Pour gagner un Nobel, il faut être (de plus en plus) patient

Nobel, dynamite
La médaille à l'effigie d'Alfred Nobel.
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Publié 05/10/2023 par Agence Science-Presse

Le lien entre la publication d’une très importante recherche et sa reconnaissance par un prix Nobel de science était d’une quinzaine d’années au début du 20e siècle. Il approche aujourd’hui les 30 ans.

Il faut rappeler que les trois Nobel de science — médecine, chimie et physique — ne sont pas des «prix de la découverte de l’année», mais des récompenses qui reconnaissent l’impact à long terme qu’a eu une découverte.

Bienfaits pour l’humanité

Ces prix sont destinés à «ceux qui auront apporté les plus grands bienfaits à l’humanité», disait le testament d’Alfred Nobel.

Il est vrai que le testament suggérait aussi «dans l’année précédente». Mais le Comité Nobel s’est rapidement concentré sur la portion «les plus grands bienfaits». Il semblait dès lors logique qu’il faille un certain recul pour pouvoir mesurer cet «impact».

Le fait que ces délais aient doublé depuis l’instauration de cette récompense en 1901, et qu’ils se comptent à présent en décennies, a toutefois des conséquences visibles à l’œil nu sur les photos des lauréats. Dans les années 1900, certains des scientifiques étaient dans la trentaine. Aujourd’hui, il est rare qu’ils aient moins de 60 ans.

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Pas de Nobel à titre posthume

Et c’est sans compter que des chercheurs qui auraient mérité une telle récompense ont le temps de mourir avant que ne vienne leur tour — car un Nobel ne peut pas être attribué à titre posthume.

Déjà en 2014, dans une compilation des «délais» croissants intervenus depuis 1901, on pouvait lire que «si cette tendance se poursuit, certains candidats ne pourront pas vivre assez longtemps pour assister à leur cérémonie du Nobel».

Dans une plus récente compilation, parue en 2022, on constatait que le délai moyen pour recevoir un Nobel de chimie avait atteint 30 ans dans les années 2010, et 26 ans pour les prix de médecine et de physique.

Mais l’étirement des délais n’est peut-être pas juste parce qu’il faut plus de temps qu’avant pour mesurer l’impact des «bienfaits à l’humanité». Il y a aussi beaucoup plus de percées scientifiques qu’à l’époque d’Alfred Nobel.

Cette tendance s’est accélérée au cours des dernières décennies. Résultat: même les experts ont du mal à suivre le flot.

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Moins de changements de paradigme

Une explication alternative, suggérée par l’informaticien finlandais Santo Fortunato, auteur du texte de 2014, pourrait être que dans ce flot, il y a moins de science qui change en profondeur un paradigme.

Le développement de l’outil d’édition des gènes CRISPR-Cas9 étant l’exception la plus récente. Son impact a été si rapide qu’il a suffi de neuf ans pour valoir aux biochimistes Jennifer Doudna et Emmanuelle Charpentier le Nobel de chimie, en 2020.

Mais comme les délibérations des comités de l’Académie royale des sciences de Suède restent secrètes pendant 50 ans, seuls les historiens du futur pourront analyser ce qui a vraiment pesé dans la balance, aux yeux des jurys.

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