«Le Conseil de sécurité de l’ONU, ça ne marche pas» – Bob Rae

Bob Rae, Club canadien de Toronto
L'ambassadeur du Canada à l'ONU, Bob Rae, était interviewé au Club canadien de Toronto par le journaliste Rudy Chabannes de TFO. Photos: François Bergeron
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«Le Conseil de sécurité de l’ONU, ça ne marche pas», affirme l’ambassadeur du Canada aux Nations Unies et ancien premier ministre de l’Ontario Bob Rae.

«Les pays qui sont les plus gros agresseurs – comme la Russie – y possèdent un véto. Et changer cette situation est difficile puisque les membres ont aussi un véto sur le changement.»

C’est ce qu’a expliqué le diplomate canadien à une centaine de membres et invités du Club canadien de Toronto, ce jeudi 19 janvier, dans un hôtel du centre-ville.

Guerre criminelle

L’invasion de l’Ukraine par la Russie («clairement l’agresseur ici, responsable de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité») a dominé la conversation entre Bob Rae et l’animateur Rudy Chabannes (TFO).

Mais plusieurs autres sujets sensibles ont été abordés: la crise sécuritaire/sanitaire/économique/politique haïtienne, les changements climatiques, le poids du Canada dans les affaires internationales, l’immigration, la confiance des citoyens envers leurs gouvernements.

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Face à tous ces enjeux, Bob Rae dit toujours privilégier la conciliation, le pragmatisme et le compromis – ce qui n’empêche personne de continuer de rêver à un monde «idéal». C’est généralement aussi la position du Canada sur la scène internationale.

«Le Canada n’a pas le choix de s’adapter» aux changements et aux défis mondiaux, dit-il, tout en tâchant de «baser nos actions sur nos principes».

Bob Rae, Club canadien de Toronto
Bob Rae a été chef du Nouveau Parti Démocratique et premier ministre de l’Ontario, puis député fédéral et chef intérimaire du Parti libéral du Canada. Envoyé spécial du Canada sur quelques enjeux internationaux, il est ambassadeur du Canada à l’ONU depuis 2020.

Continuer de se parler

C’est ainsi que notre ambassadeur – et, faut-il comprendre, le gouvernement du Canada – s’oppose à l’idée d’expulser de l’ONU des pays qui bafouent les droits et libertés ou qui attaquent leurs voisins.

«C’est l’avantage de l’ONU: tout le monde est là pour continuer de se parler.»

C’est d’ailleurs l’ONU, fait-il valoir, qui a négocié avec la Russie et l’Ukraine l’exportation de leur blé à partir du port d’Odessa, sans lequel plusieurs pays connaîtraient de graves problèmes d’alimentation.

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Bob Rae se dit confiant que «le coût de la guerre deviendra inacceptable pour les Russes», ce qui amènera le régime de Vladimir Poutine à chercher à y mettre fin.

Haïti

Le Canada est aussi appelé à intervenir en Haïti afin, en premier lieu, d’y restaurer l’ordre et la sécurité. «Les gangsters, la violence, les kidnappings, ça ne peut pas continuer!»

«Or, nous intervenons déjà depuis longtemps en Haïti. Nous envoyons de l’aide humanitaire. De nombreux Haïtiens ont immigré au Canada. Nous avons des liens étroits avec ce pays…»

Il n’y a malheureusement «pas de solution facile et rapide» aux problèmes d’Haïti, selon Bob Rae. Ce dont il est certain – au vu de l’histoire de ce pays, né de la révolte d’esclaves contre l’occupation française – c’est que toute intervention extérieure «devra respecter la souveraineté haïtienne».

Le poids du Canada

Avec 40 millions d’habitants – comparé à 1 milliard pour la Chine et l’Inde et plus de 100 millions pour une douzaine d’autres pays – le Canada ne fait pas toujours le poids dans les débats internationaux.

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Cependant, image le conférencier, un pays peut faire avancer les choses sur la scène internationale, comme dans chaque société une personne peut avoir une influence déterminante.

Le Canada a aussi l’avantage/désavantage d’être dans l’ombre de son puissant voisin américain.

«Mais nous ne sommes pas des Américains», clame Bob Rae. «Notamment grâce à la spécificité bilingue du Canada, à la présence des francophones depuis 400 ans.»

Bob Rae, Club canadien de Toronto
Une centaine de personnes ont participé au déjeuner-causerie du Club canadien de Toronto, au 1 King West (une ancienne banque transformée en hôtel) ce jeudi 19 janvier.

Migration et immigration

Bob Rae évoque aussi les seuils toujours plus élevés d’immigrants et de réfugiés au Canada pour souligner qu’il «espère que ça va continuer» et que «l’immigration enrichit la vie canadienne».

Il estime toutefois que le Canada devrait aider les pays en développement «en investissant chez eux, pour que leurs citoyens veuillent rester chez eux».

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Selon lui, il est important que le Canada donne l’exemple en matière de respect des droits humains et de politiques favorisant le progrès. «Nous ne pouvons pas faire avancer des dossiers internationaux si nous ne faisons pas notre part chez nous.»

Nos sociétés divisées

Au sujet de la crispation ou de la polarisation des opinions dans les démocraties occidentales – un phénomène qui peut impacter les relations internationales – Bob Rae estime qu’«il ne faut pas exagérer nos différences».

Cependant, il avertit les gouvernements de «ne pas oublier la population». «Il faut respecter l’opinion publique» si on veut que la majorité continue d’appuyer l’action gouvernementale, «surtout si on lui demande des sacrifices».

«La réalité», tempère-t-il, «c’est que l’opinion publique change constamment. On doit s’y adapter, mais on peut aussi l’influencer.» Dans les deux cas «jusqu’à un certain point»: il faut toujours rester conscients de nos limites.

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