Aristote avait raison: les origines des Juifs remontent aux Indes

Un essai qui se lit comme un «Da Vinci Code»

Moïse sur le Mont Sinaï: huile sur toile de Jean Léon Gérôme, 1895. Selon Barry Brown, Moïse était le chef des Israélites sectaires militaristes qui ont éclipsé les Hébreux démocrates pacifistes…

Moïse sur le Mont Sinaï: huile sur toile de Jean Léon Gérôme, 1895. Selon Barry Brown, Moïse était le chef des Israélites sectaires militaristes qui ont éclipsé les Hébreux démocrates pacifistes…


12 juin 2017 à 11h41

Le journaliste torontois Barry Brown, de culture juive mais qui a déjà passé trois ans dans le mouvement Hare Krishna, a été piqué de curiosité, il y a quelques années, à la lecture d’un document sur Aristote indiquant que le philosophe grec était d’avis que les ancêtres des Juifs du Moyen-Orient descendaient des brahmanes (prêtres hindous) de l’Inde.

Au fil de ses recherches, notamment dans les 20 volumes d’une encyclopédie juive de 1906, il en est venu à croire que le paradis terrestre de l’Ancien Testament, l’Eden, décrivait un endroit bien réel: Havilah, dans la vallée du fleuve Indus, où les gens préféraient la paix à la violence, l’éducation à l’ignorance, le libre-échange au protectionnisme.

«L’humanité n’aurait jamais survécu si ce n’était pas fondamentalement dans la nature humaine de coopérer plutôt que de s’entretuer», explique-t-il en entrevue à L’Express, à l’occasion de la publication (à compte d’auteur) de son livre Humanity: the World Before Religion, War and Inequality, qui lui a pris six ans à écrire.

Barry Brown
Barry Brown

«La majorité des gens aiment communiquer entre eux, travailler, échanger et fêter ensemble: c’est comme ça qu’on apprend les uns des autres et qu’on évolue.» Même aujourd’hui, alors que l’obsession des médias pour les mauvaises nouvelles laisse croire que le monde est à feu et à sang, «la bonne entente est la règle presque partout, pas l’exception».

Selon lui, l’homo sapiens porte en lui depuis 400 000 ans «le sens de la culture et du langage». Les mots, dit-il, pour échanger des informations et des idées, ont été «la première monnaie».

Guerre et déluge

Dès 10 000 ans avant notre ère, soutient-il, une première «université» à Gobekli, au milieu du Croissant fertile (en Turquie actuelle), attirait des voyageurs de partout.

En Inde, où se développait une société de castes professionnelles et familiales, les rivalités politiques auraient culminé, entre 4000 et 3000 av. J.-C.,  par la «première guerre» de l’histoire, qui aurait fait jusqu’à 4 millions de morts d’après certains écrits indiens.

C’est en réaction à cette horreur qu’a émergé une civilisation pacifiste et libérale dans la vallée du fleuve Indus, selon Barry Brown, alors que des monarchies autoritaires traditionnelles régnaient sur la Mésopotamie (l’Irak actuel) et l’Égypte.

Malheureusement, autour de 2000 av. J.-C., des changements climatiques sévères frappant toutes ces régions, mais particulièrement l’Inde (le fameux Déluge?), auraient incité des populations entières à prendre la route, notamment vers l’Ouest: en Mésopotamie et jusqu’en Égypte. On a appelé certains de ces réfugiés «Hébreux», qui signifierait «nomades venant de l’Est».

C’est de l’une de ces familles que serait issu le Joseph de la Bible, l’esclave devenu conseiller d’un pharaon peut-être lui-même d’origine hébraïque, autour des années 1300 av. J.-C. C’est son successeur Akhenaten qui instaure une «dictature religieuse» et qui provoque l’exode vers Israël d’un peuple «juif» divisé entre Hébreux démocrates pacifistes s’inspirant d’Abraham et Israélites sectaires militaristes menés par Moïse…

Shalomaste

Humanity est truffé de termes modernes pour décrire des récits préhistoriques et antiques, «pour que l’essai se lise comme un bon reportage journalistique sur une histoire pleine de rebondissements», admet l’auteur.

Humanity Barry BrownC’est réussi. Ce «Da Vinci Code juif» – c’est l’ambition de Barry Brown – est passionnant, même si le lecteur moyen ne vérifiera pas toutes ses interprétations des vieux textes sacrés, ses recoupements d’événements historiques en apparence séparés, ou ses explications sur l’étymologie commune de mots indiens et hébreux.

Ces dernières années, Barry Brown a consulté une foule d’anthropologues, archéologues et historiens des langues et des cultures de l’Inde et du Moyen-Orient, leur envoyant parfois des passages de son ouvrage encore en chantier et publiant quelques articles dans des journaux spécialisés pour susciter des commentaires et «tester» son matériel.

Les Juifs, dit-il, semblent particulièrement intéressés par sa théorie de leur provenance indienne, tant raciale que spirituelle. Son livre sort d’ailleurs alors qu’un Premier ministre indien, Narendra Modi, s’apprête à effectuer une première visite en Israël au début de juillet. «Plusieurs chercheurs indiens avec qui j’ai discuté de mes trouvailles se sont montrés intéressés par ce lien très ancien entre les deux peuples», assure Barry Brown.

Le journaliste – ex-correspondant de plusieurs journaux américains à Toronto – a adopté le mot «shalomaste», décrivant un mariage entre juif (shalom) et hindou (namaste), pour résumer sa philosophie valorisant l’accueil et l’oecuménisme.

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