MSF en Haïti: la flambée de choléra reste très préoccupante

L'insécurité, les pénuries de carburant et d'eau potable freinent toujours l'accès aux soins

Haïti, MSF, choléra
David, travailleur de la santé communautaire MSF, oeuvre auprès du centre de traitement choléra logé dans l’hôpital MSF à Cité Soleil. Depuis la résurgence du choléra en septembre 2022, des douzaines d'infirmier.ères, hygiénistes et autre personnel de la santé ont été recrutés afin de prêter mains fortes aux opérations MSF terrain. Photos: Alexandre Marcou, MSF
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Le nombre des cas de choléra augmente de manière très inquiétante en Haïti – dans la capitale Port-au-Prince et dans plusieurs départements du pays – alerte Médecins Sans Frontières (MSF), qui appelle à une intensification immédiate de la réponse à cette flambée.

Il faut que plus d’organisations et de bailleurs se mobilisent, et que des outils indispensables, comme la vaccination, puissent être mis à disposition des équipes médicales et de la population haïtienne.

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L’équipe MSF en Haïti inclut les promoteurs de la santé, les spécialistes de l’eau et de l’assainissement et le personnel médical.

270 patients par jour

«Nos centres actuels sont saturés, et nous sommes bientôt au maximum de nos capacités d’intervention», s’inquiète le chef de mission, Mumuza Muhindo.

Faisant référence aux 389 lits occupés dans les six centres de traitement choléra installés par MSF depuis l’apparition des premiers cas le 29 septembre dernier.

«Depuis fin octobre, nous traitons en moyenne 270 patients par jour, alors que nous n’en recevions qu’une cinquantaine au cours des deux premières semaines.»

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La semaine dernière, MSF avait admis plus de 8 500 patients et recensé 97 décès. «L’évolution est très préoccupante», selon le chef de mission.

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Un membre de l’équipe MSF transportant de l’eau chlorée vers les centres de traitement  choléra en Haïti.

Situation sanitaire catastrophique en Haïti

MSF est l’une des rares organisations présentes aux côtés des autorités de santé pour lutter contre la propagation du choléra, dont la résurgence est le symptôme d’une situation humanitaire et sanitaire catastrophique.

Cette flambée de cas se déroule dans un contexte de crise politique, économique et sécuritaire sans précédent.

Port-au-Prince est aujourd’hui une ville encerclée, étouffée, les principaux axes routiers la reliant au reste du pays étant contrôlés par des groupes armés.

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Le rôle de Vladimir, promoteur de la santé MSF, consiste à sensibiliser les communautés au sujet du choléra et des moyens de prévention de la maladie.

Carburant trop cher

Selon MSF, la mise à disposition de carburant suite au déblocage du principal terminal pétrolier le 4 novembre – après plusieurs semaines pendant lesquelles il a été bloqué par un groupe armé – n’a toujours pas amélioré substantiellement la situation.

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L’accès au carburant est trop cher pour une grande partie de la population qui traverse une crise économique aigue.

Le fonctionnement des structures sanitaires reste touché avec des services fermés et la circulation des ambulances réduite.

Un promoteur de la santé MSF en Haïti explique aux patients les précautions d’hygiène afin de prévenir la contagion du choléra. La sensibilisation à ces pratiques sont essentielles pour limiter l’épidémie.

Aucune distribution d’eau potable

L’accès à l’eau propre – élément crucial dans la lutte contre le choléra – dépend également de la circulation de camions-citernes, eux-mêmes tributaires de l’accès au carburant, et du contexte sécuritaire.

«La ville est envahie par les déchets qui ne sont pas ramassés depuis des mois», explique Mumuza Muhindo

«Aucune distribution d’eau n’a lieu dans des quartiers comme Brooklyn à Cité Soleil où les routes sont coupées à cause des détritus et inondées par l’engorgement des canaux et des égouts, qui provoque d’immenses inondations.»

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Vladimir, promoteur de la santé MSF, explique aux travailleurs de la santé locaux et chefs communautaires la dose adéquate de chlore à ajouter dans l’eau. L’utilisation du chlore pour traiter l’eau potable élimine les bactéries et maladies d’origine hydrique, telle que le choléra.

MSF demande du secours médical d’urgence pour Haïti

MSF détient à elle seule plus de 60% de la capacité en lits pour traiter les patients atteints de choléra dans la capitale.

Des équipes mobiles composées de spécialistes de l’eau et de l’assainissement et de promoteurs de la santé, travaillent régulièrement dans les quartiers les plus touchés pour sensibiliser aux gestes barrières contre la maladie.

Malgré ces activités déjà déployées, MSF et quelques organisations présentes ne pourront parvenir à bout de cette flambée de choléra.

D’autres acteurs humanitaires et bailleurs doivent se joindre à l’effort de réponse, en mettant en place des centres de traitement; en renforçant en urgence les activités d’accès à l’eau potable, à l’assainissement et à des solutions de réhydratation orales.

Vaccination essentielle

De plus, il est extrêmement important que la vaccination soit déployée comme un outil fondamental dans la lutte contre la maladie.

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Les autorités ont formalisé leur demande à l’ICG, mécanisme international de coordination de la réponse vaccinale, pour obtenir une quantité de doses de vaccin.

MSF se tient prête à débuter la mise en œuvre d’une campagne de vaccination, en soutien des autorités sanitaires et en complément d’autres activités d’eau et d’assainissement et de promotion de la santé.

À mesure que le nombre de cas de choléra progresse dans les différentes communes de la capitale mais aussi dans d’autres départements, il reste difficile d’évaluer l’ampleur réelle de la flambée.

L’insécurité en Haïti freine l’accès aux soins

«La saturation des centres de traitement de choléra qui empêche la prise en charge de tous les patients, les difficultés pour les malades de se déplacer à cause des pénuries de carburant et de l’insécurité, ou l’augmentation des décès communautaires difficile à quantifier, sont des signes préoccupants», déclare Michael Casera, épidémiologiste chez MSF.

«Souvent, les malades qui présentent des symptômes sévères pendant la nuit dans les quartiers les plus touchés par l’insécurité doivent rester chez eux car les motos-taxis refusent de les transporter dans un centre de santé.»

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