Quand un enseignant ontarien retourne en France

Carte postale depuis Saint-Pierre-et-Miquelon

enseignant, Saint-Pierre-et-Miquelon
Une ancienne classe d'école au Archipélitude Museum de Saint-Pierre-et-Miquelon. Photo: spm-tourisme.fr
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Publié 16/06/2026 par Marc Albert Cormier

Après 35 ans de carrière en Ontario, au sein de trois conseils scolaires successifs, tel le prisonnier enchaîné de l’allégorie de Platon, j’ai fini par croire que ces institutions étaient essentielles et nécessaires. La bonne gouvernance et tout le tralala.

Jeune retraité, je suis parti voir ailleurs. Me voilà chef d’établissement de deux écoles à Saint-Pierre-et-Miquelon, un statut intermédiaire entre le directeur d’école et un surintendant polyvalent, au sein d’une institution associative qui est financée par la municipalité et l’État.

Cette structure confessionnelle est liée à l’État français par un contrat d’association. Le gouvernement français paie les enseignants, mais l’institution associative paie les assistantes maternelles, le concierge, le psychologue. Pas de surintendant, pas de directeur d’éducation, et surtout, pas de conseillers scolaires.

Les élus avec lesquels je travaille directement sont le maire, principal financeur, le président du territoire, et accessoirement le député et la sénatrice. Je travaille avec eux, pas pour eux.

Saint-Pierre-et-Miquelon
Saint-Pierre-et-Miquelon.

Curriculum centralisé

Le programme scolaire est quant à lui dicté par un bulletin officiel, centralisé depuis Paris, il n’y a pas de déclinaisons régionales. Les mêmes contenus sont enseignés à la Réunion, Strasbourg ou en Guadeloupe. Nous au pays du Code Civil, pas du Common Law.

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Ceci déclencherait une crise d’apoplexie chez les Canadiens, où l’histoire ne s’enseigne pas de la même façon d’une province à une autre, d’une langue à l’autre. Si cela peut se critiquer, c’est une façon de forger un sentiment d’appartenance nationale. L’idée est perfectible au regard de l’actualité en métropole – c’est ainsi qu’on désigne la France européenne depuis les territoires ultramarins.

Pas de communiqués laconiques sur tel ou tel marronnier du calendrier social, pas de politiques ou de directives d’un organisme décentralisé, tout nous vient du ministère de l’Éducation nationale, surnommé le Mammouth.

Les sujets sociétaux sont tout autres ici: égalité, éducation à la citoyenneté, prévention du harcèlement, lutte contre les discriminations. En revanche, les minorités, quelles qu’elles soient, ne sont pas célébrées ou mises en exergue.

Saint-Pierre-et-Miquelon
La cathédrale de Saint-Pierre dans le port. Photo: iStock.com/SkyF

Pas d’ingénierie sociale

Pas d’ingénierie sociale à grande échelle, pas d’effet cliquet recherché pour changer les mentalités, faire progresser la pensée dans une direction commune.

Nous sommes loin du fameux consensus à la canadienne, héritage d’un pays inachevé qui préfère célébrer les différences que de les assumer. Pas d’éveil ou de sensibilisation aux inégalités sociales ni de culpabilisation collective permanente.

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En revanche, nous avons un immense retard en informatique dans nos écoles. Heureusement! Nous avons ainsi accidentellement préservé une des clefs de l’apprentissage de notre langue: l’écriture manuscrite. Pendant qu’ailleurs les jeunes tapotent et clavardent dès leur plus jeune âge, le papier et le crayon, l’ardoise et le feutre sont rois.

Certes les habitants du pays, comme partout en France, se lamentent de la qualité du français écrit et oral de leurs enfants: une antienne universelle! Mais ils sont à des années-lumière de ceux qui ont été soumis à des méthodes d’apprentissage calquées sur l’idéologie pédagogique de l’anglosphère.

Pas une langue identitaire: la langue tout court

Oui le Français ne s’enseigne pas comme n’importe quelle langue! Certes le contexte n’est pas le même, le Français n’est pas qu’une langue scolaire ni une langue identitaire, c’est la langue tout court, héritée sans interruption depuis des siècles.

On enseigne les rudiments de l’anglais dès la maternelle, et pendant toute la scolarité, cela reste une langue de second plan, pratique pour les jeux vidéo ou quand il faut commander au Tim Hortons de l’aéroport d’Halifax lors d’un transit pour Paris.

Le paysage audiovisuel, entre la radio et la télévision locale, renforcée par un bouquet complet de la télévision numérique terrestre française, fait que la culture et les références culturelles, sociales, syndicales et politiques sont parfaitement en phase avec la France.

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D’ailleurs, depuis des siècles, à Saint-Pierre-et-Miquelon nous assimilons les anglophones de Terre-Neuve ou d’ailleurs au bout d’une ou deux générations.

enseignant, Saint-Pierre-et-Miquelon
Des enfants à la Maison de la Nature et de l’Environnement de Saint-Pierre-et-Miquelon. Photo: spm-tourisme.fr

Difficultés d’apprentissage

En revanche, le Canada fait rêver les parents et enseignants d’enfants éprouvant des difficultés pour une foule de raisons, de la neurodivergence à l’autisme en passant par les troubles «dys». Les psychologues de passage et animateurs d’ateliers, présentent souvent le Canada, tout particulièrement le Québec, comme des experts à la pointe dans le domaine de l’éducation spéciale.

Un pays décentralisé, comme le Canada, où l’éducation n’est pas gérée par l’État, mais des instances locales, crée une grande diversité dans les pratiques et les mises en œuvre des politiques provinciales. S’il y a parfois des ratés, le système canadien reconnaît plus facilement l’importance de faire émerger une pratique gagnante.

L’approche sans a priori et la remise en cause permanente permettent une plasticité intellectuelle et éducative qui fait l’envie des Français, parfois sclérosés par une inertie centralisée.

On a tout compris mais on ne sait rien…

Je ne peux naturellement pousser les comparaisons plus loin; les différences économiques, démographiques et culturelles sont bien plus profondes.

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Mais si je devais caricaturer les deux systèmes scolaires dans leur finalité, l’adolescent français, en fin de parcours scolaire, sait tout et n’a pas tout compris, alors que le Canadien a presque tout compris, mais ne sait pas grand-chose… Pour une raison fort simple: il saura où trouver l’information avec peu d’effort.

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