Noces de coton: révéler son existence par la résistance à l’esclavage

Edem Awumey, Noces de coton
Edem Awumey, Noces de coton, roman, Montréal, Édition du Boréal, 2022, 256 pages, 27,95 $.
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«L’esclavage était un grand œuvre qui allait traverser le temps. L’esclavage était un chef-d’œuvre, peut-être le magnum opus d’une civilisation.» Ainsi s’exprime un personnage du roman Noces de coton, d’Edem Awumey. Des mots qu’on décode au fil des pages.

L’intrigue se déroule entre 12 h 10 et 18 h 35, entre les murs d’une salle d’exposition d’un musée, dans une ville africaine située quelque part entre le Sahel et la côte atlantique.

Le planteur de coton Toby Kunta a pris en otage le journaliste berlinois Robinson Hoffer. Il demande un dédommagement de 200 millions de francs pour lui-même et pour un groupe de paysans ruinés par la production de coton transgénique.

Des références à Bruegel et Van Gogh

Le roman est habité par Le Repas de noces, un tableau de Bruegel, et en inspire le titre. Bruegel a peint «la beauté d’une énergie tout en mouvement et en couleurs».

Awumey fait de même avec ses mots finement ciselés. Comme Senghor avant lui, le romancier va par-delà le destin des gens de la terre ou des plantations.

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Il y a des références à d’autres tableaux comme Les mangeurs de pommes de terre, de Van Gogh, et les Cotton Pickers, de Thomas Hart Benton.

En lutte contre les multinationales

Noces de coton nous transporte sur quatre continents (Afrique, Europe, Asie et Amérique). La plume d’Awumey est comme un pinceau qui peint la danse, «l’éternelle et sublime chorégraphie paysanne de la célébration dans une paisible et simple beauté de prés immuables dans leur majesté».

Elle cependant plus loin qu’un simple regard, car rester debout ne suffit pas, il faut lutter contre l’oubli, révéler son existence par la résistance.

Nous sommes en présence d’une traversée de mondes en lutte contre le diktat des multinationales. C’est la grande lamentation du peuple africain asservi à la soif de richesse des grandes puissances. C’est un cri de liberté trop longtemps retenu qui éclate enfin avec une violence tonitruante.

Appel à la solidarité africaine

La stratégie de Robinson est de gagner du temps en faisant parler Toby. Ce dernier lui lance parfois un clin d’œil complice, signe lequel l’otage lit qu’il ne sera pas exécuté…

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Avec ses questions, Toby ramène les fantômes et le souvenir, dans un camp comme dans l’autre. Dès lors, le roman devient un appel à la solidarité entre les peuples africains et le peuple afro-américain, rongés par «l’enfer capitaliste».

Edem Awumey utilise librement les mots nègre et négraille.

Son style demeure assez particulier. Les dialogues, par exemple, ne sont jamais accompagnés de tirets, guillemets ou alinéas, juste une lettre majuscule au milieu d’une phrase. Voici un exemple: « Toby a soupiré, Nous avons perdu Wali il y a une quinzaine de jours.»

50 chapitres… à rebours

Le roman a été écrit à Aylmer (Québec), Ottawa (Ontario), Olathe (Kansas) et Berlin (Allemagne) entre juillet 2017 et décembre 2020. Fait original, les 50 courts chapitres sont numérotés à l’envers, de 49 à 0.

Né au Togo, Edem Awumey a élu domicile en 2005 à Gatineau. Il est l’auteur de sept romans, dont Les Pieds sales, en lice pour le prix Goncourt en 2019. Son œuvre est traduite en plusieurs langues, notamment l’anglais, l’espagnol et l’allemand.

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