Le 21 février, Journée internationale de la langue maternelle

Journée internationale de la langue maternelle
Affiche de la journée internationale de la langue maternelle. Source: Le coin de la France (blog).
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Le Jour de la Famille, congé en Ontario, tombe le 21 février cette année. Mais depuis 2000, le 21 février est aussi la Journée internationale de la langue maternelle. L’initiative canadienne a été validée par l’Organisation des Nations Unies.

Celle-ci souhaite mettre en avant la Journée internationale de la langue maternelle pour promouvoir le multilinguisme et l’inclusion dans l’éducation et la société. Retour sur l’histoire de cette fête pas comme les autres.

Un peu d’histoire

La Journée internationale de la langue maternelle trouve son origine dans un événement tragique survenu au Bangladesh en 1952. Après une première division par les Britanniques au début du 20e siècle, l’ancien Bengale a encore été scindé en deux, en 1947, sur la base des religions principales de sa population.

La partie ouest de l’ancienne province britannique a été annexée à l’Inde, à prédominance hindoue, et la partie est, majoritairement musulmane, est devenue une province du Pakistan. On a appelé cette nouvelle province le Bengale oriental, puis le Pakistan oriental pour le distinguer du Pakistan occidental, soit l’actuel pays du Pakistan, plus à l’ouest.

 

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Journée internationale de la langue maternelle.
Carte de la partition de l’Inde et du Pakistan en 1947. Source : J. Leclerc 2019.

Presque immédiatement, des tensions économiques, culturelles et linguistiques ont éclaté entre le Pakistan de l’ouest et sa nouvelle province de l’est. Pour couronner le tout, le gouvernement pakistanais, composé majoritairement de Pakistanais occidentaux, a déclaré l’ourdou la seule langue officielle des deux Pakistan en 1948.

Pourtant, les Bengalis, dont la langue maternelle est le bengali, étaient majoritaires dans le Pakistan oriental et l’occidental. Ils ont protesté contre cette loi. Le gouvernement pakistanais a déclaré leurs protestations illégales.

Protéger la langue malgré la répression

Malgré cette interdiction, des étudiants de l’université de Dacca et d’autres activistes ont organisé une manifestation le 21 février 1952. Malheureusement, la police est intervenue et a ouvert le feu, tuant quatre étudiants et faisant de nombreuses victimes parmi les sympathisants.

En dépit de la répression du gouvernement pakistanais, les Bengalis ont continué la lutte pour protéger leur langue et leur culture.

En 1956, leurs efforts ont porté fruit: le bengali est devenu une langue officielle du Pakistan. Une quinzaine d’années plus tard, après une guerre de libération, le Pakistan oriental est devenu un pays indépendant, le Bangladesh, en 1971, et le bengali a été proclamé sa langue officielle.

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La tragédie du 21 février

Chaque 21 février, la tragédie de 1952 est commémorée par les Bangladais. Des couronnes de fleurs sont déposées au Monument des martyrs et la population célèbre la culture et la langue de son pays.

Alors pour cette fête publique, appelée le Jour des martyrs, les gens expriment leur soutien et leur solidarité à toute nation dont la langue maternelle et la culture sont menacées. C’est un mouvement très symbolique qui rappelle à la population bangladaise la lutte qu’ils ont dû mener pour le droit à leur langue et leur culture.

Un Canadien à la défense des langues en danger

En 1998, Rafiqul Islam est un simple citoyen Canadien bangladais installé à Vancouver. Il écrit une lettre à Kofi Annan, l’ancien secrétaire général de l’ONU de 1997 à 2006. M. Islam tenait à protéger les langues du monde, et du même coup leurs cultures, grâce à une journée internationale qui pourrait conscientiser le monde.

Journée internationale de la langue maternelle
Rafiqul Islam. Photo: Mother Language Lovers of the World Society

M. Islam a suggéré la date du 21 février pour cette journée en raison des événements survenus à Dacca en 1952. Sa proposition a reçu l’aval de l’ONU. Le 17 novembre 1999, l’UNESCO a déclaré le 21 février la Journée international de la langue maternelle. Sa toute première édition a eu lieu le 21 février 2000.

Depuis, chaque année, la Journée internationale de la langue maternelle adopte un thème différent qui représente un aspect de sa mission. Ces dernières années, elle a ainsi choisi d’aborder l’éducation multilingue, la préservation de la diversité linguistique, ou encore les langues autochtones et la réconciliation.

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Les objectifs de la Journée internationale de la langue maternelle

Les langues et le multilinguisme peuvent favoriser l’inclusion dans l’éducation et la société. L’UNESCO croit fermement qu’un enseignement, basé sur la langue maternelle de l’élève, doit commencer dès le plus jeune âge.

La Journée internationale de la langue maternelle a pour but d’encourager les acteurs principaux à promouvoir les langues maternelles et le multilinguisme. C’est-à-dire encourager les politiciens, les enseignants et les parents, vers l’inclusion, dans l’éducation et la société.

Journée internationale de la langue maternelle
Affiche de la Journée internationale de la langue maternelle.

Les langues sont d’une importance stratégique majeure. Elles sont étroitement liées à l’identité, la communication, l’intégration dans la société, l’éducation et au développement. La mondialisation menace cette diversité. La disparition d’une langue appauvrit les diversités linguistiques et culturelles qui enrichissent l’humanité.

De plus, les traditions, la mémoire, les modes de penser et de s’exprimer sont uniques à chaque culture. Ils disparaissent en même temps que les langues qui les véhiculent.

Que dire de la médecine traditionnelle, de la compréhension de la flore et de la faune locales ou du climat ? De la connaissance des techniques durables en agriculture des peuples et des cultures qui n’existent plus ? À quel prix pourrait-on estimer ce savoir irrémédiablement perdu ?

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Des chiffres qui donnent froid dans le dos

Aujourd’hui, on estime à environ 7 000 le nombre de langues dans le monde. De ce nombre, 43% sont menacées de disparition et on prédit qu’entre 50% et 90% des langues actuelles disparaîtront d’ici 100 ans. De nos jours, une langue disparaît, en moyenne, toutes les deux ou trois semaines.

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L’opposition de deux univers linguistiques : Internet et le monde réel. Source : W3Techs, Ethnologue.

«4% des langues sont parlées par 96% du monde et 50% des langues sont parlées par moins de 10 000 personnes», explique Christine Ouellet-Dumont, réviseure agréée et traductrice (citée par David Crystal, linguiste et auteur).

Seulement quelques centaines de langues sont valorisées aujourd’hui dans les écoles, et moins d’une centaine sont présentes sur Internet.

Les langues maternelles menacées au Canada

Au Canada, la situation est critique surtout pour certaines langues autochtones. Trois langues se sont éteintes, 32 sont en situation critiques, 30 sont en danger.

Sur son site internet, Mme Ouellet-Dumont dévoile le nombre de locuteurs de certaines langues autochtones au Canada. Parmi les plus menacées, se trouve le haut-tanana, une langue de la famille na-dédé ou athapascane parlée dans le nord-ouest du Canada, avec seulement 50 locuteurs en 2010.

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Il n’y avait qu’une cinquantaine de locuteurs de haut-tanana en 2010. Source: Jacques Leclerc 2018.

L’ONU a déclaré la décennie 2022-2032 la Décennie internationale des langues autochtones. Il sera intéressant de voir si, dans dix ans, ses efforts et ceux déployés par l’UNESCO réussiront à sauver quelques-unes de ces langues et de ces cultures. Sans parler des mesures prises également par les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux du Canada.

Pourrait-on les sauver toutes? Dans le contexte actuelle, la réponse ne va pas de soi. D’où l’importance de consulter les locuteurs des langues en danger pour conserver leur culture durant le reste de l’humanité.

Et le français au Canada?

Le français au Canada est-il à l’abri de toute menace malgré les huit millions de personnes qui l’ont déclaré comme langue maternelle? Où même les plus de six millions de locuteurs qui se disent bilingues en français et en anglais, selon les chiffres de 2016 de Statistique Canada?

CRCCF 75 ans ACELF
«En français…bien sûr!» Cahier de la francophonie canadienne, 1993. Source: Université d’Ottawa, CRCCF, Fonds C156 Association canadienne d’éducation de langue française (ACELF), Francophonie canadienne, carte, C156/91/7

Peut-être pas pour l’instant, mais il faut rester vigilant. De plus, les francophones à l’extérieur du Québec subissent une pression linguistique considérable de la part de l’anglais. Or, il faut se rappeler que tout pays qui se veut multiculturel n’existe qu’à travers ses langues. Le Canada ne fait pas exception.

Aujourd’hui, le français est en danger chez nos voisins du Sud, en Louisiane et dans les états de la Nouvelle-Angleterre. Et le français paw paw du Missouri, a presque complètement disparu.

Pour voir les langues à risque de disparaître, vous pouvez consulter l’Atlas UNESCO des langues en danger dans le monde.

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