Père alcoolique fonctionnel et famille dysfonctionnelle

famille dysfonctionnelle, Arthur Friso, Le Junk
Arthur Friso, Le Junk, roman, Montréal, Éditions du Boréal, 2026, 220 pages, 27,95 $.
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Publié 28/02/2026 par Paul-François Sylvestre

Le Montréalais Arthur Friso signe un premier roman intitulé Le Junk. Il s’agit d’une comédie-dramatique axée sur le dysfonctionnement des liens familiaux. Les non-dits tiennent le rôle principal.

Deux frères et une sœur devenus adultes répondent à l’appel de leur père expatrié: une semaine dans la chaleur brûlante de Hong Kong.

Leurs noms ne sont jamais mentionnés. Le narrateur du roman est le frère aîné, un intello pour qui le monde n’est ni à explorer ni à conquérir, mais à fuir.

Ville démesurée

«Hong Kong est moins une ville qu’un archipel adossé au continent; ce sont près de deux cent cinquante îles, la plupart inhabitées, qui nous tendent ici les bras.»

Une ville démesurée où la circulation est dense partout, aussi bien sur les trottoirs que dans la rue, à l’image des enfilades d’immeubles collés les uns sur les autres.

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Bateau-maison

Le père vit sur un bateau-maison, un junk, amarré dans la marina d’Aberdeen où se côtoient les yachts de luxe et les embarcations de fortune d’une bande d’expats qui se prélassent sous «cet impitoyable ciel qui, jour après jour, fait bouillir leurs cervelles et achève de les rendre totalement cinglés».

Les expats sont des gweilos, terme cantonais utilisé dans la région de Hong Kong pour désigner les Occidentaux. Gweilo signifie, selon les traductions, «diable étranger» ou «fantôme blanc». Il s’agit à l’origine d’un terme raciste, qui s’est considérablement adouci avec le temps, au point de devenir familier, voire humoristique.

Alcoolisme

Dès les premières heures de leur séjour, les enfants découvrent que leur père est un alcoolique fonctionnel. Cet homme qui carbure à la bière et au whisky demeure seul maître à bord sur un navire qui n’en finit plus de couler. Il est «un véritable athlète de la boisson, un marathonien de la cuite».

La fratrie visite divers coins de Hong Kong, s’arrêtant le plus souvent dans un bar afin de prendre un verre pour ne pas voir le père boire. «Nous irons boire pour oublier que le père boit, boire pour oublier que le père boit à en oublier lui-même qu’il boit.»

Hong Kong est tristement comparée à une grande école d’alcoolisme.

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Français, anglais, cantonais

Le style d’Arthur Friso est pour le moins éclectique. Il peut faire preuve de tournures finement ciselées, comme «ses touristes anxieux et anxiogènes», et de répliques équivoques: «Nous faisons le plein de fish balls, de siu mais et de xiao long baos. Nous laissons nos bruits de mastication tenir lieu de conversation.»

L’anglais se glisse parfois dans un dialogue: «N’hésitez pas à m’appeler si… if you ever need to get away from your fucking arsewipe of a father.» Les «bloody hell» et les «bollocks» d’un ami font écho aux «ciboire» et aux «maudite marde» du père.

Le Junk présente Hong Kong comme une sorte de Manhattan sous stéroïdes et sans issue. Mais cela ne sert qu’à obstruer la déchéance d’un père et la facilité avec laquelle les enfants parviennent à rouvrir d’anciennes blessures qu’ils croyaient cicatrisées.

Auteurs

  • Paul-François Sylvestre

    Chroniqueur livres, histoire, arts, culture, voyages, actualité. Auteur d'une trentaine de romans et d’essais souvent en lien avec l’histoire de l’Ontario français. Son site jaipourmonlire.ca offre régulièrement des comptes rendus de livres de langue française.

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