéficié de 150 millions $ de travaux, dont certains éléments permanents (quatre nouveaux écrans géants, éclairage modernisé, vestiaires rénovés, nouveaux espaces de réception).

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La signalétique est prête pour guider vers le Festival des Fans.

Legs durables?

Parmi les legs durables, le centre d’entraînement du parc Centennial de 21,7 millions $ serait le plus important projet, selon Rosemarie Powell.

«Cependant, le succès de cet héritage dépendra de son accessibilité», prévient-elle. Autrement dit, il faudra que le prix d’entrée soit abordable pour tout le monde.

Parallèlement, quatre mini-terrains de soccer ont été aménagés dans certains quartiers prioritaires de Toronto par Soccer for All Legacy avec des dons privés. Mais c’est à peine un quart des 12 installations promises l’an dernier.

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La place Nathan Philipps à l’heure du Mondial 2026.

Toronto a marqué contre son camp?

Malgré ces quelques projets, certains crient au marché de dupes pour Toronto. «L’entente conclue par Toronto avec la FIFA s’est avérée être un but marqué contre son camp», lâche le conseiller municipal Josh Matlow.

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En plus des coûts qui ont explosé, Josh Matlow rappelle que «le prix exorbitant des billets signifie que la plupart des Torontois ne pourront même pas assister aux matchs, et il ne restera que peu d’infrastructures durables une fois les matchs terminés».

Le prix des billets des six parties à Toronto va de 3 300 $ à 6 375 $ selon la FIFA. À ce titre, la ville de New York propose à ses citoyens 1 000 billets à 50 $ (tirés au sort). La Ville de Toronto n’a pas répondu aux questions de l-express.ca à ce sujet.

En revanche, la municipalité a fait machine arrière pour rendre le Festival des Fans gratuit, mais après de nombreuses critiques. Situé au Fort York et au Bentway, il accueillera 20 000 personnes et propose des billets VIP de 120 à 360 $.

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Une entrée de la «Fan Zone» au Fort York.

Après le coup de sifflet final

«La véritable mesure du succès sera de savoir si les résidents auront accès à des emplois, à des formations professionnelles, à des occasions d’affaires et à des programmes communautaires qui perdureront bien après la fin du dernier match», rappelle Rosemarie Powell.

D’ores et déjà, les retombées sociales à Toronto s’élèveraient à 76 933 heures de travail, 15 561 heures d’apprentissage, de 61 372 heures de compagnons d’apprentissage. Soixante jeunes du programme Ontario Works ont bénéficié d’activités de mentorat et d’employabilité et cinq autres ont décroché un stage auprès de FIFA Canada.

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Mais selon Tyeshia Redden, professeure en urbanisme à l’Université de Toronto les débouchés économiques pour des jeunes défavorisés ou racialisés sont surtout dans le tourisme ou l’hôtellerie, soit des secteurs moins bien rémunérés. «Cela pourrait orienter les jeunes marginalisés vers des emplois de service à faible salaire plutôt que vers des postes mieux rémunérés dans la coordination des urgences, la logistique, la gestion de projet.»

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Le slogan bilingue du Mondial à Toronto sur les fanions des lampadaires près de Fort York.

Retombées pour tout le monde?

Par ailleurs, l’afflux touristique en ville ne bénéficiera pas à tout le monde, estime Moshe Lander, chargé d’enseignement principal au département d’économique de l’Université Concordia.

«Alors que les prix des hôtels à Toronto augmentent, cet argent a peu de chances de finir dans les poches des concierges et des femmes de ménage qui vivent à Toronto, mais plutôt sous la forme de profits plus élevés pour des actionnaires dispersés à travers le monde.»

«Les entreprises locales qui profitent d’une activité supplémentaire les jours de match verront leur activité diminuer les jours sans match, ou d’autres secteurs verront leur activité baisser, car les revenus globaux resteront inchangés», ajoute-t-il.

« Les méga-événements sportifs comme la Coupe du monde ont un bilan plutôt médiocre en matière d’avantages durables pour la communauté», résume Tyeshia Redden.

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Et si la recette de la Rome antique pour acheter la paix sociale, «Du pain et des jeux», devrait être à présent «Il faut partager le gâteau des Jeux équitablement, et ne pas laisser que des miettes au petit peuple»?

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