Les prestataires de soins et les proches aidants en crise

Sommet canadien pour les aidants
Des intervenants au Sommet canadien pour les aidants, organisé en novembre par le Centre canadien d’excellence pour les aidants (CCEA). Photo: Ben Welland, CCEA
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Publié 27/12/2023 par Eya Ben Nejm

Selon un sondage du Centre canadien d’excellence pour les aidants (CCEA), 90% des proches aidants déclarent avoir besoin d’un soutien financier plus large.

Le développement de stratégies nationales visant l’amélioration des conditions de travail des prestataires de soins et des proches aidants s’est retrouvé au cœur d’un Sommet organisé par la CCEA au début du mois de novembre.

«C’était la première fois où j’étais parmi des gens qui ont vécu la même expérience, qui ont fait face aux mêmes problèmes», témoigne Lise Cloutier-Steele, proche aidante pour ses parents et autrice d’un guide pour aider les aidants à gérer l’expérience des soins de longue durée.

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Pour Lise Cloutier-Steele, il faut beaucoup de détermination et de force mentale pour être proche aidant. Photo: Cuddington Wayne

Solitude

Selon elle, il faut beaucoup de détermination pour faire face à la solitude. Elle rappelle en outre l’importance de prendre soin de sa santé mentale, car il est «difficile d’être disponible pour quelqu’un d’autre quand tu es déjà fatigué et puis au bout de ta courbe».

Le jour de l’hospitalisation de son père au centre de soins palliatifs, Lise Cloutier-Steele s’est sentie pour la première fois moins seule quand elle s’est retrouvée en présence d’une infirmière.

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«Je lui ai demandé tout de suite où je dois aller pour chercher des draps pour changer son lit, puis toutes les autres choses, l’infirmière m’a regardée et m’a dit : “ici, tu ne fais pas ça, nous faisons ça à ta place et ton rôle est d’être sa fille”. J’aurais aimé ça si quelqu’un m’avait dit ça au foyer, juste une fois.»

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Le journaliste André Picard, qui couvre les enjeux de santé pour le Globe And Mail. Photo: Ben Welland, CCEA

Manque de soignants

Pour Lise Cloutier-Steele, les proches aidants sont aussi confrontés à un cadre soignant insuffisant. Lorsqu’elle rendait visite à son père atteint de démence au foyer, elle raconte avoir toujours été inquiète. À son arrivée, elle témoigne avoir vu à plusieurs reprises le sac à urine de son père rempli.

«Je me demandais pourquoi ce n’était pas une aide à l’infirmier qui voyait le sac par terre. Mais ce n’est pas parce qu’ils ne le voient pas, c’est parce qu’ils n’ont pas le temps de le voir.»

Pour elle, l’explication est simple : le personnel est en sous-effectif et la plupart ne détiennent pas d’avantages sociaux dans leur contrat, car ils ne sont pas à temps plein.

«C’est qu’ils vont d’un foyer à l’autre, puis c’est là qu’arrive la transmission de virus et de maladies», ajoute-t-elle.

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L’inquiétude de Lise Cloutier-Steele sur les conditions de vie de ses parents se transformait en sentiment de culpabilité. Elle avait l’impression qu’elle n’était jamais capable de répondre à tous leurs besoins.

Malgré le stress et à l’anxiété, celle-ci raconte n’avoir jamais reçu d’aide ou de ressources pour mieux vivre les évènements.

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Juanite Forde.

Des services en crise

Du côté des prestataires de soin, la situation est également critique, alerte Juanite Forde, qui travaille dans une résidence pour personnes âgées depuis 15 ans. Leur santé mentale et leur bien-être physique ne cessent de se détériorer, signale-t-elle.

«Nous étions des héros pendant la pandémie, et puis, une fois que la pandémie s’est arrêtée et qu’elle disparaît lentement, nous sommes désormais oubliés.»

Selon elle, les femmes dans le métier sont plus à risque d’être touchées par l’épuisement mental, à force de s’occuper des malades et de leurs proches à la maison.

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De plus, les services existants ne permettent pas d’offrir un service adapté aux malades physiques et aux personnes atteintes des troubles mentaux graves, estime Juanite Forde.

Ces dernières années le nombre de personnes avec une forte déficience intellectuelle ne cesse d’augmenter, et les prestataires ne sont pas entraînés à s’occuper des cas les plus violents, explique-t-elle. «Notre formation n’offre pas suffisamment de sécurité pour que nous nous sentions en sécurité au travail ou pour que nous soyons protégés pour faire face aux obstacles.»

«Les gens reçoivent des coups de poing, des coups de pied, des gifles, des objets leur sont lancés, ou sont étouffés», témoigne-t-elle.

Les blessures peuvent causer des conséquences à court comme à long terme, et malgré les rapports d’incidents, rien ne s’améliore au sein des services, indique Juanite Forde. «Les gens doivent donc être blessés, maltraités, mentalement et physiquement avant que des changements puissent se produire dans ces associations.»

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James Janeiro (à droite) et des intervenants au Sommet canadien pour les aidants, en novembre. Photo: Ben Welland, CCEA

Appel au gouvernement

Pour améliorer la condition des prestataires de soin, il est impératif que le gouvernement et le ministère financent des programmes pour aider les aides-soignants, déclare Juanite Forde.

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«Nous pourrions fournir un service aux personnes ayant une déficience intellectuelle et physique et une déficience mentale, mais nous devons séparer la déficience physique et intellectuelle et la santé mentale», propose-t-elle.

Le gouvernement doit aussi fournir des moyens pour aider les proches aidants à prendre soin de leur bien-être, souligne James Janeiro, directeur de la politique et des relations gouvernementales au CCEA.

«Il y a toujours des histoires de gens qui passent leur journée à prendre soin d’autres avec aucune aide, pas de service, pas d’aide de l’État, pas d’aide de nos gouvernements fédéraux ou provinciaux ou même des villes, des municipalités», signale-t-il.

Pour l’instant, les conversations avec le fédéral avancent dans le but d’améliorer la vie des proches aidants et des prestataires de soins à travers le Canada, indique James Janeiro.

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