Plaidoyer pour une langue française égalitaire

Céline Labrosse, Pour une langue sans sexisme
Céline Labrosse, Pour une langue sans sexisme. Petit traité pour un usage au quotidien, essai, Montréal, Éditions Fides, 2021, 160 pages, 24,95 $.
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Céline Labrosse milite en faveur d’une langue française «vivante, féconde, enrichie et combien plus égalitaire». Dans Pour une langue sans sexisme, elle reproche aux premiers grammairiens d’avoir rendu les femmes «invisibilisées et muettées».

Cette docteure en linguistique ne figure pas parmi les locutrices françaises qui acceptent que «le masculin l’emporte sur le féminin».

La langue française sexiste depuis le 16e siècle

C’est vers 1530, rappelle-t-elle, que les épithètes masculin, masculine, féminin, féminine sont intégrées dans le discours.

On associe alors des propriétés distinctives aux lettres A et E. La première est considérée masculine (A pour Adam) et la seconde, féminine (E pour Ève). Comme Ève est sortie de la côte d’Adam, le féminin sort donc du masculin.

On réduit les femmes au silence en s’appuyant sur une maxime d’Aristote: «Le silence est la vertu des femmes comme l’éloquence est celle de l’homme.»

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Chronologie de la pensée masculine

La pensée masculine aurait suivi la chronologie suivante:

  • au 16e siècle, le masculin génère le féminin;
  • au 17e siècle, le masculin est le plus noble des deux genres;
  • au 18e siècle, le masculin est le premier des deux genres;
  • au 19e siècle, le masculin est immanent, il est le Nom par nature;
  • au 20e siècle, le masculin «non marqué» est la dénomination humaine universelle, le féminin est le «sexe».

L’autrice souligne que le genre n’est pas une catégorie universelle, que certaines langues ne possèdent pas de genres. C’est le cas du finno-hongrois, du turc, du mongole, du chinois et du basque.

«La langue française est sexuée, donc sexiste, car elle discrimine universellement les êtres humains selon le genre.»

Dédoublements dans la langue française

En français, plus de 93% des noms communs de personnes se dédoublent ou peuvent se dédoubler en genre.

Cela se fait de trois façons:

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  • Par l’article ou l’adjectif: une, un pilote, l’enfant éveillé, l’enfant éveillée.
  • Par un suffixe: des aspirants et aspirantes, les banquiers et banquières, les successeurs et successeures.
  • Par un autre nom: confrère et consœur, roi et reine, messieurs-dames.

Céline Labrosse est évidemment en faveur d’une réforme de l’orthographe capricieuse du français.

Comme on écrit fidèle et modèle, on pourrait opter pour professionnèle. Comme on écrit loufoque et cardiaque, on pourrait opter pour caduque, publique et turque au masculin. De même avec les adjectifs abjecte, abrupte, compacte, directe, exacte et stricte.

Droits de la personne plutôt que Droits de l’homme

L’autrice propose de supprimer le sens dit généralisant du mot «homme». Commission des droits de la personne est un bel exemple. Elle invite à réactiver la règle de proximité: les conseillères et conseillers financiers, les citoyens et citoyennes françaises.

Elle encourage l’alternance des genres: un Laotien, une Marocaine, un Sénégalais, une Rwandaise qui se sont donné la peine de maîtriser le français.

Deux petites anecdotes en terminant. Fondée en 1635, l’Académie française n’admettra aucune académicienne dans ses rangs avant 1980.

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Ce qui devait être désigné le Musée national de l’homme en 1983 est devenu le Musée canadien des civilisations lors de son ouverture en 1986. Depuis 2013, sa dénomination est Musée canadien de l’histoire.

À qui appartient la langue?

Publié aux Éditions Fides, l’essai conclut que la langue appartient à l’ensemble de son locutorat.

«C’est dans cette optique collective et constructive que la communauté francophone parviendra à établir une langue à sa mesure: égalitaire, rayonnante, ouverte au renouvèlement.»

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